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Propositions pour sortir La Réunion de la crise

Présentation de la synthèse des États-généraux

Risham Badroudine / 30 juillet 2009

Hier à la Préfecture, une synthèse des États-généraux a été remise à la presse. Un constat de la situation actuelle a été fait par le préfet des États-généraux, Girot de Langlade, concernant le taux de chômage à La Réunion, les personnes relevant des minima sociaux, la proportion des Réunionnais vivant en dessous du seuil de la pauvreté ou encore le problème de l’illettrisme. Les présidents des 8 ateliers ont énoncé un certain nombre de propositions concernant la formation des prix, les grands projets structurants, la production locale, la gouvernance, le dialogue social, l’insertion de La Réunion dans son environnement régional, ou encore la culture, l’identité et la mémoire.

Cinq points ont été relevés de la synthèse :
• Une grande vitalité des entreprises à La Réunion, mais avec un tissu composé presque en totalité de petites ou de très petites entreprises (85% ont moins de 10 salariés).
• La Réunion n’a pas encore achevé sa transition démographique et la population devrait atteindre le million d’habitants en 2030. De ce fait, 7.300 nouveaux actifs arrivent chaque année sur le marché de l’emploi et seulement 3.000 emplois nouveaux sont créés.
• Un taux de chômage très élevé qui pénalise particulièrement les jeunes puisque la moitié des moins de 25 ans est actuellement au chômage.
• Le nombre de personnes relevant du RMI atteint des proportions alarmantes (70.000) et 52% des Réunionnais vivent en dessous du seuil de pauvreté. Au 31 décembre 2008, 226.500 personnes sont couvertes par au moins un minimum social, soit le tiers de la population.
• 100.000 illettrés : La Réunion détient un triste record parmi les départements de la République.

Suite à ce constat, un certain nombre de propositions ont été énoncés par les présidents des 8 ateliers.

Faire de La Réunion une région pilote d’expérimentation

Il a été relevé que les handicaps et défis sont de nature à faire de La Réunion une région pilote d’expérimentation. L’atelier chargé de réfléchir au thème de la gouvernance indique pour sa part que les Réunionnais, tout en étant attachés au statut départemental, réclament plus d’efficiences aux administrations chargées de mettre en œuvre les politiques publiques et aussi plus de transparence dans le domaine du contrôle des prix et de la concurrence, condition sine qua non de la confiance dans l’économie.

Il a également été souligné que le risque existe d’une société réunionnaise à deux vitesses : d’une part, les actifs occupant un emploi stable — au premier rang desquels les fonctionnaires — d’autres part, les bénéficiaires des minima sociaux, durablement installés dans la précarité ou dans la pauvreté.
L’atelier sur la formation des prix, les circuits de distribution, le pouvoir d’achat souligne la dynamique inégalitaire qui repose sur l’importance du budget alimentation et transport pour les plus modestes (41% de leur budget total contre 27% pour le quartile le plus élevé).

Au-delà de cette croissance des inégalités monétaires et de pouvoir d’achat, qui expose les ménages modestes à une perte de pouvoir d’achat plus importante, d’aucuns redoutent même une fracture morale que l’atelier sur l’identité, la culture et la mémoire assimile à une fracture identitaire : « de nombreux Réunionnais ont l’impression que leur identité et leur culture sont pour le moins marginalisées sinon méprisées ou même déniées ».

Le rapport des synthèses souligne également « que si nos handicaps sont importants, chacun loue l’appétit d’innovation d’une terre résolument tournée vers l’avenir, qui fait de la cohésion sociale et du développement durable son marqueur identitaire ». Deux chiffres sont avancés pour illustrer cela :
• Le Conseil général de La Réunion vient au premier rang de tous les Départements de la République pour les dépenses sociales par habitant, avec 995 euros par habitant contre 485 euros en moyenne.
• Le mot d’ordre d’autonomie énergétique pour 2025 lancé en 1998 par la Région. Aujourd’hui, 36% de la production électrique est assuré à partir d’énergies renouvelables, soit le meilleur taux des Régions de la République.

Considérer d’abord notre environnement régional

L’atelier sur l’insertion des Départements d’Outre-mer dans leur environnement régional invite à considérer d’abord notre environnement régional : « nous avons jusqu’ici tourné nos regards exclusivement vers la métropole, empêtrés que nous étions dans notre histoire coloniale mal surmontée. En voulant vivre au plus près de ceux qui, géographiquement, sont si éloignés de nous, nous nous sommes abstenus de nouer des liens de coopération sérieux avec les pays du Sud qui, pourtant, sont si proches. Nous n’avons pas cultivé notre jardin ».

Le rapport de synthèse souligne aussi qu’« il convient aujourd’hui de se tourner davantage vers nos voisins de l’océan Indien, de les associer comme partenaires à une nouvelle stratégie, tant au plan économique qu’institutionnel ou culturel. Autour de nous, l’Afrique du Sud, le Mozambique, les Comores, Maurice… dessineront vers 2030 les contours d’un marché de plus de cent millions d’habitants. Plus loin, l’Inde, la Chine, l’Australie deviennent accessibles. C’est pourquoi, après avoir fait depuis 1946 la politique de notre histoire, il nous faut apprendre à faire aussi celle de notre géographie ».

Risham Badroudine


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