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Pourquoi pas un drapeau réunionnais aux Jeux des îles de l’océan Indien ?

Sur les podiums internationaux, des sportifs réunionnais ne brandissent pas le drapeau français mais un emblème réunionnais

Manuel Marchal / 13 août 2015

En 2011, les Jeux du Pacifique avaient lieu en Nouvelle-Calédonie. Le Quotidien d’hier indique que le drapeau français a été prié de céder la place à celui de la Nouvelle-Calédonie, et que les sportifs de la Polynésie, de Wallis et Futuna avaient un emblème qui n’était pas celui de la France. Cela prouve bien qu’il est possible d’éviter de fournir un prétexte de politisation à la plus grande manifestation sportive de l’océan Indien.

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La Réunionnaise Johanne Defay portée en triomphe le 2 août après sa victoire à US Open de Surf, avec un drapeau réunionnais. Un drapeau réunionnais pour célébrer la victoire d’un sportif réunionnais, cette idée progresse dans des compétitions en dehors de La Réunion. (Photo : WSL)

Aux Jeux des îles de l’océan Indien, le gouvernement français a choisi de politiser cette manifestation sportive. Il a pour cela instrumentalisé les sportifs mahorais. En juin dernier à Mayotte, le Premier ministre avait soutenu l’idée que les membres de la délégation de l’île devait voir monter le drapeau français en cas de victoire, et faire jouer l’hymne français.

Ces déclarations étaient un appel à remettre en cause la Charte et le règlement des Jeux des îles. Ces documents sont issus de nombreuses heures de travail. Ils sont l’œuvre du mouvement sportif qui a réussi à obtenir le consensus pour que des athlètes ne soient pas exclus de la plus importante manifestation sportive de notre région.

En 2011, aucun problème

La Charte et le règlement ont donc permis à une délégation de Mayotte de participer aux Jeux, malgré le différend opposant la France aux Comores, aux Nations-Unies et à l’Union africaine au sujet de sa volonté d’administrer Mayotte. L’ONU considère en effet que le scrutin d’autodétermination de 1974 a donné pour résultat l’indépendance des 4 îles de l’archipel des Comores, et refuse de reconnaître tous les scrutins organisés à Mayotte par la France depuis cette date. Autrement dit, au regard de la communauté internationale, le statut de Mayotte n’a jamais changé depuis 40 ans.
La France a une autre vision. Pour que les sportifs mahorais puissent participer à la grande fête des Jeux, le consensus a été d’autoriser une délégation mahoraise sous le drapeau des Jeux des îles. Lors des Jeux de 2011 aux Seychelles, l’application de la Charte et du règlement n’avaient pas posé de problème sur ce point, et personne n’avait entendu la France protester.

2014 : la politisation

Mais cette année, les Jeux des îles ont eu lieu sur un territoire placé sous la souveraineté de la France. Et les déclarations du Premier ministre français ont été suivies d’effet. Le 1er août lors de la cérémonie d’ouverture, contre toute attente, un drapeau français a été placé devant la délégation de Mayotte. Cette violation de la Charte a entraîné le départ des sportifs comoriens. Quelques heures plus tard, le gouvernement des Comores suivait le mouvement et demandait le retrait de la délégation de son pays des 9e Jeux des îles. Le 3 août, la délégation des Comores expliquait sa position à la presse et s’excusait auprès de la population réunionnaise. Le lendemain, elle prenait l’avion pour Moroni.

La violation de la Charte lors de la cérémonie d’ouverture allait être le point de départ de toute une série d’incidents. Pour éviter tout nouveau acte ne respectant pas la Charte, le Comité international des Jeux a choisi de remplacer les drapeaux et hymnes nationaux par ceux des Jeux lors des remises de médaille. Pour les délégations invitées, l’application de cette règle était à géométrie variable : une athlète malgache s’est ainsi vue arrachée le drapeau de ses mains, tandis que trois sportifs mahorais ont pu poser sur le podium avec un drapeau français.

Quid du drapeau français aux Jeux du Pacifique ?

Des collectivités sous souveraineté française participent à d’autres Jeux de dimension régionale. C’est le cas de la Nouvelle-Calédonie, de la Polynésie et de Wallis et Futuna qui vont aux Jeux du Pacifique, ouverts à 22 pays. Il est intéressant de constater la manière dont les organisateurs de ces Jeux ont traité la question du drapeau français.

Dans son édition d’hier, le Quotidien rappelle que lors des Jeux du Pacifique organisé en 2011 en Nouvelle-Calédonie, il avait été essayé d’imposer le drapeau français aux côtés de celui de la Nouvelle-Calédonie. Cette tentative a été rapidement mise en échec. Les sportifs de la Nouvelles-Calédonie étaient derrière le drapeau de la Nouvelle-Calédonie, ceux de la Polynésie et de Wallis et Futuna avaient leurs propres drapeaux qui n’étaient pas celui de la France. Trois collectivités de la République étaient donc représentées, mais le drapeau de la France était absent. À notre connaissance, cette situation n’a pas suscité de protestation de la part du gouvernement français. À La Réunion, aucun élu ne s’est indigné. C’est bien la preuve qu’il est possible de fonctionner de manière différente.

En dehors de La Réunion, un drapeau réunionnais progresse

Il est important de noter que lorsqu’un Réunionnais remporte une importante compétition sportive internationale, de plus en plus il va brandir un drapeau réunionnais qui n’est pas celui de la France. Pour le moment, celui qui a le plus de succès est le Mahaveli, un drapeau mis en place selon les règles de la vexillologie. C’est ce drapeau dans lequel s’est drapée Johanne Defay lors de sa victoire dans la manche la plus prestigieuse de la Coupe du monde de surf, l’US Open, le 2 août dernier. Une solution inspirée de celle des Jeux du Pacifique ne permettrait-elle pas d’enlever un prétexte de politisation des Jeux des îles de l’océan Indien ?


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