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Productions locales et les conditions d’un développement endogène à La Réunion

Propositions du Parti communiste réunionnais pour les États généraux de l’Outre-mer — 2 —

Témoignages.re / 21 juillet 2009

Dans l’atelier numéro 2 des États généraux de l’Outre-mer, la contribution du PCR définit deux axes prioritaires pour favoriser la production locale et créer les conditions d’un développement endogène : l’autosuffisance alimentaire et l’autonomie énergétique.

Cette production a pour but d’alimenter les ateliers des États généraux sur le développement endogène de La Réunion. La question fondamentale pour cette atelier-ci étant celui des productions locales, production, aussi bien matérielles qu’immatérielles et de voir les impacts sur :
• L’emploi
• La compétitivité
• L’environnement
• La cohérence globale du produit réunionnais

Qu’est-ce que le développement endogène ?
Le développement endogène c’est satisfaire le plus possible à la demande et aux besoins de la population tout en dépendant le moins possible des importations.
Deux conditions essentielles :
• L’autosuffisance alimentaire
• L’autonomie énergétique

I- L’autosuffisance alimentaire
Les Réunionnais doivent maitriser la production de leur alimentation de base : eau, grains, légumes, fruits, viandes, poissons.
Pour le riz, la conclusion d’accords avec Madagascar doit pouvoir satisfaire les besoins des Malgaches, des Réunionnais et aussi des Mauriciens, Seychellois ou Comoriens. (cf. fiche co-développement à l’atelier coopération avec les pays voisins)

A] Pour les fruits, légumes et viandes, d’importants progrès ont été réalisés
(Voir taux de couverture en annexe)
Conditions de développement
1) Élargir les marchés
• Accès prioritaire des produits locaux à la restauration collective (cantines scolaire, hôpitaux, armée…). Nécessité de dérogation au code des marchés publics, en particulier en optimisant les critères de développement durable.
• Accord avec la grande distribution pour favoriser les produits locaux.
2) Baisser les coûts de production
• Les fertilisants : on importe 28.000 tonnes d’engrais par an (coût financier, coût écologique).
Aller vers une agriculture bio-fertilisant naturelle.
Fabriquer localement un bio compost (biomasse, cendre d’usine thermique, boue des stations d’épuration, lisier…).
• Aide aux intrants (continuité territoriale sur le modèle Corse).
3) Accélérer l’innovation
• La Réunion connaît un problème foncier (compétition entre l’agriculture, l’urbanisation, les activités diverses…) : expérimenter, comme aux îles Canaries, cultures sur anciennes coulées volcaniques.

