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Que reste-t-il de GERRI ?

Alors que la Cour des Comptes épingle la gestion du Grenelle de l’Environnement par le gouvernement

Céline Tabou / 23 janvier 2012

Trois ans après le lancement de la première application du Grenelle de l’environnement à La Réunion, le développement des énergies renouvelables a été remis en cause par la Région. Par des décisions politiques, l’emploi dans le secteur a été brisé au profit d’intérêts proches de l’UMP.

Deux ans après l’inauguration phare de Nicolas Sarkozy de la ferme photovoltaïque AKUO, le programme GERRI n’est plus que l’ombre de lui-même. La suppression de la géothermie, la délocalisation de l’énergie thermique des mers et notamment la suppression d’emplois dans le photovoltaïque avec la nouvelle loi sur la défiscalisation ont rétrogradé La Réunion, alors considérée comme novatrice et à la pointe en matière d’énergies renouvelables.

« Un projet fédérateur pour La Réunion et les Réunionnais, une expérience pilote pour la planète »

Le projet “Grenelle de l’Environnement à La Réunion : Réussir l’Innovation” est né en 2007, ce programme de développement économique et social visait le développement durable de La Réunion, département d’outre-mer français et région ultrapériphérique de l’Union européenne. En coopération avec l’État français, le Conseil régional et le Conseil général, il avait pour objectif de faire de l’île, « un modèle en matière de production et de consommation d’énergie à l’horizon 2030 ». Horizon qui devait répondre aux questions de déplacement, démographie, adaptation aux changements climatiques et entre autres l’aménagement du territoire…
Mais en dépit des engagements du chef de l’État, ce dernier n’a pas hésité à remettre en cause la politique environnementale réunionnaise, en imposant des lois contre certains secteurs porteurs d’activité et d’emploi à La Réunion. Le 19 janvier 2010, le président arguait qu’en matière « d’énergies renouvelables et de réduction des émissions, La Réunion va montrer le chemin et c’est La Réunion qui va devenir une référence en France et une référence dans le monde dans cette partie de l’océan Indien. Vous allez démontrer que vous êtes les meilleurs ».
Qualifié de « vision réaliste et cohérente, grandeur nature, mais échelle réduite, de la société de demain », GERRI regroupait à l’époque plusieurs projets en cours et à venir. Parmi ceux qui étaient en cours lors de l’inauguration par le président de la République, l’énergie marine, dont le projet est aujourd’hui délocalisé aux Antilles ; le solaire photovoltaïque détruit par les décisions du gouvernement et les projets de développement de l’énergie hydraulique et de la biomasse, qui sont au point mort.

La Réunion à la traine et dépendante des énergies fossiles

Autre projet fondamental pour La Réunion, le projet Vert de véhicule propre qui a lui été tout simplement supprimé, bien qu’approuvé par le gouvernement UMP de Nicolas Sarkozy.
Didier Robert est un membre du bureau politique de l’UMP. À La Réunion, il a amplifié les effets de cette politique. En effet, la suppression du tram-train par Didier Robert, pour mettre en place le Trans’éco express, porte un coup à l’environnement. Le tram-train est électrique, alors que les 2.000 bus fonctionnent avec du carburant importé. Il n’y a donc plus de réponse à une question liée à la hausse démographique, celle des déplacements et de la réduction de la pollution.
La plaquette expliquant le concept de GERRI indique qu’il s’agit d’une « opportunité d’incarner, dans une unité de lieu et de temps définie, le Grenelle de l’Environnement en tant que logique de projet et logique de société ». Mais aujourd’hui, la Région Réunion s’attèle plus à communiquer qu’à mettre en place les vrais projets de développement durable pour La Réunion.
À travers une série de campagne de publicité sur l’écologie et la biodiversité, la Région n’a pas l’intention de relancer les grands chantiers et de faire avancer La Réunion, vers « un projet éclaireur de la modernité pour les problématiques énergétiques insulaires et tropicales », comme le décrit la plaquette de GERRI.

Céline Tabou

Le Grenelle de l’environnement bradé par l’État

Le 18 janvier, la Cour des Comptes a rendu un rapport inquisitoire sur la gestion du Grenelle de l’environnement par le gouvernement. Les Hauts magistrats fustigent l’absence d’engagement financier par l’État et une fiscalité négligée. Pour la période 2009-2011, le budget exécuté était de 3,5 milliards d’euros au lieu des 4,3 milliards d’euros promis par le gouvernement. Comme l’explique le quotidien “La Tribune”, le déficit fiscal du Grenelle a été aggravé par les reports techniques, mais aussi politiques, bien que les mesures pouvaient engranger de nouvelles recettes.

Parmi, les mesures phares de Nicolas Sarkozy, la taxe carbone devait rapporter près de 2 milliards d’euros dans les caisses de l’État, mais ce dernier a décidé de l’abandonnée pour des raisons électoralistes. Le chef de l’État avait pourtant déclaré, « je l’ai signé, je le fais, c’est une question d’honnêteté », en septembre 2009.

Le journal explique également que d’autres recettes auraient été possibles, telles que l’écotaxe poids-lourds estimée à plus d’un milliard, dont la mise en œuvre a été repoussée de trois ans par rapport à la date prévue initialement. En conclusion de son rapport, la Cour des Comptes alerte que « la création de nouvelles dépenses fiscales dont le coût pour les finances publiques est extrêmement délicat à maîtriser ».


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