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Quand les jeunes Réunionnais seront-ils respectés à La Réunion ?

30 ans d’expérience montrent l’incapacité du système à procurer du travail aux jeunes

Manuel Marchal / 8 septembre 2012

15 ans après les emplois jeunes, et 30 ans après la marche des jeunes pour l’emploi, le modèle est toujours incapable de régler le problème du chômage. Serons-nous capables d’accélérer l’écroulement de ce système à bout de souffle et de le remplacer par le modèle du développement et de la responsabilité ? Quand la jeunesse réunionnaise sera-t-elle enfin respectée dans son pays ?

En 1981, François Mitterrand est élu président de la République. Pour la première fois, c’est un membre du Parti socialiste français refondé 10 ans plus tôt qui accède à la plus haute responsabilité en France. La défaite de la droite et de Giscard soulève un grand espoir. À Paris, les socialistes français décident de s’accommoder du système en place, et ils ne remettent pas en cause les raisons qui expliquent pourquoi la France voyait le nombre de chômeurs s’approcher des 2 millions.
Un an après cette élection, la situation sociale à La Réunion restait extrêmement préoccupante. Les jeunes représentaient 70% des 52.000 chômeurs déclarés. Alors, entre le 14 et le 19 septembre 1982, ils étaient nombreux à participer à la Marche de la jeunesse. Parties de Sainte-Rose et de Saint-Joseph, les deux colonnes de marcheurs se sont rejointes à la Rivière des Galets avant de parcourir ensemble les derniers kilomètres jusqu’au stade Lambrakis du Port. À l’arrivée, une résolution alerte sur l’arrivée de plus de 80.000 jeunes dans la population active durant le mandat de Mitterrand. Cela explique pourquoi « le combat que nous menons pour le développement, le travail et le respect de notre dignité ne fait que commencer, et que nous ferons tout pour le gagner ».

Des TUC aux emplois jeunes

C’est sous ce premier mandat d’un président PSF que des mesures de traitement social du chômage furent mises en œuvre : les travaux d’utilité collective (TUC). Cette mesure fut déclinée à La Réunion, elle était loin de répondre à la crise. Après la réélection de François Mitterrand, les TUC deviennent les CES (contrats emplois solidarité). Ils ne concernent pas uniquement les jeunes. S’ils ne règlent pas le problème du chômage, ces emplois sont utilisés massivement par des élus peu scrupuleux à la veille de chaque élection. C’est ce qui vaudra en particulier des élections annulées pour la droite ultra.
En 1993, le PSF perd la majorité à l’Assemblée nationale. Il va la retrouver quatre ans plus tard à la faveur de la dissolution anticipée voulue par le président Chirac. Lionel Jospin devient alors Premier ministre. C’est sous sa direction que sont créés les emplois jeunes.

12.000 candidatures d’assistant d’éducation

Ce dispositif permet l’embauche d’un jeune avec l’aide de l’État. Ce dernier verse une subvention égale à 80% du SMIC pendant 60 mois, et l’employeur doit compléter par au moins 20% du SMIC.
Par rapport à 1982, soit 15 ans plus tôt, la situation des jeunes ne s’est pas arrangée. Malgré la multiplication des mesures de traitement social du chômage, plus de 100.000 Réunionnais sont inscrits à l’ANPE, la moitié des jeunes sont au chômage.
Quand la loi créant les emplois jeunes est votée, les administrations sont submergées de demandes, notamment l’Éducation nationale qui reçoit plus de 12.000 candidatures. Si ces emplois ont permis à des milliers de jeunes de forcer enfin les portes de l’emploi, il a fallu lutter pied à pied pour qu’un maximum d’entre eux puisse être intégré conformément à l’objectif du projet de loi. Car à partir de 2002, le changement à Paris a signifié la fin de tout nouveau contrat emplois-jeunes.

Un contexte plus difficile

1997-2012 : 15 ans, c’est le délai qui nous sépare de la création des emplois jeunes, le même que celui qui séparait la Marche de la jeunesse de la création de ces emplois-jeunes.
Et comme au cours de la première quinzaine d’années, la situation des jeunes s’est encore plus dégradée. Le nombre d’inscrits à Pôle emploi dépasse désormais les 155.000, et plus de 60% des jeunes sont inscrits à Pôle emploi. C’est là que le gouvernement annonce les emplois d’avenir. Mais le contexte n’est plus aussi favorable qu’il y a 15 ans.
La France n’est plus en croissance comme en 1997, elle est au bord de la récession. Du coup, les détracteurs des contrats d’avenir les comparent à des emplois jeunes low-cost : 75% du SMIC au lieu de 80% pris en charge par l’État, des contrats de 3 ans maxi au lieu de 5 ans, et un nombre estimé pour La Réunion à 2.000 par le professeur Rochoux, ou à 5.000 pour un parlementaire PSF optimiste.
De plus, l’exaspération est à son comble. La semaine dernière, quelques jeunes ont dressé un barrage à Bellepierre. Cela a suffi pour déclencher la panique. Fort heureusement, contrairement au mois de février dernier, des policiers n’ont pas été envoyés sur place avec comme mission d’envoyer les émeutiers en prison. Quelques heures plus tard, la mairie leur lâchait 10 contrats aidés. C’est tout ce que le système permet aujourd’hui à un maire de proposer, voilà comment est traitée la jeunesse réunionnaise dans son pays.
D’ores et déjà, il est clair que même 10.000 emplois d’avenir ne pourront pas amener une solution durable. Autrement dit, tous les moyens du cadre actuel ne pourront que corriger cette injustice à la marge.
C’est bien d’un autre système que nous avons besoin, avec une société qui respecte enfin sa jeunesse.

Manuel Marchal

Quelle solidarité pour la jeunesse ?

En février dernier, la jeunesse prend la tête de la révolte contre la vie chère. Malgré la répression, plusieurs décident de combattre avec ce qu’ils ont les monopoles qui bénéficiaient à ce moment là de tous les moyens de protection de l’État. Des cordons de policiers ceinturaient alors les citernes de la SRPP et les hypermarchés.

De nombreux jeunes sont capturés, jetés en prison et condamnés.

Pour la bonne société, la violence du pouvoir se justifie. D’ailleurs, ces représentants se précipitent auprès du préfet et décident de prendre des fonds publics pour subventionner des baisses de prix consenties par les monopoles.

Seuls Paul Vergès, le Parti communiste réunionnais et "Témoignages" prennent la défense des émeutiers et manifestent la solidarité envers la jeunesse. Un Comité se crée, il demande la libération des jeunes emprisonnés.

On aurait pu croire que le changement à Paris aurait pu changer le comportement de la classe politique. Mais force est de constater qu’à de rares exceptions, elle reste fidèle à la solidarité de classe des possédants, elle refuse donc la solidarité avec la jeunesse et tente d’acheter la paix sociale avec les rares moyens que lui a laissé Paris.

Voilà qui ne pourra que renforcer la détermination du PCR, outil de lutte au service de la libération du peuple réunionnais, et solidaire des jeunes émeutiers qui croupissent dans les geôles de la République.


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