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Propositions pour un développement durable : relever les grands défis

Julie Pontalba

Témoignages.re / 22 décembre 2010

Lors du 7ème Congrès du Parti communiste réunionnais, Julie Pontalba, déléguée de Saint-Leu, est intervenue sur les grands défis à relever pour le développement de La Réunion.

Vous venez d’entendre l’intervention de Fabrice qui vous a montré la gravité de la situation, puis celle de Jean-Hugues Ratenon qui vous a exposé des mesures d’urgence à prendre et qui permettra de soulager la souffrance de la population la plus fragile et la plus démunie.
Il est essentiel de se battre pour les problèmes immédiats, c’est évident, mais cela ne suffit pas pour résoudre les problèmes de la société réunionnaise durablement.
En effet, il faut non seulement solutionner les problèmes actuels d’une population de 800.000 habitants et, dans le même temps, préparer l’accueil de 200.000 Réunionnais supplémentaires d’ici 2030. Il faut agir et relever un véritable défi dans tous les domaines tels que l’emploi, le logement, les besoins alimentaires...
Prenons le cas de l’emploi. Nous recensons déjà 140.000 chômeurs, et la population active augmentera de 140.000 personnes d’ici 20 ans. Ce problème n’a pas de solution dans le cadre actuel. Il faut un profond changement. Mais quel changement ? Vers quoi devons-nous aller ?

Un parti comme le nôtre doit réfléchir sur le long terme. Il faut trouver les grands secteurs de développement durable pour demain.
Il faudra discuter entre nous, puis avec les autres partenaires, l’État, l’Europe...
Nous sommes arrivés à un tournant où il y a nécessité à trouver ensemble un vrai projet de développement durable, en plus des mesures sociales immédiates.
Nous pouvons lister toutes les potentialités que La Réunion peut mettre en œuvre.

Prenons l’exemple des grands travaux. Paul Vergès avait déjà négocié 3 milliards avec Matignon pour le tram-train et la route du littoral. C’était avant la crise financière mondiale, et cela permettait à La Réunion de faire face à la crise. Maintenant, cette somme est perdue définitivement avec la révision des Accords de Matignon et avec elle des milliers d’emplois. C’est presque un crime qui a été commis contre les Réunionnais par la nouvelle équipe à la Région.

I - Les grands défis

Les secteurs d’avenir ne manquent pas. Et nous pouvons toucher tous les secteurs du Développement durable, qui sont entre autres :

- le social

- l’économie

- l’environnement

A/ Le social
Concernant le social, nous avons déjà proposé les mesures d’urgence sociales. Mais nous avons aussi fait un certain nombre de propositions qui se trouvent dans le document qui vous a été remis. Il y a notamment des propositions dans le domaine de la formation et de l’éducation car, pour nous, une jeunesse formée et scolarisée est le principal atout pour La Réunion. Nous avons tenté de réfléchir sur la lutte contre l’illettrisme, la valorisation de notre culture et de notre identité. Mais aussi sur la mobilité, le sport et la santé. Tout cela pour avoir cette jeunesse debout, fière de ses valeurs, ayant accès à la connaissance et capable d’être un acteur de son développement.

B/ L’économie
D’abord, nous nous axons vers un développement endogène, j’explique : « la valorisation de nos ressources internes et externes en respectant les équilibres environnementaux et sociaux pour répondre aux besoins de la population et créer le maximum de valeur ajoutée ».
Cette économie nouvelle doit se bâtir autour de certains piliers, elle doit également s’inscrire dans une stratégie de co-développement et d’ouverture sur l’extérieur.

1. L’autonomie énergétique
L’un des piliers de cette économie nouvelle est l’autonomie énergétique.
L’utilisation d’énergie est partout autour de nous : la télé que l’on regarde, une voiture que l’on démarre, la marmite que l’on fait bouillir...
Notre modèle de développement actuel est un grand consommateur des ressources naturelles et limitées telles que :

- le pétrole

- le charbon

- le gaz...
Toutes ces ressources ne sont pas éternelles, leurs extractions et leurs exploitations contribuent largement aux bouleversements climatiques qui mettent en danger notre planète. Personne n’ignore les risques dus au changement climatique tels que la montée du niveau de la mer et la disparition des îles.
Enfin, toutes ces sources d’énergie coûtent très cher, et nous sommes directement soumis aux fluctuations des prix de ces marchandises.
C’est pour cela que dès 1998, notre camarade Paul Vergès a lancé le grand mot d’ordre d’autonomie énergétique. Cela avait pour but de nous mettre à l’abri de l’augmentation des prix de ces marchandises en exploitant nos propres ressources, tout en respectant l’environnement. En créant de nouveaux rapports plus en harmonie avec notre environnement, nous apportons aussi notre contribution à la planète. Ici nous regorgeons de sources d’énergie inépuisables telles que :

