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Que reste-t-il aux Réunionnais ?

Après le sucre, Edéna sous contrôle d’une société extérieure

Manuel Marchal / 2 avril 2016

Le gouvernement se prépare à décider d’ici trois mois de l’avenir de La Réunion pour les 25 prochaines années. C’est le projet de loi d’orientation découlant des propositions du rapport sur l’égalité réelle. Toutes les mesures qu’il contient ne remettent pas en cause un système néocolonial en place à La Réunion, qui finit par dépouiller les Réunionnais du contrôle de leur économie. La vente d’Edéna à un groupe mauricien en est le dernier exemple.

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L’énergie est un des nombreux secteurs dont le contrôle échappe aux Réunionnais.

Le 19 mars dernier, le Parti communiste réunionnais a présenté un livret intitulé « Un nouveau rassemblement pour une nouvelle politique. Mettre fin au néocolonialisme ». Le PCR constate que la loi d’égalité du 19 mars 1946 n’a pas donné l’égalité promise dès le 1er janvier 1947. Cette égalité selon le délai prévu aurait dû permettre ensuite de passer à l’étape du développement. Cela aurait permis de construire dans notre île une économie bien différente, avec comme objectif la réponse aux demandes des Réunionnais, et pas d’une lointaine métropole.

Au lieu de cela, les 70 dernières années ont vu l’installation dans l’île d’un système néocolonial, indique le PCR. Cette analyse indique que les intérêts des entreprises françaises qui bénéficiaient de la colonisation ont été préservés dans le nouveau système. L’arrivée des transferts publics a en effet largement profité aux importations de produits fabriqués en Europe. Pendant ce temps, le chômage est arrivé et il atteint des proportions intolérables.

Dans son analyse, le PCR note que le système néocolonial se caractérise par une prise de contrôle de l’économie réunionnaise par des intérêts extérieurs. Ces derniers ont la propriété de secteurs stratégiques : énergie, transport, grandes entreprises du BTP notamment. En 2011, c’est l’industrie sucrière qui est passée sous pavillon français, avec l’achat du groupe Quartier Français par Tereos, une coopérative de planteurs de betteraves.

Aujourd’hui, c’est au tour d’Edéna d’être vendue à Phoenix, un groupe mauricien. Que va-t-il rester aux Réunionnais ?

Au cours des trois prochains mois, le gouvernement compte décider de l’avenir de La Réunion pour les 25 prochaines années, sur la base des propositions du rapport sur l’égalité réelle présenté par Victorin Lurel.

Les recommandations ne remettent pas en cause cette prise de contrôle de l’économie réunionnaise par des intérêts extérieurs. Elle est pourtant très inquiétante, car elle met l’emploi des Réunionnais à la merci de décisions prises à des milliers de kilomètres d’ici. La fermeture de la SIB par le groupe Colgate est là pour le rappeler. Au lieu de fabriquer du dentifrice à La Réunion pour le vendre ici, Colgate estime plus rentable de le faire venir d’un autre continent.

Or dans les années à venir, La Réunion sera intégrée à une zone de libre-échange de plus de 600 millions d’habitants comprenant les pays d’Afrique orientale et les îles de notre région. Cela amènera les produits réunionnais à entrer en concurrence directe avec ceux venant de nos voisins. Dans ce contexte, La Réunion a un coût de production plus élevé. Que feront les groupes qui ont pris le contrôle de l’économie réunionnaise ? Ceux qui gèrent la grande distribution se tourneront-ils encore vers les producteurs réunionnais ?


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