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Quand le pouvoir dérisoire (car il ne règle rien) amène à trahir les idéaux du Parti

On devient tous communistes… mais certains ne le restent pas —3—

Manuel Marchal / 26 septembre 2012

Dans une société aussi inégalitaire que celle de La Réunion, l’objectif principal des communistes est de remettre en cause le système à l’origine de ces injustices, et qui tient à bout de bras les classes sociales engendrées par la période post-coloniale. La crise est tellement extrême que l’écroulement de ce système est proche. Cela explique les défections que vit le PCR. Et, plus nous nous rapprocherons de ce changement, plus nous verrons des départs. C’est un phénomène tout à fait normal qui annonce la fin du monde que nous connaissons depuis plusieurs décennies.

Tout au long de son Histoire, La Réunion a connu des formes de résistance au modèle dominant. L’histoire a démontré la justesse de ces engagements pour le changement. Il y eut l’effondrement du système esclavagiste qui était alors tout puissant et totalement légal dans le droit français. Nous en avions fini avec Bourbon, l’heure de La Réunion est arrivée. Puis un siècle plus tard, ce fut la fin de la colonie. À chaque moment décisif, il y eut des militants qui se sont engagés au service du changement de la société. En oeuvrant patiemment, ils ont réussi à favoriser l’écroulement du système et son remplacement par un autre plus juste.
À chaque moment décisif, il y eut aussi des défections dans le camp du progrès. Car devant le changement inéluctable, il y eut des phénomènes de repli sur une illusion : celle de maintenir artificiellement en vie un système au bord de l’écroulement par de couteux aménagements marginaux.

Des conditions favorables au changement

C’est une de ces périodes qui est en train de se dérouler. Personne ne conteste les dégâts considérables infligés à la population par un système à bout de souffle. La divergence se situe au niveau des solutions. Comme avant 1946, et comme au moment de la création du PCR en 1959, certains pensent que le système actuel peut être corrigé. La peur du changement envahi des responsables qui la veille se faisaient passer pour les plus purs des communistes. Ils prennent alors prétexte de toutes sortes de remarques pour couvrir leur fuite en avant.

Force est de constater que c’est au moment où il apparaissait que Sarkozy avait de grandes chances d’être battu que les critiques sont devenues radicales pour justifier les départs. Car tous savent que François Hollande, l’adversaire principal de Sarkozy, avait pris des engagements vis à vis du PCR. Dès la campagne des Primaires citoyennes, le futur président de la République a exprimé sa volonté d’instaurer une nouvelle relations avec les Outre-mer. Il souhaitait rencontrer Paul Vergès pour discuter avec lui d’un projet, ce qui suppose une convergence sur l’analyse. Tout au long de la campagne, François Hollande n’a jamais dévié de cette ligne, soutenant publiquement les projets et l’analyse du PCR lors de sa visite dans notre île.
Maintenant, au lieu de s’engouffrer dans la brèche, pourquoi des responsables décident-ils de quitter le PCR et de le combattre ?

La remise en cause des classes sociales

Le fond de leur décision, c’est leur désaccord avec l’objectif du Parti. Ils ne veulent plus remettre en cause le système qui fait souffrir la population. Ils se replient sur un intérêt personnel : maintenir l’organisation sociale à tout prix, et camoufler cet immobilisme en communiquant sur des propositions qui ne sont qu’une aide ponctuelle et ne changent rien au fond. C’est ce qui s’appelle vouloir acheter la paix sociale.
Cette évolution ne doit rien au hasard, elle est la conséquence de la division en classes de la société réunionnaise.
À La Réunion, le Parti communiste est issu d’une alliance entre des représentants des différentes classes sociales du pays. Des Réunionnais ont renoncé aux privilèges de la classe supérieure pour s’engager dans la lutte aux côtés des représentants des classes populaires. Ce renoncement à un sens profond, car c’est un départ qui doit être sans retour. Chacun s’engage en étant convaincu que le but final de la bataille, c’est la fin des inégalités entre les classes. À partir de là, peu importe la classe sociale d’origine, puisqu’à terme les inégalités n’existeront plus.

Les défections vont augmenter

Ce combat dépasse la durée d’une vie et a lieu dans un cadre particulier, donnant à l’élu le statut de membre de la classe des notables. Pendant ce laps de temps, la division en classes sociales persiste. Or, le Parti communiste réunionnais a décidé de participer aux élections, il a donc des élus.
Le système traite ces derniers, communistes ou pas, en tant que tels. Il les intègre donc à la classe des notables. L’élection assure donc une promotion sociale fulgurante.
Le dossier paru avant hier dans le "JIR" est très instructif, car les parlementaires touchent des indemnités supérieures à plus de 10 fois le SMIC si l’on tient compte de tous les frais payés. Combien de personnes peuvent s’octroyer une rémunération aussi élevée qu’un député cumulard ou qu’un président de Région PDG salarié d’une SPLA ?

C’est la que réside une explication de la défection. L’élu déserteur estime qu’il fait partie de la classe des notables, et il décide de se comporter comme un notable. Tout comme les membres de l’Internationale socialiste qui votèrent pour la guerre en 1914, il décide de capituler en rase campagne en renforçant le système dominant. C’est à ce moment que cet élu n’est plus communiste, car il ne veut plus changer les vieilles structures et privilèges hérités de l’époque coloniale. Il fait tout pour les maintenir avec d’autant plus d’ardeur que le moment inéluctable du changement approche. Tout cela parce qu’il s’est persuadé que son ascension sociale est le résultat d’un travail personnel dans lequel il s’est beaucoup investi, alors qu’au fond il trahit les idéaux de son parti.
C’est pour cette raison que le nombre des défections va augmenter au PCR. Cela n’a rien d’affolant, bien au contraire. Car plus le système sera proche de s’écrouler, plus chacun sera au pied du mur de ses convictions et plus se fera la clarification. C’est un atout pour la reconstruction du PCR.

M.M.


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