B] La canne
La Convention canne actuelle vise à répartir les richesses tirées de la canne, et les aides et subventions accordées à la filière. Résultat : prix fixe pour les planteurs, augmentation des revenus pour les usiniers.
Il convient tout d’abord de rappeler que cette convention canne est le résultat d’une réforme structurelle provoquée par les accords de 1969 signés par la Fédécanne et les usiniers, à une époque où la CGPER n’existait pas encore. Il a été imposé malgré les luttes et les protestations des Comités de survie des planteurs soutenus par le PCR. Il a entraîné la ruine de 15.000 planteurs, et le chômage de 12.000 ouvriers d’usine. Il est responsable de l’exode rural.
Rappelons qu’en 1969, la plupart des usiniers étaient de gros planteurs. Ainsi, les usines du Gol, de Pierrefonds et des Casernes avaient d’abord comme mission de traiter les cannes de la Société Bénard.
Avant cet accord de 1969, le planteur était le propriétaire de la canne, l’usinier était un façonnier qui prélevait un tiers de la valeur totale de tous les produits de la canne pour se rémunérer. À l’époque, les planteurs étaient en pleine bataille pour faire évoluer ce rapport. L’objectif à atteindre était trois-quarts de la valeur des richesses de la canne pour le planteur, et un quart pour l’usinier.
L’accord de 1969 a changé la structure de la filière et ouvert la voie à la séparation du capital foncier du capital industriel. Cela a conduit l’usinier à vendre ses terres à canne pour se concentrer sur l’industrie et entamer sa diversification.
Le planteur n’est plus propriétaire de sa canne du début à la fin. Il est devenu seulement un fournisseur de matière première. Il livre sa canne à l’usinier en échange d’un prix convenu à l’avance. L’usinier tire ensuite tous les revenus de la canne sans avoir à les redistribuer aux planteurs, ni à leur rendre des comptes. À partir de la canne, l’industriel a développé des sucres spéciaux qui lui rapportent beaucoup plus, donc à forte valeur ajoutée, se positionnant comme un acteur de ce secteur sur le marché européen. La bagasse, qui représente 30% du poids total de la canne, est brûlée pour produire de l’électricité. Selon Canne-Progrès, la bagasse fournit 1/6ème de l’électricité consommée sur l’île, c’est l’équivalent de la consommation annuelle de 150.000 Réunionnais. En 1998, la production d’alcool représentait 10% du produit brut de la filière, avec une valeur ajoutée de 4,5 millions d’euros. Depuis cette part a augmenté. En effet, l’an dernier, la production a atteint 130.000 hectolitres, dont la moitié a été utilisée pour les “rhum légers”. La rentabilité de ces “rhum léger” est telle que l’usinier peut se permettre d’importer de la mélasse du Pakistan pour compenser une récolte insuffisante. À cela s’ajoute aussi, le pôle de compétence agro-nutrition. Certaines de ses molécules, obtenues après raffinage, entreraient dans la fabrication de produits industriels, alimentaires, pharmaceutiques… Il faut aller vers un partage plus équitable des richesses de la canne d’autant plus que les aides sont assurées jusqu’en 2014. Mais l’OMC continue sa pression sur l’Europe et le gouvernement français pour qu’après 2014, ces subventions soient définitivement supprimées. L’Europe et la France céderont-elles ? De la réponse à cette question dépend tout l’avenir de la filière canne-sucre à La Réunion. Il y a aujourd’hui nécessité de préserver les terres agricoles. Il est également essentiel de se diriger vers d’autres cultures afin de diversifier notre agriculture.

C] Poissons
(cf. fiche co-développement)
• La zone économique exclusive des pays de la COI représente la Méditerranée + la Baltique.
• Sur 10 millions de tonnes de poissons capturés dans la zone, des pays de la COI ne représentent que 228.500 tonnes, soit 2,28%.
→ Riche patrimoine halieutique
• Faire évoluer (ou adapter) la réglementation Européenne : norme qui concerne l’Europe par exemple pour la côte d’alerte atteinte. Ici ce n’est pas le cas.
• Accord de co-développement avec Maurice, Madagascar, Seychelles et Comores.
• Aquaculture et pisciculture : La Réunion a acquis une très riche expérience (ARDA). Mettre au service du co-développement : Madagascar- canal des Pangalanes ; Lagon de Mayotte…
• Pêche côtière : multiplier les DCP.

II- L’autonomie énergétique
• En 1999, lors du colloque organisé par le Syndicat des Energies Renouvelables au siège de l’UNESCO, le Président de La Région Réunion a annoncé l’objectif d’atteindre l’autonomie énergétique de l’île dès 2025.
• Ce projet ambitieux, qui vise l’autosuffisance énergétique en matière de production d’électricité, est exemplaire au niveau mondial. Il a impulsé une nouvelle politique énergétique : l’utilisation de la biomasse, des énergies solaires et éoliennes ; la recherche sur les énergies marines ainsi que sur la géothermie. Cet objectif est au cœur du Plan de Développement Durable adopté par La Région Réunion. Ce dernier a aussi inspiré, l’an dernier, le programme GERRI du gouvernement et le projet de “Ile verte” de La Réunion Economique.
• La Réunion peut déjà afficher un certain nombre de résultats montrant qu’elle est en mesure d’atteindre ces objectifs. La Réunion détient une des plus grosses fermes nationales de panneaux photovoltaïques raccordée au réseau, d’une capacité de 1,5 méga watt. Nous possédons un des meilleurs taux d’équipement en chauffe-eau solaire au monde (40% des foyers ; la barre des 100.000 chauffe-eau solaires devrait être atteinte cette année).
37% de la production d’électricité dans notre île est obtenu à partir des énergies renouvelables (hydraulique, solaire, éolienne, biomasse avec 2 centrales bagasse/charbon). Ce pourcentage devrait s’accroitre dans l’avenir avec les projets d’énergie solaire en cours de réalisation.