- l’eau

- le soleil

- le vent

- le volcan

- la houle...
Ce projet d’autonomie énergétique paraissait fou au début, pourtant, aujourd’hui, rien que dans le solaire, nous sommes le territoire français le mieux doté en chauffe-eau solaires ! N’est-ce pas un succès ?
Il reste encore bien des défis à réaliser dans ce domaine, mais les propositions de l’ARER sous l’ancienne mandature régionale ont été reprises.
Nous devons réaffirmer notre ambition dans ce domaine, mais nous devons aussi travailler à la baisse de la consommation d’énergie dans nos familles, dans nos usines, nos écoles, bâtiments publics et pour le transport.

Nous devons nous battre partout et tout le temps pour accéder à l’autonomie énergétique et mettre notre île à l’abri des besoins tout en respectant son environnement.
Réaliser un tel objectif nous ferait économiser une facture pétrolière de plus 500 millions d’euros et, en plus, le développement de ce secteur créerait des milliers d’emplois. Enfin, l’exploitation des énergies renouvelables est la seule garantie du respect de l’environnement.

2. La sécurité alimentaire
Une autre préoccupation essentielle à notre égard consiste à apporter à notre population la sécurité alimentaire. Les différentes crises qui se produisent et qui se sont produites doivent nous interpeler. Pouvons-nous prendre le risque de manquer d’approvisionnement parce qu’un pays ne peut plus produire ou parce que les transports de ces marchandises ne sont plus assurés, ou pour quelque raison que ce soit ?
Nous avons de grands défis à relever dans ce domaine.
Chaque jour, les cantines, les hôpitaux, les hôtels, les administrations… consomment plus de 200.000 repas. N’y a-t-il pas de place pour nos producteurs locaux dans ces secteurs ? Il faudra bien sûr améliorer le conditionnement pour respecter les normes imposées, revoir la loi sur les appels d’offres. Il faudra prévoir une meilleure commercialisation. Nous devrons nous entendre entre Réunionnais sur les tarifs. Mais il y a de la place pour la production locale.

Ici nous avons la mer, donc le sel, nous avons de l’eau propre qui est rejetée à la mer au lieu d’être conditionnée, nous jetons les fruits de saison, nos ressources alimentaires sont là, il faut une vraie valorisation ; nous disons donc : “Produisons local, consommons local” !

Cependant, nous ne devons pas oublier que nous sommes sur un petit territoire, nous ne pourrons pas tout produire. Nous avons vocation à nous ouvrir sur le monde. Nous devons exploiter au mieux notre situation particulière en tant que membre de l’Europe, mais situé dans l’océan.
Pour ce que nous ne pouvons pas produire ici, comme le riz et les grains, n’y a-t-il manière de privilégier l’approvisionnement avec les pays proches de nous dans un accord gagnant-gagnant ? Je pense en particulier à Madagascar avec qui nous partageons notre Histoire. Nous pouvons nous axer vers un véritable co-développement où chacun est gagnant.
Ce sont là des pistes, à nous de travailler ensemble pour la sécurité alimentaire de notre pays.

3. Le service d’aide à la personne et service à l’environnement
Il y a deux autres domaines créateurs d’emplois que nous avons déjà acté lors de notre rassemblement de janvier à La Possession, celui des deux grands services :
Le service d’aide à la personne et le service à l’environnement. Ces deux filières, comme celles liées aux nouvelles techniques d’informations et de communications, répondent à des besoins réels et sont fortement créatrices d’emplois.
Parmi elles, il y a la valorisation de nos déchets. Je vais prendre un exemple concret. Le sac qui vous a été remis hier a été fait ici à La Réunion avec des produits qui auraient dus être jetés. Un groupe de 3B les a récupérés et valorisés puis revendus à un prix raisonnable pour tous. Le tri et le recyclage au plus près de chez nous participent à la protection de l’environnement. Nous devons encourager et démultiplier ces initiatives.

