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Rassemblement du PCR : « L’heure de la responsabilité a sonné »

Intervention de Paul Vergès

Manuel Marchal / 23 novembre 2009

Concluant hier les travaux du rassemblement du Parti communiste réunionnais, Paul Vergès a rappelé le contexte historique de cet événement, ainsi que les défis qui restent à relever. Il a souligné le préalable au développement durable : en finir avec « l’ancienne société post-coloniale [qui] organise l’inégalité institutionnelle des uns et des autres ». Face à la crise, les Réunionnais démontrent qu’ils sont capables de proposer des solutions sans attendre que les idées viennent de Paris. Ces solutions contribuent à un plan réunionnais de développement durable pour relever les défis du 3ème millénaire.

Paul Vergès commence son intervention par un rappel historique, car ce rassemblement est l’image d’une continuité des générations.
La naissance du PCR, voici 50 ans, faisait suite à la création d’une fédération communiste qui elle-même était le résultat des luttes menées entre 1930 et 1945 pour sortir de la misère coloniale. C’est l’image de la continuité de la lutte à La Réunion. Et cette flamme de la lutte, le PCR l’a fait briller de tous ses feux au cours de ce dernier demi-siècle.
« Jamais un parti à La Réunion n’a duré aussi longtemps que le nôtre, jamais un parti à La Réunion n’a joué un tel rôle dans les luttes sociales, économiques et culturelles, il nous faut constamment rendre hommage à nos prédécesseurs qui ont marqué l’Histoire de notre pays avec la date du 19 mars 1946 », rappelle Paul Vergès qui ajoute que si « Lepervanche et Vergès l’ont fait, ce parce qu’ils étaient soutenus par des militants, des jeunes réunionnais ». Et à côté de ces communistes, il existait des amis, comme Me Collardeau qui fut conseiller de la République, l’équivalent aujourd’hui de sénateur, et à qui personne n’a jamais demandé d’être communiste.
« Si nous sommes aujourd’hui ce que nous sommes, c’est parce qu’ils se sont battus », affirme avec force Paul Vergès. Cette lutte épousait notamment un mot d’ordre plus que jamais d’actualité : « nous ne sommes pas des assistés mais des gens qui veulent maîtriser leur destin dans la période la plus difficile de leur Histoire », dit en substance le président de la Région.
Et de rappeler les changements considérables qu’ont amené ces combats. De 1946 à 1953, il a fallu sept ans pour que les fonctionnaires réunionnais soient intégrés, en ayant droit à la surrémunération. Et pour faire accepter l’égalité de tous les autres travailleurs, un demi-siècle de luttes ont été nécessaires.

Préalables au développement durable

Mais la conquête de l’égalité n’a pas tout résolu. 52% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, et 17% des Réunionnais survivent avec moins de 300 euros par mois. « C’est le problème principal que nous devons voir », indique le président de la Région, « quand nous allons vers un million d’habitants », la première préoccupation est le sort de la moitié de la population et des jeunes.
Appelant à saluer la création de l’Alliance de la jeunesse pour la formation et l’emploi à La Réunion (AJFER), Paul Vergès évoque la création d’une Alliance des abandonnés pour mettre l’accent sur plusieurs problèmes.
C’est tout d’abord la création de deux grands services d’intérêt général dans l’environnement et les services à la personne. C’est aussi faire que l’engagement pris par le président de la République d’améliorer l’accès des Réunionnais à la fonction publique puisse s’inscrire dans la réalité réunionnaise.
Le président de la Région appelle à « rompre avec l’ancienne société post-coloniale [qui] organise l’inégalité institutionnelle des uns et des autres ». Cette inégalité se traduit par l’existence d’une catégorie qui a 53% de plus que le salaire versé en France, et par la moitié de la population en dessous du seuil de pauvreté. Sortir de cette situation est un préalable car « on ne fait pas un développement durable en maintenant la moitié de la population en dessous du seuil de pauvreté ».

« Nous n’avons pas attendu Paris pour trouver une solution »

Pour sortir de la crise, Paul Vergès appelle au rassemblement le plus large des Réunionnais : « l’heure de la responsabilité a sonné ».
Comme le monde, La Réunion est confronté aux effets de l’accroissement démographique, du changement climatique, de la mondialisation des échanges et de l’exploitation des avancées scientifiques.
Dans ces domaines, La Réunion a déjà obtenu des avancées qui ne doivent rien à Paris.
C’est tout d’abord l’objectif d’autonomie énergétique. Les Réunionnais n’ont pas attendu que l’idée vienne de Paris, ils ont pris la responsabilité d’un mot d’ordre, autonomie énergétique pour 2025, et ont mis des moyens en œuvre pour l’atteindre. Un des résultats, c’est que bientôt sera installé le 100.000ème chauffe-eau solaire à La Réunion.
C’est ensuite la Route des Tamarins. Son idée et son financement ne doivent rien à Paris, puisque le résultat d’une contribution à 85% de la Région et à 15% de l’Europe.
C’est enfin la continuité territoriale. Quand la Région exerçait la compétence de la gestion de la dotation, 52.000 Réunionnais ayant des bas revenus ont voyagé. L’État a décidé de reprendre cette compétence, et en 2009, aucune personne n’a voyagé. Ce qui montre que les Réunionnais ont eu raison de ne plus attendre Paris pour cette question en recherchant une solution alternative. Résultat : Air Austral vient de signer la commande de deux Airbus A380 de plus de 800 places avec une option sur deux autres. Cela permettra de faire baisser les prix de 30%. « Nous n’avons pas attendu Paris pour trouver une solution, aucune compagnie régionale dans le monde n’a pu faire un tel effort financier pour régler un problème réunionnais ».
Le tram-train est aussi le résultat d’une initiative réunionnaise, ce qui souligne que les Réunionnais « sont capables d’entreprendre les projet décisifs qui existent à La Réunion et de les résoudre ».
Après avoir rappelé les enjeux de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise, Paul Vergès lance un appel à se surpasser, pour être digne de La Réunion de demain. « Nous abordons une décennie décisive pour La Réunion », et pour le PCR, c’est « un devoir d’avenir et de rassemblement » sans cela La Réunion ne pourra pas être sauvée.

M.M.


« Nous sommes ce que nous sommes grâce à nos ancêtres »

Dans son intervention, Paul Vergès évoque les enjeux de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise. C’est la question de la réappropriation de son Histoire par le Réunionnais qui est en cause. Le peuple réunionnais s’est en effet construit par l’apport de représentant de civilisations aussi brillantes les unes que les autres, des civilisations de l’Inde, de la Chine, de l’Afrique, de l’Europe. « Nous sommes ce que nous sommes grâce à nos ancêtres », ajoute le président de la Région.
Mais comment vécurent ces ancêtres ? Et que sont devenues leur sépulture ? Ce sont deux siècles de l’Histoire de La Réunion, ceux du régime de l’esclavage, qui sont occultés par l’Histoire officielle.
Les opposants à la MCUR parlent de son coût. C’est le musée le moins cher de la République, dit Paul Vergès. Le fond, c’est que les opposants au projet refusent que les Réunionnais sachent qu’ils sont le résultat de ces civilisations. Ils refusent que les Réunionnais puissent être fiers des luttes des premiers militants des droits de l’Homme, ceux qui combattaient l’esclavage depuis les hauts et les cirques.
En aidant le Réunionnais à se réapproprier toute son Histoire, la MCUR sera un outil pour que le Réunionnais puisse affronter l’avenir, fier de ses origines.


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