Actualités

Quand le pouvoir voudra-t-il cesser de jouer avec le feu ?

Dans un mois, la répétition annuelle d’un très grand scandale ? —2—

Manuel Marchal / 26 juin 2012

Avec les centaines de personnes qui ont un emploi en France et qui viennent en occuper un ici dans l’Éducation nationale se pose non seulement la question de leur embauche dans un contexte de pénurie, mais aussi celle de leur logement, sans oublier le regroupement familial avec la recherche d’emploi pour le conjoint. Autant de sujets délicats dans une société aussi gravement touchée par la crise que la nôtre, avec un taux de chômage bien plus important que la moyenne des régions françaises.

La question du chômage est la priorité numéro un de notre pays. Cela fait déjà des décennies qu’au moins 20% des travailleurs sont exclus du droit à un emploi. Avec l’arrêt des grands chantiers et le plan d’austérité lancé en 2011 par le gouvernement précédent, cette proportion a grandi. Au total, plus de 150.000 Réunionnais sont inscrits à Pôle emploi.
Chez les jeunes, le taux de chômage dépasse les 60%. Selon le résultat d’une étude de l’INSEE publiée dans "Témoignages" de samedi, 69% des jeunes sortis de l’école avant l’âge de 25 ans sont au chômage. Et parmi eux se trouvent de nombreux diplômés qui ont la capacité d’être un cadre A de la fonction publique, c’est-à-dire d’exercer des responsabilités aussi importantes que celles d’un enseignant.

La frustration des jeunes Réunionnais

Les règles de recrutement dans la fonction publique rendent possible l’arrivée chaque année à La Réunion de centaines de personnes qui ont déjà un emploi en France. Dans un pays où le taux de chômage est si fort, en particulier chez les jeunes, de telles règles ne vont pas dans le sens de l’apaisement.
Car chaque année la même scène se répète, alimentant les frustrations de jeunes qui voudraient travailler au pays mais qui n’ont d’autre issue que d’émigrer à des milliers de kilomètres pour pouvoir obtenir un travail durable.
Ces règles datent déjà de plusieurs décennies, à une époque où la situation était très différente dans notre pays.
Car entre-temps s’est développée une scolarité de masse qui permet aujourd’hui à de jeunes Réunionnais de décrocher des diplômes de haut niveau, et donc de prétendre à ces postes qui leur échappent chaque année.

Le regroupement familial

Dans "Témoignages" d’hier, il a été question des conditions de l’arrivée de ces centaines de personnes chaque année, avec billet d’avion et déménagement payés. À cela s’ajoutent deux aspects : le logement et le regroupement familial.
En effet, quand ces personnes décident de quitter leur emploi en France pour venir en occuper un à La Réunion, il est bien entendu qu’elles comptent être logées à leur arrivée. Cette demande intervient dans un contexte de pénurie de logements dans notre île.
Comme tout travailleur migrant ayant un emploi durable, ces nouveaux arrivants veulent pratiquer le regroupement familial. Se pose alors la question du conjoint qui peut chercher lui aussi un travail pour compléter les revenus du foyer. Si ce conjoint n’a pas au départ la garantie de l’emploi, il peut s’appuyer sur un réseau pour arriver à ses fins. Les déréglementations successives pratiquées par l’ancien gouvernement ont en effet élargi les prérogatives des chefs d’établissement dans l’embauche de contractuels.
Ainsi, à la différence des MI-SE qui étaient recrutés et gérés par le Rectorat, les assistants d’éducation le sont directement par les établissements. Dans ce cas, ce sont encore des emplois qui échappent à des jeunes Réunionnais.
Jusqu’à quand va donc durer ce scandale ?

(à suivre)

M.M.

L’urgence impose la fin du scandale

Quand le PCR a présenté son Nouveau contrat pour La Réunion en 2006, il a proposé d’appliquer un moratoire dans l’embauche de fonctionnaires venus d’ailleurs sur des postes à La Réunion. L’objectif est d’utiliser le droit à l’expérimentation permis par la Constitution pour que sur une période de plusieurs années, une véritable priorité au recrutement des Réunionnais dans la fonction publique puisse s’appliquer. Il s’agit là de faire face à une urgence : comment arrêter le gaspillage d’une des richesses de notre pays, la jeunesse diplômée.

Ce secteur est en effet un gisement d’emplois. Les besoins sont énormes pour qu’enfin La Réunion puisse en finir avec l’illettrisme qui touche près d’un adulte sur cinq. Ce moratoire est aussi un acte de solidarité entre les fonctionnaires de France et le peuple réunionnais en lutte pour que les membres de sa jeunesse souhaitant s’investir dans le développement du pays puissent le faire.

Six ans après cette proposition, la situation des jeunes s’est encore aggravée alimentant un cortège de frustration prêt à s’enflammer à la moindre étincelle.

Sourd à cette aggravation, le pouvoir parisien continue à faire comme si de rien n’était, ce qui risque de nous conduire tour droit vers l’explosion sociale. L’urgence impose la fin du scandale.

« 900 des 1.000 candidats retenus viennent de métropole »

Voici ce qu’avait déclaré le sénateur Doligé au Sénat il y a près de 3 ans au Sénat.

« Le recteur de La Réunion nous a indiqué que l’Éducation nationale procède à environ 1.000 embauches par an : mais 900 des 1.000 candidats retenus viennent de métropole, alors que le territoire ne manque pas de diplômés. Il est vrai que la surrémunération de 1,53 attire les métropolitains ; et les jeunes sur place, qui ont moins d’ancienneté, voient ces arrivants passer devant eux... Nous n’avons pas la solution miracle mais nous avons des pistes, exiger la maîtrise de la langue créole par exemple ».
(Source : compte-rendu analytique de la séance du 20 octobre 2009 au Sénat).


Kanalreunion.com