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Quelle réponse aux inquiétudes des planteurs ?

Le PCR interpelle Dacian Ciolos, Commissaire européen à l’Agriculture

Témoignages.re / 27 juillet 2013

Après un séjour à Mayotte, Dacian Ciolos sera présent à La Réunion le 29 juillet prochain. La venue d’un membre de la Commission européenne est un événement important, et bien entendu il devra répondre aux inquiétudes des agriculteurs au moment où l’Europe réforme ses politiques. Lors d’une conférence de presse hier, le PCR invite le Commissaire européen à débattre sur plusieurs questions.

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Marcel Pony, Maurice Gironcel, Yvan Dejan et Ginette Sinapin invitent le Commissaire européen à donner une perspective pour la canne à sucre, pivot de notre agriculture.

Deux secrétaires généraux du Parti communiste réunionnais, Yvan Dejean et Maurice Gironcel, et deux agriculteurs, Ginette Sinapin et Marcel Pony, ont tenu hier une conférence de presse à Sainte-Suzanne. À trois jours de l’arrivée dans notre île du Commissaire européen à l’agriculture, le PCR fait part d’inquiétudes largement partagées et avance également des propositions pour renforcer l’agriculture réunionnaise.

En effet, l’Europe est en pleine discussion sur des questions qui touchent à l’avenir de l’agriculture à La Réunion. C’est le cas notamment pour le POSEI, cela porte également sur le maintien, la poursuite ou la fin des quotas sucriers. Et c’est, cette question des quotas, qui a été tranchée par le Conseil européen, qui soulève des inquiétudes pour l’avenir, indique Yvan Dejean.

C’est aussi les conséquences de la libéralisation des échanges entre les pays ACP et les PMA. Toutes ces questions sont au cœur des préoccupations des planteurs de La Réunion, précise-t-il, ce sont les raisons pour lesquelles Younouss Omarjee, député au parlement européen, est intervenu auprès du commissaire Dacian Ciolos pour qu’il vienne se rendre compte, par lui-même, de la réalité concrète et spécifique de l’agriculture à La Réunion.

POSEI, quota et APE

Maurice Gironcel est ensuite intervenu pour souligner les inquiétudes. La première concerne la répartition des fonds du Programme opérationnel spécifique à l’éloignement et à l’insularité (POSEI). Si les Antillais souhaitent diminuer la part des crédits destinés à la banane, ce n’est pas la position des Réunionnais vis-à-vis de la canne. Le PCR demande que cette volonté soit respectée. Quelle sera la réponse du Commissaire européen à la demande des agriculteurs réunionnais ?

Le secrétaire général du PCR a souligné la seconde inquiétude : la fin des quotas sucriers annoncée pour 2017. Cette décision va-t-elle mettre aussi fin au prix garanti qui stabilise les revenus des planteurs de cannes ? Quelle est la vision du Commissaire européen sur l’après 2017 pour les planteurs de canne pour La Réunion ? Sachant qu’à la différence de la betterave sucrière, la canne à sucre n’est pas une plante annuelle, les producteurs réunionnais veulent être fixés.

Une autre inquiétude des planteurs c’est la libéralisation des échanges entre l’Union européenne et les ACP dont les PMA. Ces groupes d’États sont d’une part les anciennes colonies européennes, et d’autre part les pays les plus pauvres. La libéralisation des échanges rend possible l’arrivée massive de produits agricoles à bas coûts des pays voisins, qui viennent directement concurrencer les agriculteurs réunionnais. Cela s’est passé récemment pour des tomates en provenance de Madagascar. La dernière barrière, c’est l’argument du respect des normes européennes.

Comment le Commissaire européen peut-il rassurer les producteurs de La Réunion qui ont fait et continuent à faire de gros efforts en matière de diversification et de structuration des filières ? Interroge Maurice Gironcel. Dacian Ciolos peut-il encourager La Réunion dans son objectif d’auto suffisance alimentaire ? « Nous avons les atouts nécessaires pour y parvenir », précise Maurice Gironcel.

Gisement d’emplois

Le dirigeant met tout d’abord en avant « une jeunesse qui veut travailler » et de mieux en mieux formée. L’autosuffisance alimentaire est compatible avec le maintien de la filière canne. Elle peut créer de nombreux emplois pour des jeunes que le système actuel exclut massivement.

Le PCR propose de valoriser des terres agricoles en friche. 3.000 hectares récupérés ainsi pourraient être consacrés à des cultures vivrières.

