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Qui sera le Téréos d’Air Austral ?

Manifestation des planteurs et menaces sur Air Austral

Manuel Marchal / 22 mai 2012

Depuis la prise de contrôle de 67,10% des actions de la Société sucrière de Quartier Français par Téréos, il n’existe plus d’usiniers réunionnais. Depuis deux ans, les dirigeants de l’industrie sucrière n’ont pas leur centre d’intérêt à La Réunion, ce qui est une des raisons du conflit actuel. Le conflit dans la filière canne est-il une préfiguration de ce qui va se passer à Air Austral, un autre joyau de notre patrimoine industriel qui voit lui aussi sa direction échapper aux Réunionnais ? Un Téréos de l’aérien prendra-t-il le contrôle du capital d’Air Austral ?

Hier, plusieurs centaines de planteurs ont manifesté à Saint-Denis. Ils ont notamment reçu le soutien de Fabrice Hoarau, candidat du PCR dans la circonscription où est installée une des deux dernières usines sucrières du pays.
Depuis deux ans, ce sont deux siècles du plus important patrimoine industriel de notre pays qui est passé dans les mains d’une société extérieure à notre pays.
Début 2010, Téréos, coopérative de planteurs de betteraves, a lancé avec succès une OPA sur la Société sucrière de Quartier Français. Un important actionnaire a vendu ses actions au betteravier, lui permettant de détenir 67,10% du capital.
Téréos avait déjà un pied à La Réunion. La coopérative de planteurs de betteraves avait en effet précédemment racheté les parts de Sucrerie de Bourbon dans l’usine de Bois-Rouge, ce qui faisait de Téréos l’actionnaire majoritaire de l’usine du Nord-Est, et le second producteur de sucre du pays derrière Quartier Français. L’OPA de 2010 faisait tomber dans son escarcelle l’autre pan de l’industrie sucrière. Depuis lors, toute l’industrie sucrière réunionnaise appartient à des planteurs de betteraves.

Avec qui discuter ?

La coopérative Téréos a décidé d’intégrer les deux dernières usines réunionnaises dans une filiale basée au Brésil, Téréos Internacional. Maintenant, l’interlocuteur du planteur n’est plus à La Réunion. Le pouvoir de décision est transféré au-delà des océans.
Cette direction tente maintenant d’imposer aux planteurs un nouveau mode de fonctionnement inspiré de ce qui existe en France. Téréos se heurte au refus des planteurs, qui ne veulent pas que s’opère un transfert de charges à leur détriment et au profit de l’usinier estiment-ils.
Alors avec qui discuter puisque les dirigeants ne sont plus à La Réunion ?
Ce conflit dans la filière canne ne préfigure-t-il pas de ce qui risque de se passer à Air Austral ?
En effet, Didier Robert ainsi que des actionnaires de la compagnie se sont prêtés à une stratégie contraire aux intérêts de notre pays. La direction réunionnaise a été expulsée, et elle a été remplacée par d’anciens cadres d’Air France. Lorsque l’on regarde la stratégie déployée par Air France dans notre région, ce fait n’étonne pas. La compagnie française loue avions et équipages à Air Madagascar. Air Mauritius ferme ses escales européennes sauf Roissy, le hub d’Air France.

Une seule destination long-courrier : le hub d’Air France

La même décision est imposée à Air Austral par la direction d’anciens d’Air France mise en place avec la complicité du président de Région : toutes les lignes long-courriers autres que celle qui relie La Réunion au hub d’Air France sont suspendues ou fermées. Si ce plan dramatique est mis à exécution, alors Air Austral reviendra 10 ans en arrière, à l’époque où elle s’était lancée sur le long-courrier et qu’elle ne desservait que Roissy.
L’autre volet de ce plan, c’est de se mettre en chasse d’investisseurs extérieurs à notre pays. Cela signifie un transfert du pouvoir de décision en dehors de La Réunion. Air Austral ne serait plus une compagnie réunionnaise mais une compagnie d’un pays X employant de la main-d’œuvre à La Réunion, et qui pourrait tout aussi bien délocaliser ses activités dans un autre pays. L’industrie sucrière a été rachetée par Téréos, un Téréos de l’aérien prendra-t-il le contrôle du capital de la compagnie réunionnaise ?


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