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Quand refuser la responsabilité des Réunionnais conduit à l’impasse

Un modèle à bout de souffle —17—

Manuel Marchal / 24 novembre 2010

Les Réunionnais sont mis à contribution pour combler le déficit provoqué par les errements de la gouvernance parisienne. C’est une conséquence du choix du non-développement, qui a conduit à la ruine de toute possibilité d’industrialiser le pays durant la période de forte croissance économique en Europe. Pour Paris, il ne fallait pas valoriser le savoir-faire réunionnais pour créer des emplois ici, mais imposer un modèle et transformer La Réunion en une zone d’exportation sous la coupe des monopoles.

Le 19 mars 1946, la loi abolit le statut colonial à La Réunion. Désormais, les Réunionnais ont les mêmes droits que les citoyens de la France, et cela à partir du 1er janvier 1947. C’est l’égalité. Mais les gouvernements qui se sont succédé ont refusé d’appliquer cette égalité, et ont donné un contenu réactionnaire à la départementalisation. Cette dernière a été alors utilisée pour couvrir le maintien dans notre île de la structure coloniale qui empêchait le développement du pays.
L’application de l’égalité dès l’échéance prévue par la loi permettait de régler cette question, et de passer tout de suite à l’étape du développement. Le refus de Paris créait les conditions de la crise actuelle.
En effet, au même moment, passée l’étape de la reconstruction, la France a connu une période de prospérité économique. Mais les Réunionnais ont été privés des Trente glorieuses. C’est en effet à ce moment qu’a commencé le chômage de masse. Plutôt que créer les conditions pour le développement d’une industrie créatrice d’emplois comme en France, la décision de Paris a été d’organiser l’émigration massive de la jeunesse massive vers la France pour répondre aux besoins de main d’œuvre dans ce pays.
Loin de réduire le chômage, cette émigration allait aggraver la situation.
Notre île a pourtant un savoir-faire qui peut être valorisée et créer des emplois. Ainsi, les Réunionnais savaient construire des logements, sans avoir besoin d’importer les techniques de la construction occidentale. Ces maisons n’avaient pas besoin de climatisation, et elles étaient capables de résister aux cyclones.

Le refus de développer l’industrie de la canne

La Réunion avait également une manière de vivre qui n’était pas la surconsommation qui a cours aujourd’hui. Des projets de valorisation des produits de la canne avaient été proposés par les syndicats de la Charte. Outre l’augmentation de la production de sucre à 400.000 tonnes, ces représentants des 25.000 planteurs proposaient la création d’une industrie de la canne. Et cela s’inscrivait dans un mouvement international puisqu’à l’autre bout du monde, le laboratoire de recherche sur les dérivés de la canne lancé par Che Guevara avait réussi à développer 86 produits tirés de la canne. Ainsi, plus besoin d’importer du papier car ce produit peut être fabriqué à partir de la bagasse. 80 millions de cahiers pouvaient sortir des usines de Cuba en 1979, soit autant de cahiers fabriqués sur place et non pas importés.
Ce virage vers l’industrie de la canne est en train de se produire à Maurice, mais il a été interdit aux Réunionnais voici 40 ans. Au lieu de faire confiance à l’esprit de responsabilité de notre peuple, c’est le choix du transfert de milliers de travailleurs vers l’assistance qui a été privilégié par Paris.
La réforme structurelle imposée aux planteurs par les accords de 1969 allait porter un coup dont les dégâts sont visibles dans le paysage. Des ruines ont remplacé des usines, les friches industrielles deviennent des centres d’affaires sans aucun bénéfice pour les planteurs. Ces derniers ont vu leur nombre passer de 25.000 à moins de 4.000. Quant aux travailleurs des usines, leurs emplois ont été détruits.

Refus des énergies renouvelables

Cette volonté d’empêcher toute réussite des projets issus de la responsabilité réunionnaise continue à se perpétuer aujourd’hui. Une des premières décisions prises par l’UMP-Paris arrivé à la tête de la Région a été d’arrêter toute recherche dans la géothermie. Puis le membre du bureau politique de l’UMP à la tête de la Région s’est entendu avec ses amis parisiens pour arrêter le projet du tram-train afin de le remplacer par 2.000 bus.
Le développement des énergies renouvelables et le tram-train ont un point commun : diminuer la facture des importations en pétrole et charbon et commencer la transition de l’économie vers des énergies disponibles à La Réunion.
Car les énergies fossiles ne rapportent rien aux Réunionnais, mais par contre elles sont sources de profit pour des compagnies extérieures à notre pays. Du coup, pour se déplacer ou pour accéder à l’énergie, les Réunionnais doivent payer le prix qui est fixé par des décisions prises à l’extérieur de La Réunion, sans que les Réunionnais puissent avoir leur mot à dire.
Ce refus de la responsabilité réunionnaise continue donc de faire des ravages. Et il est en train de plonger notre pays dans l’impasse. Seule la rupture avec cette pensée dominante permettra d’envisager le développement du pays.

Manuel Marchal


L’accumulation des impasses

66 ans après l’abolition du statut colonial, les impasses provoquées par un modèle à bout de souffle s’accumulent, retrouvez les précédents articles de "Témoignages" sur ce thème publiés depuis le 26 octobre :

http://www.temoignages.re/impasse


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