Les différents types d’énergies renouvelables et leurs utilisations possibles
Énergie solaire : Le photovoltaïque est certainement l’énergie renouvelable de production électrique qui, à court terme, a le potentiel de développement le plus important : toit des établissements, maisons individuelles, rond point (sacré cœur), agri-énergie, décharges saturées (Sainte-Suzanne, Pierrefonds, …) aires de sports…
Énergie éolienne : Le potentiel de développement de cette filière est également important. Le PRERURE prévoit à terme, l’installation de 60 MW (Méga-Watt) éolien à La Réunion. (Sainte-Suzanne, Sainte-Rose)
Énergie de la mer : La Réunion peut proposer l’énergie des vagues qui se fracassent sur nos côtes. C’est aussi l’énergie de la houle avec la possibilité d’implanter des installations à une profondeur suffisante pour empêcher les dégâts provoqués par les cyclones ou autres catastrophes. Énergie thermique des mers.
Géothermie : Il s’agit d’utiliser la chaleur du volcan : procéder à la reconnaissance de la ressource et d’évaluer le potentiel offert.
Biomasse : bagasse/charbon (nouvelle variété de canne riche en fibre). Revoir le partage des produits de la canne entre planteurs et usiniers (cf. partie canne à sucre). Déchets verts des centres urbains et lutte contre les espèces envahissantes, se substituant au charbon. Recherche à partir des micro-algues.
• Déplacement à partir des énergies renouvelables : Tram-Train et voitures électriques.
→ Conséquences
• Baisse de la facture pétrolière (500 millions d’euros/an).
• Création de millier d’emplois.
• Diminuer l’émission de CO2 : protection de la planète.

III- Divers
Les matériaux de construction
• Utilisation de certaines formes de lave volcanique pour la fabrication de briques et autres produits dérivés par le BTP.

Valorisation des ressources naturelles renouvelables
(végétales, animales, minérales).

L’économie de la connaissance et des TIC
• Nous allons vers la société de la connaissance. L’emploi ne peut plus être pensé dans les mêmes termes qu’auparavant (où l’on avait la prédominance du secteur primaire). Ce qui manque c’est l’emploi qui s’appuie sur la connaissance. Les échanges informations sont essentiels dans ce type de société.
• Il faut également accorder une place prépondérante à la Recherche et Développement. Pour cela, il faut définir et porter des programmes de recherches appliquées, soutenir des thèses qui vont dans le sens des objectifs de développement arrêtés, aider à la création de brevets et préserver les brevets d’exploitation au bénéfice de La Réunion, favoriser le transferts de données et de technologies.
Valoriser tout ce qui fait La Réunion et le Réunionnais car il est impossible de faire le développement de La Réunion sans les Réunionnais.

La croissance démographique soutenue à La Réunion fait qu’elle dispose d’une population jeune, importante et bien formée. Les moins de 20 ans représente près de 35% de la population. De ce fait, il existe en vivier important de jeunes de bon niveau qui ne demandent qu’à poursuivre leurs études. Cela constitue un potentiel formidable en termes de matière grise qu’il faut valoriser et sur lequel il faut construire l’avenir. Ce qui plaide pour faire de l’économie de la connaissance, un axe fort d’un projet du développement durable de La Réunion.


Taux de couverture de la consommation par la production locale dans l’alimentation


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