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Réalité de La Réunion : 53% des Réunionnais ne parlent que créole

Étude de l’INSEE met en évidence une caractéristique du peuple réunionnais

Témoignages.re / 30 décembre 2010

« Plus de la moitié des Réunionnais parlent aujourd’hui encore uniquement le créole, ce qui en fait de loin la langue régionale la plus utilisée dans les Départements d’Outre-mer », constate l’INSEE dans sa dernière “Revue économie de La Réunion”. Durant l’enfance, huit Réunionnais sur dix ne parlaient que créole. Ceux qui ne parlaient que français étaient peu nombreux (8%). Enfin, le bilinguisme, peu fréquent durant l’enfance, est pratiqué aujourd’hui par 38% des Réunionnais âgés de 16 à 64 ans.

Parler créole est particulièrement répandu à La Réunion, bien plus que dans les autres Départements d’Outre-mer, note l’INSEE. La grande majorité des Réunionnais ne parlaient ainsi que créole durant leur enfance : c’est le cas de huit personnes sur dix parmi celles âgées aujourd’hui de 16 à 64 ans et nées dans le département. Celles qui ne parlaient que français sont rares (8%), de même que les bilingues (11%). À La Martinique ou en Guadeloupe, les créolophones exclusifs sont minoritaires, puisque respectivement 17% et 29% des natifs ne parlaient que créole à l’âge de 5 ans.
Cependant, les anciennes générations sont plus fortement imprégnées par la pratique du créole que leurs cadets. Neuf Réunionnais de plus de 50 ans sur dix déclarent n’avoir parlé que créole à la maison enfant, et bien que cette pratique soit moins fréquente chez les jeunes, elle reste toutefois prépondérante : 70% des moins de 30 ans ont vécu la même situation. À l’âge adulte, la pratique exclusive du créole perdure, puisque 53% des Réunionnais ne parlent encore aujourd’hui que créole dans la vie de tous les jours.

Le créole, la langue des classes modestes

Pour l’INSEE, plusieurs raisons sont susceptibles d’expliquer ce nombre important de « créolophones exclusifs ». D’abord, « La population qui ne parlait que créole durant l’enfance a souvent vécu dans des conditions modestes. Ainsi, un quart déclare que leurs parents ne s’en sortaient pas financièrement et la moitié qu’ils s’en sortaient juste », souligne l’INSEE dans son étude. Des difficultés financières notamment liées au problème de l’emploi : « seulement 70% des pères occupaient un emploi (84% pour les autres populations), et pour la moitié d’entre eux, il s’agissait d’un métier manuel, le plus souvent ouvrier ou agriculteur. La moitié des mères n’avaient quant à elles jamais travaillé », peut-on lire.
L’INSEE note par ailleurs que « les créolophones exclusifs sont plus âgés et sont donc issus de générations où vivre dans une famille nombreuse était la norme » (au moins 4 à 6 enfants). L’étude montre aussi que « les créolophones viennent de familles où on lisait peu, puisque seulement 15% de leurs mères lisaient régulièrement lorsqu’ils étaient enfants ». Par répercussion, « moins de 20% d’entre eux lisaient régulièrement durant leur enfance ». Enfin, « géographiquement, les créolophones habitaient plus souvent dans les Hauts de l’île, la moitié d’entre eux déclarant y avoir vécu enfant ».
A contrario, les natifs réunionnais qui ne parlaient que français chez eux durant leur enfance sont très minoritaires (8%). « Ils sont particulièrement jeunes, les deux tiers ayant aujourd’hui moins de 30 ans. Ces personnes ont vécu leur enfance dans des familles moins nombreuses, puisque les deux tiers comptaient moins de quatre enfants. Ils habitaient plutôt dans les Bas », analyse l’INSEE.

Le français, la langue des riches

Les données sociales montrent que ces « francophones exclusifs sont souvent issus de familles aisées ». Près des trois quarts d’entre eux déclarent que leurs parents étaient riches ou à l’aise financièrement. En effet, deux tiers des mères ainsi que 84% des pères travaillaient. Le taux d’emploi des pères est équivalent à personne des personnes du groupe franco-créolophones (bilingues), mais le type d’emploi exercé est un peu différent. Ces derniers étaient plus souvent cadres ou de profession intermédiaire. L’étude note aussi que « les habitudes de lecture sont généralement prises dès l’enfance » dans ce groupe de personnes.
Enfin, les franco-créolophones sont en situation « intermédiaire ». « Environ 11% des natifs réunionnais de 16 à 64 ans utilisaient le français et le créole à la maison durant leur enfance. Ils sont globalement plus jeunes que les créolophones, mais plus âgés que les francophones. Leur situation financière est également intermédiaire, plus pauvre que les francophones, mais plus aisée que les créolophones », constate l’INSEE.
La pratique linguistique ne reste pas forcément figée lorsqu’on atteint l’âge adulte, comme le montre l’INSEE. En effet, tandis que la langue pratiquée dans le cadre familial durant l’enfance était pour 81% des Réunionnais interrogés le créole seul, ils ne sont plus actuellement que 53% à ne parler que créole dans la vie de tous les jours. La proportion de personnes parlant français et créole a quant à elle fortement augmenté : 38% des Réunionnais parlent aujourd’hui les deux langues dans leur vie de tous les jours contre 11% lorsqu’ils étaient enfants. Par contre, la proportion de natifs réunionnais parlant uniquement le français durant leur enfance et actuellement reste stable, autour de 8-9%.


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