« Nous avons un marché très porteur comme la restauration collective avec les écoles, les hôpitaux, les services publics. Et nous avons une industrie agro alimentaire performante. Nous avons également des organismes de recherche mondialement reconnus. Nous avons des atouts qui nous permettent d’affirmer que nous pouvons aller vers l’auto suffisance alimentaire » , explique Maurice Gironcel.

Il faut une volonté politique de la France, des responsables de La Réunion mais aussi de l’Union européenne avec les adaptations nécessaires des règles pour atteindre l’objectif. À noter que toute cette politique agricole est basée sur l’organisation des filières et l’organisation des filières repose sur des accords interprofessionnels.

Est ce que le commissaire peut nous garantir que ces accords seront maintenus et notamment la structure interprofessionnelle de la canne dans le cadre de la nouvelle politique agricole commune ?

L’agriculture réunionnaise doit marcher sur ces 2 jambes : la canne qui est le pivot de notre agriculture et qui joue un rôle décisif dans la préservation de l’environnement, et les filières dites de diversification, qu’il s’agisse des fruits et légumes ou de la filière animale.

« À l’horizon 2030, La Réunion comptera 1 million d’habitants. L’Europe se trouve à 10.000 km. Comment alors assurer la sécurité de la population sur le plan de l’eau, de la nourriture ? », demande Yvan Dejean,« c’est pourquoi nous appelons à redéfinir nos relations avec l’Europe dans le but de tracer de nouvelles perspectives ». Et de conclure que les 5 questions posées à Dacian Ciolos :

- que se passera-t-il après la fin des quotas sucriers ?

- la canne à sucre sera-t-elle défavorisée dans le prochain POSEI ?

- les accords de partenariat économiques seront-ils appliqués sans tenir compte des Réunionnais ?

- les interprofessions seront-elles maintenues ?

- comment encourager les planteurs et notre jeunesse à produire ce que nous consommons ?

Au départ, une initiative réunionnaise

• Le POSEI est la conséquence d’une initiative lancée par Paul Vergès lors de son premier mandat au Parlement européen au début des années 80. C’était la bataille pour la reconnaissance des spécificités au sein de l’Union européenne. Elle aboutit à la visite d’une délégation du Parlement européen à La Réunion, puis à l’adoption du "rapport Ligios" par cette assemblée. C’est, ce qui permit ensuite la reconnaissance de nos différences dans le traité de l’Union européenne. Cela rend possible l’adaptation des politiques européennes parce que La Réunion est une région ultrapériphérique (RUP).

Le POSEI est un exemple de ce type d’adaptation.

Une trentaine d’années plus tard, l’Union européenne vit la plus grave crise de son histoire, tandis que La Réunion n’a jamais eu autant de chômeurs. Et là encore, une initiative réunionnaise d’un parlementaire, Younous Omarjee, qui amène un responsable de l’Union européenne à venir toucher la réalité réunionnaise.
Ginette Sinapin : l’inquiétude depuis un bon moment

• C’est l’inquiétude depuis un bon moment. L’incertitude sur l’avenir du quota sucrier pèse énormément. Car la canne est le pivot de La Réunion. C’est le sens d’une motion déposée auprès de la chambre verte. Les jeunes qui doivent s’installer doivent avoir une enveloppe dans le cadre du POSEI.

De cette visite, nous attendons vraiment quelque chose de fiable.

Marcel Pony : quelle compensation pour le prix de la canne ?

• 2014, ce sera le renouvellement de la convention canne. Aujourd’hui, nous avons la garantie du prix, mais tous les frais augmentent chaque année.

La France a mis une compensation pour équilibrer le prix de la canne. Cette compensation sera-t-elle acceptée par l’Europe dans la prochaine convention canne ?

Aujourd’hui, y aura-t-il unanimité derrière un projet ?

C’est bien qu’aujourd’hui, le PCR y prend les cornes par le taureau. La CGPER a fait un travail de qualité, car nous bénéficions de l’indemnité de compensation de handicap naturel, prime transport, prime bagasse, la CGPER bataille pour la retraite.

On a la qualité, on a le savoir-faire, si les politiques se battent pour nous, nous sommes prêts à suivre derrière.
5 questions

- Que se passera-t-il après la fin des quotas sucriers ?

- La canne à sucre sera-t-elle défavorisée dans le prochain POSEI ?

- Les accords de partenariat économiques seront-ils appliqués sans tenir compte des Réunionnais ?

- Les interprofessions seront-elles maintenues ?

- Comment encourager les planteurs et notre jeunesse à produire ce que nous consommons ?


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