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Quel avenir pour les crédits européens de développement ?

La bataille est lancée pour préserver l’essentiel

Manuel Marchal / 30 novembre 2012

Younous Omarjee a fait le point sur les discussions en cours sur le prochain budget européen 2014-2020. Le député de l’Alliance des Outre-mer souligne la détermination du Parlement européen à refuser toute baisse drastique de ce budget. À un peu plus d’un mois du Conseil européen décisif, il semblerait que les Régions ultrapériphériques comme La Réunion soient mises à l’abri d’une diminution des crédits, mais rien n’est acquis.

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Younous Omarjee, député de l’Alliance des Outre-mer au Parlement européen, et Olivier Plumandon, assistant parlementaire, ont tenu hier à Saint-Denis une conférence de presse. Moins d’une semaine après l’absence d’accord au Conseil européen extraordinaire chargé de fixer un budget 2014-2020 à l’Union européenne, Younous Omarjee a fait un compte-rendu des débats actuels autour de cette question essentielle. Dans quelques semaines, le Conseil des chefs d’État et de gouvernement se réunira à nouveau, et il devra réussir à trouver un compromis qui puisse être également accepté par le Parlement européen qui dispose d’un droit de veto sur ce sujet.

Le parlementaire des Outre-mer rappelle que les négociations se déroulent dans des conditions particulières. Au Parlement européen, « nous avons tous le sentiment que l’Union européenne vit un moment clé dans son histoire » , indique Younous Omarjee, «  au travers de la question du budget, ce sont toutes les questions sur le projet et l’orientation de l’Europe qui se posent » . Et de préciser que « c’est l’idée que l’on se fait de l’Europe qui est en cause. La discussion budgétaire prend un caractère philosophique : l’Europe pour qui, pourquoi faire ? Avec quels moyens ? »

Les États pour une baisse du budget

Ce débat s’inscrit dans une crise sans précédent de l’Union européenne, « le projet européen attaqué de l’extérieur par les marchés qui veulent imposer un modèle d’austérité » .

Le projet attaqué de l’intérieur par les États membres, avec cette comparaison initiée par un responsable politique du Parlement européen : "les chefs d’État se comportent comme des bucherons qui vont faire tomber le tronc de l’Union européenne".

La crise est importante en Europe, car pour la première fois depuis qu’il existe une communauté européenne, il est proposé une baisse du budget général et de celui de la politique régionale. C’est « quelque chose de grave pour Europe, car le futur budget va importer l’austérité généralisée dans les politiques conduites par l’Union européenne : politique agricole commune, cohésion, recherche, transports, innovation » , dit notre député à Strasbourg. Et de préciser que « toute l’ambition de l’Union européenne est mise à mal. Une question préoccupe les États membres, ce sont les coupes dans le budget de l’Europe » , précise-t-il en substance.

La Commission européenne a présenté un budget de 1.000 milliards d’euros, soit juste de quoi maintenir les politiques en l’état. Mais le Conseil européen, composé des représentants des 27 gouvernements des États-membres, estime que cette enveloppe est trop élevée. Il demande d’aller en dessous de la proposition de la Commission.

Commission et Parlement font bloc

La Commission et le Parlement ne partagent pas la position des chefs d’État et de gouvernement. Younous Omarjee souligne même que le dernier discours au Parlement de José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, a été applaudi par tous les groupes, y compris ceux qui ne soutiennent pas habituellement les orientations de cette institution. Le président de la Commission a simplement dit en substance aux députés : « si vous croyez encore dans l’Europe, alors vous ne pouvez pas accepter la baisse qui est proposée » .

Le Parlement a le pouvoir de faire échouer le projet de budget. Le président de l’assemblée a pris position dans ce sens lors du Conseil européen. Il a expliqué aux chefs d’État et de gouvernement que si les mesures contenues dans budget de l’UE n’ont aucune avancée positive, le Parlement européen ne l’acceptera pas. Cette position est celle de tous les groupes politiques.

