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Quand Vlody et Annette « font » une vice-présidente UMP

Valérie Bénard peut dire merci au PS

Geoffroy Géraud-Legros / 30 mars 2010

En pleine crise de l’ARAST, les conseillers généraux socialistes retiraient leur soutien à Leur propre majorité. Conséquence : une marge de manœuvre supplémentaire offerte à Valérie Bénard, alliée de Didier Robert au sein des ex-ARAST.

Dans la nuit du 11 au 12 février dernier, la liste de l’Union conduite par Didier Robert explosait. Cause de la rupture : les quatrième place et cinquième places, disputées par les barons de l’UMP réunionnaise aux lieutenants de Jean-Paul Virapoullé. Ce dernier ayant quitté l’"Union" dans les claquements de portes et les bordées d’injures, le député-maire du Tampon sut reconstituer une liste en un temps record. Dans le nouvel ordre de bataille, la très litigieuse quatrième place se retrouvait entre les mains d’une nouvelle venue, Valérie Bénard. Pour la forme, celle-ci prétendit n’avoir rencontré Didier Robert que deux jours « ou trois » avant la présentation de la liste…ce que personne ne peut sérieusement croire.
Cette investiture par l’UMP de l’ancienne cadre de l’ARAST apportait un éclairage décisif aux zones d’ombre de la mobilisation des salariés de cette association.

Le parcours d’une vice-présidente

Tout au long du conflit de l’ARAST, certains commentateurs ont attiré l’attention sur le cours surprenant pris par les évènements immédiatement après la faillite retentissante de cette association qui employait 1.250 personnes. Au lieu de rechercher la responsabilité des dirigeants qui, en dépit des alertes répétées, s’étaient attribué des salaires énormes, les meneurs du mouvement prenaient violemment à parti la majorité du Conseil général.
Au lieu de militer pour le règlement des indemnités par l’assureur AGS, certains leaders du mouvement soutenaient contre l’évidence que le Conseil général, c’est-à-dire la population réunionnaise, devait payer la facture. En première ligne de ces mobilisations, on retrouvait systématiquement Valérie Bénard, ancienne cadre de l’association. Peu à peu, le rôle joué par celle-ci pour orienter les demandes des travailleurs ailleurs que vers les AGS devint plus clair. Il éclata aux yeux de tous lors d’une réunion avec le Préfet : après s’être préalablement concertée entre deux portes avec le représentant de l’Etat, la représentante des salariés en lutte refusa publiquement de faire payer son dû à l’assureur et prit la décision d’une ultime occupation du Conseil général… épargnant une fois encore les finances de l’AGS, dont dans le même temps, le porte-parole affirmait cyniquement sa bonne santé économique.

Offensive d’Objectif Réunion…

Fort logiquement, les membres de l’UMP étiquetés Objectif Réunion épaulaient la manœuvre. En plus d’économiser les fonds des AGS – alimentés, il faut le rappeler, par l’argent du patronat -, le retournement de la colère des travailleurs contre le Conseil général permettait de déstabiliser une nouvelle fois Nassimah Dindar. Les membres d’Objectif Réunion trouvaient là une occasion de repartir à l’assaut, après une tentative de putsch manquée en 2008, suivant le plan de bataille établi par Didier Robert.

Et défection des socialistes en pleine crise

De manière plus surprenante, les socialistes Jean-Jacques Vlody et Gilbert Annette, pourtant membres de la majorité, ont joint leurs voix à celle des partisans de Didier Robert pour dénoncer une Présidente qu’ils avaient eux-mêmes contribué à mettre en place. A un point décisif, le PS apportait donc une contribution non négligeable à la stratégie de l’UMP contre l’exécutif départemental.
Rompant l’union en pleine crise, les dirigeants PS empêchaient une riposte concertée et paralysaient la tentative de règlement en cours, générant un trouble supplémentaire qui permit à Valérie Bénard de jouer à fond son rôle dans la stratégie de Didier Robert en faveur du patronat et contre la majorité. C’est donc tout naturellement en récompense de ses bons et loyaux services que la représentante des ex-ARAST s’est retrouvée à une place très enviée sur la liste de ce dernier… et est aujourd’hui vice-présidente de la Région. Une ascension qui n’aurait pas été possible sans le concours des socialistes.

Geoffroy Géraud-Legros


Eric Magamootoo en Europe ? Une rumeur peu crédible

Depuis vendredi, les couloirs de la Région connaissent une certaine effervescence : sur la foi des innombrables promesses formulées au cours de la campagne, on se presse de toute l’île pour voir ce qu’il y a à glaner auprès des occupants des lieux.
A des niveaux plus "élevés", les intérêts se révèlent, et les rivalités pour le placement des uns et des autres font rage. Une ambiance propice aux ladi-lafé, où on entend les rumeurs les plus farfelues. Dans ce registre, on a entendu mentionner à plusieurs reprises l’éventuelle nomination d’Eric Magamootoo au poste de représentant de la Région à Bruxelles.
Une manière commode, disent les mauvaises langues, de "délocaliser" le Président de la CCIR, dont les affaires de frais de campagne commencent à éclabousser sérieusement Didier Robert et sa majorité. Histoire, dit-on aussi, de rattraper une défaite annoncée aux élections à la CCIR.
Pourtant, bien peu d’initiés accordent du crédit à ces bruits de couloir. Au cours des 4 années qui viennent, les relations avec l’Europe vont être décisives : négociation des règlements sucriers, Accords de partenariat économique, négociation des fonds structurels… Des dossiers qui nécessitent une envergure, un engagement et une expérience qui, de l’avis quasi-général, font passablement défaut à Eric Magamootoodans ce domaine.
Il est donc peu probable que le nouveau Président de Région prenne le risque d’une nomination qui annulerait la relation privilégiée entre La Réunion et l’Europe, que les équipes précédentes ont patiemment bâtie.

Geoffroy Géraud-Legros

encadré

A peine élue, Fabienne Couapel a l’occasion d’exercer ses talents.

Il n’y a pas si longtemps, l’ancienne conseillère municipale UMP de Béziers -devenue « apolitique » à son arrivée dans notre île- réclamait tambour battant que soit menée une impitoyable « chasse au gaspi ». Par le biais d’associations aux slogans sans équivoque (volpanou), Fabienne Couapel a orchestré une campagne visant principalement la majorité régionale et ses élus.
C’est par cette action -dont elle continuait de revendiquer « l’apolitisme »- qu’elle dit avoir été remarquée par Jean-Paul Virapoullé, puis par Didier Robert.
Ce dernier mit fin à la parenthèse « apolitique » de Mme Couapel, qui se retrouva en position éligible sur la liste UMP aux élections régionales.
Didier Robert a eu la main heureuse : à peine inaugurée, la nouvelle Assemblée fournit à Mme Couapel plusieurs occasions de monter au créneau contre le gaspillage de l’argent public. Dès le premier jour, le nouveau dirigeant a ainsi offert un festin de 50.000 euros, fait unique dans l’histoire de l’institution, où l’on n’avait jamais célébré l’élection d’un Président.
Dans le même temps, l’opacité qui recouvre le remboursement des frais de campagne d’Eric Magamootoo et l’ implication d’un colistier dans l’affaire ont très certainement interpellé la vigilance de Fabienne Couapel. Il faut donc s’attendre à ce que la vice-présidente nouvellement élue lance une vigoureuse campagne visant à la vérité et à la transparence, au sein même de la nouvelle majorité… car personne ne peut imaginer que Fabienne Couapel puisse avoir l’indignation sélective.

Geoffroy Géraud-Legros


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