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Qui est aujourd’hui le véritable dirigeant de "l’Union" ? La rivalité entre Didier Robert et Jean-Paul Virapoullé laisse planer l’incertitude.

Jean-Paul Virapoullé – Didier Robert : à quand le troisième tour ?

Geoffroy Géraud-Legros / 12 janvier 2010

Depuis le coup d’envoi des élections partielles d’octobre dernier, Didier Robert et Jean-Paul Virapoullé s’affrontent pour le "leadership" de la droite réunionnaise… ou plutôt de ce qu’il en reste. La contradiction avait éclaté lors de la municipale de Saint-Paul : alors que Jean-Paul Virapoullé accordait son soutien à Cyrille Melchior, Didier Robert prenait de son côté le parti d’Alain Bénard. Chacun se souvient que la montée de tension entre les deux dirigeants avait nécessité l’envoi de missionnaires du centre, en la personne de Jean Simonetti et Eric Raoult. Face à l’échec de cette mission de médiation, ce dernier tenta de tirer son épingle du jeu en injuriant la candidate Huguette Bello et le PCR…plombant ainsi un peu plus encore les chances des deux candidats. De son côté, afin de bien marquer sa différence, Jean-Paul Virapoullé organisait le mémorable séminaire de Saint-Gilles, à l’issue duquel il déclarait que « l’UMP n’avait pas de pensée politique ». Il faut dire qu’à Saint-Paul, Virapoullé aurait souhaité que les vaches soient mieux gardées… c’est à dire que le maire du Tampon lui laisse les coudées un peu plus franches, et réserve l’essentiel de ses efforts et de son investissement militant à appuyer Cyrille Hamilcaro à Saint-Louis et à Jean-Luc Poudroux à Saint-Leu. C’était sans compter sans le penchant bien connu de Didier Robert à ne rien laisser échapper à son contrôle - travers qui lui a valu le désormais fameux sobriquet de « petit dictateur des Hauts ».

"L’Union Didier Robert"

Depuis lors, une tentative d’organiser l’Union de la Droite a apparemment eu lieu avec la création de "l’Union". Là encore, les moucatages ont eu tôt fait de cerner la véritable identité de l’organisation, nommée par dérision "U.D.R", pour "Union Didier Robert". Procédant à une analyse historique, "Témoignages" avait pour sa part fait apparaître la nature de l’opération, montrant que la fondation de "l’Union" recouvrait en réalité une prise en main de l’UMP par une fraction "ultra" attachée à la conservation d’un statu quo désormais condamné au plus haut niveau de l’Etat. Notre journal avait alors souligné la résurgence d’un « autonomisme de droite » que dissimulait cette OPA menée par Didier Robert sur l’UMP. Cette manœuvre, selon notre interprétation, visait à maintenir La Réunion hors du champ des réformes annoncées à l’Elysée par le Chef de l’Etat le 6 novembre 2009. En phagocytant l’UMP, Didier Robert tentait de provoquer une rupture partielle avec le cours de l’évolution républicaine… et prenait à nouveau une distance certaine avec la direction parisienne du mouvement.
Au lendemain des referendums en Guyane et en Martinique, le député-maire du Tampon s’est fendu d’une longue interview, distribuant bons et mauvais points à ceux qu’il perçoit comme les « gagnants » et les « perdants » de ces consultations. Une fois encore, le meneur en titre de "l’Union" fait preuve d’une certaine inélégance en ingérant sans complexe dans les affaires Guyanaises et Martiniquaises.

Qui est le véritable leader ?

Là ou le bât blesse, c’est que cette intervention intervient après la prise de position exprimée par Jean-Paul Virapoullé.... avant le vote, soit aux risques –certes très limités au regard des sondages- des résultats électoraux. Cette inflation soudaine des commentaires politologiques fait apparaître que la rivalité entre les deux élus pour la direction idéologique du mouvement demeure plus que jamais vivace. En l’occurrence, Didier Robert a été proprement coiffé au poteau par l’ancien maire de Saint-André, renforçant l’opinion de certains de ses collègues, qui, en privé, vont jusqu’à qualifier le député-maire du Tampon de « bleu ».
Cet épisode vient après celui de l’opération menée en commun par Jean-Paul Virapoullé et Fabienne Couapel-Sauret, avocate qui clamait hier son "apolitisme" et apparaît aujourd’hui comme la fidèle seconde du sénateur. A la tête de la bruyante campagne de dénigrement contre la construction de la Maison des civilisation et de l’unité réunionnaise (MCUR), le tandem semble bien être parvenu à doubler Didier Robert par sa droite. Désormais, les paris sont ouverts : quand aura lieu le 3ème tour opposant Jean-Paul Virapoullé à Didier Robert ? Dans ce contexte lourd de tension entre les deux rivaux, la perspective du voyage présidentiel offre de nombreuses occasions de surenchères et de croc-en-jambes... D’autant plus qu’au sein de l’électorat de droite, l’opinion finit par ne plus savoir qui, au final, sera le « vrai » candidat aux élections régionales. Incapables d’aplanir durablement leurs différends, les deux chefs ont décidé de ne présenter publiquement la liste qu’après le passage dans notre île du Chef de l’Etat. Nul doute que celle-ci pèsera d’un poids décisif sur la désignation finale.

Geoffroy Géraud-Legros


Après François Fillon et Marie-Luce Penchard, le Chef de l’Etat sera-t-il lui aussi de corvée ?

Si l’on en croit les informations qui circulent avec insistance, le Chef de l’Etat passera le plus clair de son séjour dans le Sud… et se rendra au Tampon pour, semble-t-il, y inaugurer des palmiers. A bien y regarder, le cas du Tampon est certainement unique dans les annales de la République : en effet, cette commune de 70.000 habitants a en moins d’un an connu un afflux de visiteurs de marque, recevant successivement le Premier ministre François Fillon, la Ministre déléguée à l’Outre-mer Marie-Luce Penchard, et aujourd’hui rien moins que le Chef de l’Etat lui-même. Or, le maître des lieux s’est toujours évertué à confiner ces prestigieux visiteurs à des tâches sans trop grande portée symbolique. Ainsi, François Fillon a visité une école primaire. Il se dit d’ailleurs que des ordinateurs neufs y aurait été disposés la veille de la visite, avant d’être repris le lendemain. Marie-Luce Penchard a pour sa part inauguré l’annexe d’une crèche. Certes, il fallait bien compenser l’abandon subit du chantier de la Rocade du Tampon, projet ambitieux d’une valeur de 100 millions dont l’ampleur aurait mérité une inauguration ministérielle. Ajoutons que, dans une île si inventive, la plupart des collectivités auraient des réalisations à faire valoir auprès des membres du Gouvernement en visite. Les tamponnais aussi, sans nul doute. Mais Didier Rober le sait-il seulement ?

G.G-L



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