Cette unité est également relevée au sein des commissions du Parlement. Dans la Commission de politique régionale, Younous Omarjee a proposé un texte commun pour dire qu’il faut sauver ce pilier de la politique européenne. Moins de 24 heures plus tard, tous les groupes parlementaires avaient signé l’appel. Le document a ensuite été transmis à François Hollande. Il fait part des inquiétudes des députés vis-à-vis des propositions du président du Conseil européen, Herman Van Rompuy.

Un indice favorable

Pour ce qui concerne La Réunion, les choses semblent évoluer dans le bon sens. Younous Omarjee note en effet que le Conseil a revu sa position sur une mesure emblématique : l’allocation spécifique de compensation de l’éloignement. Actuellement de 35 euros par habitant, le Conseil européen prévoyait de la ramener à 20 euros. Les derniers échanges font état d’une nouvelle proposition à 30 euros par habitant.

Cet élément permet de penser que notre île pourra être préservée, au titre de région ultra-périphérique. Mais rien n’est acquis. Mardi prochain, Younous Omarjee rencontrera Johannes Hahn, Commissaire à la Politique régionale, puis le combat continuera jusqu’au Conseil européen décisif de janvier prochain. Cette défense des RUP s’inscrit dans un cadre plus global d’une lutte pour refuser toute baisse du niveau de la solidarité européenne. Une bataille au sein de laquelle La Réunion et la section océan Indien prennent toute sa place au travers de l’engagement de son député.

Manuel Marchal

Une dotation nouvelle pour La Réunion ?

Les restrictions n’empêchent pas de réfléchir sur des mesures nouvelles pour amplifier la solidarité entre les Régions. Une nouvelle dotation est ainsi en discussion. Elle vise à soutenir les régions touchées par un fort taux de chômage, et celles où le pouvoir d’achat est plus faible qu’ailleurs. Autant de critères qui permettent de penser que La Réunion sera éligible à cette nouvelle dotation.
Le Conseil et la Commission s’opposent

La proposition de la Commission européenne, c’est un budget de 1.000 milliards d’euros. Les chefs d’État ont d’autres préoccupations qui passent avant celle du renforcement de l’Europe, leur proposition est un budget très en deçà.

Le Conseil et la Commission s’opposent et ce sera au Parlement européen de trancher. Car le traité européen lui permet de bloquer un texte que les chefs d’État et de gouvernement voudraient imposer sans prendre en compte les remarques des députés européens. Ces derniers sont les élus du peuple au sein des institutions européennes.
La crainte du retour de la bête immonde

En Europe, les gouvernements mènent des politiques d’austérité. Leurs décisions et leurs propos créent des conditions pour que grandissent les discours anti-européens. Cela renforce les nationalismes, le risque est la xénophobie, la bête immonde est prête à bondir partout.
Pour la protection des requins

73 espèces de requins sont menacées de disparition. Les activités humaines y contribuent lourdement, c’est le cas d’une pêche pourtant interdite pour les Européens, le finning. Elle consiste à prélever le requin, couper ses ailerons et le rejeter dans la mer. Sans aileron, le poisson est condamné à une mort certaine. Younous Omarjee est intervenu pour que cette pratique soit combattue. La défense de la biodiversité est également un combat.



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Messages






  • Il existe un texte du traité de Rome en faveur des régions ultra-périphériques. Il s’agit du Développement Régional Europen, dont certaines les en appliquent les dispositions.
    Bien sur, ce mode de développement s’oriente sur une autre politique économique, basée sur l’exportation.
    Avec 6% d’exportation, La Réunion n’as-t-elle pas l’opportunité de saisir ce modèle ? Sommes-nous ce point inféodés aux oligarches de l’importation pour ne pas mettre cette mesure en place ?
    Les élus sont-ils sourds aveugles et ivres de pouvoir pour ne pas prendre en compte ces dispositions europennes qui donneraient espoir à notre jeunesse ?

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