Beaucoup d’autres domaines, créateurs d’emplois localement et participant au développement durable tels que les TIC, le tourisme, le désenclavement, l’innovation, font l’objet d’une réflexion dans le document de travail qui vous a été fourni. Nous proposons par exemple comme outil de désenclavement la création d’une compagnie maritime comme La Réunion a déjà créé une compagnie d’aviation qui est parmi les plus performantes. Nous vous invitons à les consulter.

C/ L’environnement
Enfin, dans le domaine de l’environnement, il y a l’aménagement équilibré de notre territoire, qui doit prévoir la construction de 200.000 logements et des équipements structurants. Le SAR (Schéma d’aménagement régional) pour la politique globale d’aménagement de l’île et qui a été présenté par l’ancienne majorité doit être repris. Nous devrons être vigilants à ce que toutes les mesures proposées pour la sauvegarde de notre environnement et la valorisation de nos ressources soient respectées.

Un point sur lequel nous ne lâcherons pas la bataille est celui d’une meilleure politique de déplacement dans notre île. L’ancienne majorité à la Région avait travaillé sur la valorisation des circuits vélo sur toute l’île, il y avait déjà un projet pour la route du littoral et bien sûr le tram-train. Ce moyen de transport vers lequel nous devrons aller tôt au tard a été purement abandonné sans même se battre pour réclamer les fonds nécessaires. Or, nos revendications étaient légitimes et nous les réaffirmons aujourd’hui. C’est pourquoi il est primordial pour nous à l’avenir de réaliser ce tram-train et de gagner la bataille du rail.
Car comment parler de protection de l’environnement si nous continuons avec le tout auto comme actuellement ?

• L’adaptation

II - Quels moyens ?

La liste des potentialités peut-être allongée à l’infinie. Techniquement, La Réunion est à même de réaliser beaucoup de projets, et quelques fois même avec excellence. Cependant se pose le problème des moyens pour les mettre en œuvre, et de nos marges de manœuvre.

Par exemple, comment entamer de grands chantiers durables comme celui de l’autonomie énergétique, et avoir un succès exemplaire, quand, en plein milieu de parcours, on change les règles du jeu sur la défiscalisation pour le photovoltaïque comme cela se fait actuellement ?
Se pose donc la question de la politique fiscale à La Réunion ! Quelle fiscalité pour La Réunion ? Cette question est au cœur du développement du secteur marchand à La Réunion. Discutons-en entre nous. Nous devons le faire entre nous, Réunionnais, pour faire des propositions à nos autres partenaires.
Discutons de ce problème aujourd’hui camarades et faisons des propositions.
Il en va de même pour la politique des revenus. A La Réunion, il existe une très grande inégalité dans les revenus (indexés d’une part et minima sociaux d’autre part). Cette situation est un frein au développement industriel.
La question des revenus se pose.
Il faut harmoniser les revenus. On ne peut pas faire l’économie de ce débat.
Il ne s’agit pas là de trouver des boucs émissaires, d’enlever des avantages acquis, il ne s’agit pas non plus de léser quiconque ou encore de priver La Réunion de ses recettes. Non, bien entendu.
Il faut, dans la concertation, l’esprit de responsabilité, trouver une juste solution dans le cadre de la réalisation de grands projets de développement durable.

• La gouvernance

Enfin, la mise en œuvre de projets de développement durable dans tous les secteurs qui sont le social, l’économie et l’environnement nécessite une volonté politique qui doit être exercée par les élus et les forces vives du pays. La réforme des collectivités et des institutions doit procéder de cette préoccupation.
La question est de savoir de quel moyen fiscal et de quel levier politique nous pouvons disposer pour réaliser nos projets. Voilà ce qui doit nous guider dans nos préoccupations pour la réforme des collectivités.

Ainsi, chers camarades,
Si nous voulons mettre en œuvre un véritable projet de développement durable, qui protège les plus démunis et qui ouvre La Réunion sur l’avenir, les règlementations en vigueur ne permettent pas d’aller plus loin qu’aujourd’hui.
C’est pour cela que nous disons que l’on arrive à la fin d’un cycle.

Ces règles ont atteint leurs limites. Il faut aller plus loin, il faut de nouvelles règles. A nous de les imaginer.
Quand je dis nous, il s’agit bien sûr des communistes que nous sommes, mais il s’agit aussi de tous les Réunionnais et Réunionnaises, car c’est à nous tous, c’est ensemble que nous devons trouver les bonnes solutions pour notre pays.


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