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Qui assumerait les conséquences d’une provocation supplémentaire ?

Alors que 80% des sondés approuvent le tram-train et que la crise continue de s’aggraver

Geoffroy Géraud-Legros / 12 mars 2010

À l’issue d’une campagne que les UMP Didier Robert et Jean-Paul Virapoullé ont placée sur le terrain des commérages, de la malhonnêteté et des mauvais coups en misouk, des informations laissent croire qu’une ènième manipulation serait en cours. Ceux qui recourent à de tels procédés ont-ils conscience des conséquences explosives d’une manœuvre électoraliste, qui condamnerait la seule chance de retour à l’emploi pour des milliers de Réunionnais ?

Selon des sources métropolitaines, des envoyés de l’UMP–Réunion feraient depuis quelque temps le siège de leurs amis dans le Gouvernement et se démèneraient pour mobiliser leurs réseaux parisiens. Désespérément, ces individus chercheraient à obtenir un document paraphé par une autorité. But de la manoeuvre : jeter le doute sur la réalisation du Tram-train, en vue d’ un misérable coup de théâtre à la veille des élections.

L’UMP-Réunion à la manœuvre ?

Sans pouvoir être infirmé ou confirmé, l’emploi d’un tel procédé est du domaine du possible : malgré leurs protestations d’indépendance d’esprit, les dirigeants de la droite réunionnaise n’ont jamais hésité à faire intervenir Paris lorsqu’ils perdaient pied à La Réunion. Il y a quelques jours, un Didier Robert à court d’arguments avait fait voyager Christian Estrosi, maire tendance "dure" de la ville de Nice, venu passer une dizaines d’heures à La Réunion pour injurier le président de la Région. Ce grossier renfort n’a pas eu l’effet escompté : immédiatement après le passage du ministre, des enquêtes donnaient plus que jamais l’avantage à la liste emmenée par Paul Vergès.

Une provocation qui serait vaine et irresponsable

Il serait donc concevable que, face à cet échec, l’UMP-Réunion envisage une fois de plus décider de passer à la vitesse supérieure : après l’échec des invectives, certains de ses chefs rêvent sans doute d’inverser la tendance par une intervention directe du pouvoir central, à qui ils voudraient faire dire, le temps de l’élection, que le Tram-train ne se fera pas. Quels pourraient être les effets d’une pareille provocation ? Certainement pas d’inciter à voter pour ceux qui recourent à de pareils moyens. En revanche, la manipulation pourrait bien être l’étincelle qui met le feu aux poudres d’une situation sociale que tout le monde s’accorde à qualifier d’extrêmement précaire. Si elle avait lieu, une tentative de ce type démontrerait la dangereuse irresponsabilité de ces prétendants à la présidence de la Région.

Le précédent Free-dom

La mémoire collective renseigne sur les effets désastreux que peuvent avoir de tels procédés à La Réunion. En 1991, confrontés à un désir d’expression qui montait de la population réunionnaise, les leaders de la droite d’alors —dont, déjà, Jean-Paul Virapoullé — avaient pesé de tout leur poids pour obtenir la saisie du matériel de Radio Freedom par les forces de l’ordre, sur ordre du préfet Constantin. On connaît la suite : la frustration brutale provoquée par une opération de police irréfléchie qui semblait ressurgir de la période coloniale dégénéra en une série d’émeutes. En mars et en février, le quartier du Chaudron et les alentours de Saint-Denis ont connu un embrasement sans précédent. Bilan : 8 morts, des millions de francs de dégâts, une population urbaine durablement marquée par la violence.

Une situation sociale tendue à l’extrême

Face à l’échec qui se profile dans les urnes, les dirigeants de l’UMP réunionnais courtiseront-ils une fois encore leurs vieux démons ? S’adresseront-ils au pouvoir central pour imposer leur volonté, faute de pouvoir changer de peuple ? Car toutes les rencontres, toutes les enquêtes, tous les sondages et le simple bon sens montrent qu’à l’évidence, la population désire le Tram-train. L’analyse économique la plus simple, le contact le plus immédiat avec les entreprises montrent que le secteur du BTP est en train de mourir des pannes de chantier. Or, à La Réunion, la construction est un secteur-clef de l’emploi. De tous les domaines, c’est sans doute celui qui connaît les difficultés les plus graves depuis le commencement de la crise, avec 6.000 emplois supprimés en une seule année. Transposé à l’échelle de l’Hexagone, ce déclin équivaudrait à la suppression de 600.000 emplois en quelques mois. On imagine sans peine quel contexte explosif résulterait un tel coup porté à l’emploi, et on doute qu’un politique responsable prendrait le risque d’écraser encore toute une branche d’activité pour une simple question d’opportunité électorale.

Qui assumerait la responsabilité ?

La crise rend la question sensible à l’extrême : chaque jour, la tension s’accroît parmi les entrepreneurs en construction accablés de dettes ; chaque jour, les chômeurs se pressent plus nombreux à la recherche d’embauche. Le lancement des grands travaux constitue la seule planche de salut pour notre île, dont l’économie est sous la menace de la ruine sous les coups de boutoir de la crise économique. Le chômage, qui touche près de 30% de la population active et plus de la moitié des jeunes, a augmenté de plus de 20% en une seule année. La pauvreté, qui frappe 52% de la population, mine la société réunionnaise. Or, la construction du Tram-train réserve 520 millions d’euros aux seules entreprises de La Réunion non-membres du groupement Tram-tiss ! De quoi pourvoir 4.000 emplois directs et alimenter les commandes de chantier pendant au moins de 15 ans. Récemment, les petits entrepreneurs, trés nombreux à La Réunion se sont retrouvés au côté des syndicats pour faire la tournée des communes et des institutions, en quête d’ouvrage.
Dans ce contexte tendu à l’extrême, le Tram-train et les grands projets apparaissent comme la seule sortie possible face à la crise économique et sociale. Qui pourrait prendre la responsabilité de ruiner cet espoir par une manœuvre électoraliste ? Qui en assumerait les conséquences ?

Geoffroy Géraud-Legros


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