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PS à La Réunion : Des attitudes qui ne produisent que la division et la défaite

Le maintien du PS au second tour des régionales a favorisé l’UMP

Geoffroy Géraud-Legros / 26 mars 2010

En amont de la défection des socialistes aux Régionales, l’histoire politique fait apparaître le refus chronique de l’union des forces de progrès par certains dirigeants PS. Une pratique que rend inacceptable la victoire de l’UMP dimanche dernier.

À l’issue des législatives de 2007, Pierre Vergès arrivait en troisième position avec 21,37% des voix. Il lui aurait été possible de rester en lice, et de tenter sa chance dans une triangulaire. Celle-ci aurait mis en danger Jean-Claude Fruteau (PS), arrivé en tête avec 32, 49%, talonné par l’UMP Bertho Audifax, qui recueillait 31,29% des suffrages. En application du principe de désistement républicain, le candidat communiste n’hésita pas un seul instant à retirer sa candidature. Une décision d’ailleurs appliquée loyalement et répercutée dans l’ensemble de la circonscription. « Au nom de l’Alliance, j’ai mis en œuvre la demande de Pierre Vergès. Au second tour, j’ai activement fait campagne, et organisé la victoire de Jean-Claude Fruteau à Salazie », se rappelle Hilaire Maillot.
Il en aurait sans doute été autrement si Pierre Vergès avait appliqué à l’élection la "jurisprudence Vergoz" : se maintenir même en position minoritaire contre un autre candidat progressiste.

Des pratiques récurrentes…

Le parcours de Jean-Claude Fruteau lui-même n’est pas un exemple de régularité dans le désistement républicain. En 1988, il avait déjà décidé de maintenir sa candidature à la députation, provoquant la défaite de Paul Vergès dans la 5éme Circonscription… et assurant la victoire de Jean-Paul Virapoullé, représentant de la droite « dure ». Près de 20 ans plus tard, Jean-Claude Fruteau n’a pas foncièrement changé d’attitude : allant à l’encontre d’un accord conclu avec le PCR, les socialistes présentèrent un candidat à l’élection cantonnale de Sainte-Suzanne. Force est de constater que la Fédération socialiste agit alors de manière particulièrement gros doigts, en poussant à la va-vite la candidature du Dr Samir Messaï, membre de la section socialiste de la commune depuis quelques semaines seulement. En contradiction avec la parole donnée, il reçut le soutien de Jean-Claude Fruteau, complété par une aide directe d’Erika Bareigts sur le terrain.

... qui ont mené à la catastrophe

Récemment encore, lors des municipales de 2008, les colistiers du candidat PS Emmanuel Seriacaroupin ont apporté leur soutien à Jean-Paul Virapoullé, maire de la ville depuis 36 ans, alors que l’avance du communiste Éric Fruteau offrait l’opportunité d’un changement radical dans cette commune où ont eu lieu tant de luttes.
Un tour d’horizon des rapports entre les deux partis montre que la position adoptée par le Parti socialiste entre les deux tours est récurrente. Avec la catastrophe de dimanche dernier, ce comportement cesse d’être limité à des élections locales, et aboutit à un paradoxe inacceptable : majoritaires dans le pays, les forces de progrès perdent pourtant la Région. Après ce choc, n’est-il pas plus que jamais urgent de mettre fin à ces attitudes, qui ne font que produire de la division et de la défaite ?

Geoffroy Géraud-Legros


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