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Prendre conscience des conséquences à long terme de nos décisions

Sur le blog de Paul Vergès

Témoignages.re / 12 juillet 2011

Parmi les informations quotidiennes, certaines ont plus particulièrement besoin d’être éclairées par l’Histoire. C’est le cas du projet de la route littorale dont l’avant-projet sommaire a été voté lors de la Commission permanente de la Région du 5 juillet par les élus de la majorité et du groupe socialiste. C’est aussi le cas pour l’accord signé entre Tereos et la CGPER.

Concernant le premier point, il faut remonter à la fin du XIXème siècle quand a été décidée la construction du chemin de fer en remplacement des marines qui, le long des côtes réunionnaises, permettaient d’assurer le transport des marchandises. On peut noter au passage l’intelligence pratique des autorités coloniales qui ont compris l’intérêt de ce mode de transport alors en pleine expansion en France. Le chemin de fer a été le socle du développement agricole et industriel et un élément essentiel de l’aménagement de l’île pendant presque un siècle.

Une infrastructure essentielle

Dans les années 50 s’est posée la question de sa modernisation ou de son remplacement. Le syndicat des cheminots, appuyé par le PCR, proposait la modernisation, ce qui demandait un minimum d’investissements. Il ne faut pas oublier que le tunnel était alors le 2ème au monde par sa longueur. Les rails, les ponts pouvaient continuer à être utilisés. Mais cette position réaliste s’est heurtée à une opposition politicienne dirigée contre les syndicats : cédant à la pression des partisans de l’automobile, on a choisi la démolition. Détruire, effacer traces matérielles et immatérielles a souvent été une attitude des tenants du pouvoir à La Réunion.
A cette erreur s’est ajoutée une seconde erreur : celle du choix du tracé de cette route. Syndicats et PCR pointaient les dangers d’une route soumise à la double menace des éboulis venant de la montagne et de la houle venant de la mer. Des ingénieurs et des responsables économiques comme Emile Hugot ou M. Guézé étaient d’accord avec cette position. On a préféré construire la route au pied de la falaise !

Répéter les erreurs !

Bilan de ces décisions : le licenciement de centaines et de centaines de cheminots et la destruction d’une infrastructure importante qui aurait pu être réutilisée. A ce bilan immédiat il faut ajouter le coût économique et social de cette erreur sur les décennies suivantes : cette 1ère route a été remplacée par une 2X2 voies ouverte en 1976, qu’il a fallu constamment sécuriser, et ne parlons pas du coût de la 3ème route en projet !
Avec l’augmentation de la population, la concentration de services et d’entreprises à Saint-Denis, la fascination de l’automobile, les conditions de circulation se sont aggravées : chaque jour, les automobilistes perdent de l’argent et du temps dans les embouteillages.
Pour être complet, ajoutons dans la colonne “débit” le coût de l’investissement, de l’entretien et du prix du carburant pour les voitures !
Aujourd’hui, on persiste dans les mêmes erreurs en gaspillant les fonds publics, montrant ainsi le poids des habitudes sur les mentalités. C’est ainsi que les erreurs passées vont se perpétuer sur le siècle actuel. Une citation latine le dit bien : se tromper est humain, mais persévérer est diabolique…
C’est pourquoi les élus de l’Alliance ont voté contre et appelé à tirer les leçons du passé en soulignant l’intérêt d’un chemin de fer de Saint-Benoît à Saint-Joseph pour l’aménagement du territoire, pour l’efficacité économique et pour réduire la dépendance énergétique.


Voir loin

Que ce soit pour la route littorale ou pour les relations entre planteurs et usiniers, certains actes, certaines décisions ont une portée économique et sociale qui s’exerce sur plusieurs décennies. Cette conscience doit inciter tous les décideurs, et finalement tous les citoyens, à réfléchir, à prendre en compte toutes les données disponibles au moment de la décision, à essayer d’anticiper pour faire le meilleur choix pour les générations futures.
C’est un des éléments qui caractérisent ce qu’on appelle le développement durable : la conscience de notre responsabilité pour nos enfants et petits-enfants, pour notre pays.


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