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Quand la culture de l’affrontement mène à l’erreur

Plus de 20 ans après la fin de la Guerre froide

Manuel Marchal / 6 avril 2011

Face aux défis que nous devons relever, une seule tendance politique ne peut détenir la solution. La sortie de crise n’est envisageable qu’à condition que l’ensemble des forces vives soit capable de travailler ensemble. Adoptée lors du 7ème Congrès du Parti communiste réunionnais, cette orientation vient d’être réaffirmée dans la pratique politique réunionnaise et a réussi à triompher des partisans de la bipolarisation tels que Cyrille Hamilcaro.

Durant la campagne électorale, Cyrille Hamilcaro avait présenté sa candidature à la présidence du Conseil général. Il avait expliqué sa pratique politique. Le candidat soutenu par l’UMP affirme sa préférence pour l’affrontement bloc contre bloc, autrement dit en dehors de la bipolarisation, point de salut. Voilà l’erreur dans laquelle peut mener la culture de l’affrontement. 20 ans après la fin de la Guerre froide, il existe encore une vision qui ne s’appuie plus sur la réalité, car le Mur de Berlin n’existe plus.
Voici une trentaine d’années, le monde était divisé en deux blocs. C’était la Guerre froide et cette situation justifiait dans de nombreux pays l’existence d’un clivage. C’était notamment le cas en France où ce clivage s’appuyait sur la proximité entre les partis politiques et l’idéologie des deux superpuissances. Le statut de non-aligné désignait ceux qui ne se reconnaissaient pas dans l’un de ces deux blocs. Mais avec la chute du Mur de Berlin s’effondre la justification de cette culture de l’affrontement. À la bipolarisation du monde succède l’émergence du multilatéralisme, avec le retour sur le devant de la scène des superpuissances qui dominaient l’économie mondiale d’avant la colonisation : l’Inde et la Chine.

En Occident, c’est encore la Guerre froide

Manifestement, l’Occident a du mal à sortir de la Guerre froide car sa lecture de la situation politique se réfère toujours à l’analyse de cette époque. En France, c’est toujours le clivage gauche-droite qui est le référentiel. Et, c’est ce référentiel que Paris tente d’appliquer à l’Outre-mer. C’est ce qu’a démontré la lecture par les journaux parisiens des résultats des élections cantonales. D’après cette presse, un département bascule à gauche ou à droite, mais il n’y a pas d’autre possibilité en dehors de ces deux blocs.
Or, sur cette base, cela veut dire que la droite n’existe plus à La Possession, ou alors que la gauche détient 90% des sièges du Conseil général de Martinique. Et de quelle couleur politique qualifier la majorité FLNKS-UMP en Nouvelle Calédonie ? Et que penser de la panique qui a saisi quelques rédactions en France pour que des dépêches puissent affirmer qu’à La Réunion, la majorité avait changé de camp ?
L’application à l’Outre-mer de la culture de l’affrontement trouvant sa justification dans la Guerre froide montre donc toutes ses limites. Et cela d’autant plus que La Réunion notamment doit faire face à des défis qui ne peuvent être réglés par l’affrontement. Notre pays est touché par le chômage massif, par la pénurie de logements, par l’illettrisme. Il doit créer les conditions pour être en capacité d’accueillir 25% d’habitants en plus en 20 ans tout en visant l’objectif du plein emploi et du logement pour tous, conditions nécessaires au renforcement de la cohésion sociale.

La dynamique du rassemblement

Pour réussir, c’est une remise en cause de la structure de la société qui est nécessaire. Cela ne peut se réaliser dans l’affrontement bloc contre bloc. Il est au contraire essentiel de dépasser les clivages pour être capable d’intégrer les contributions de toutes les bonnes volontés, quelles que soient leur appartenance politique. C’est cette dynamique du rassemblement qui a réussi à se mettre en place au Conseil général.
30 ans après la fin de la Guerre froide, le rassemblement s’affirme comme l’avenir de la pratique politique, car c’est de là que viendra la rupture avec la période de l’affrontement et la convergence des volontés réunionnaises vers notre objectif commun : le développement du pays.

Manuel Marchal


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