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Reconnaissance de la mémoire et réparation sociale : une tâche centrale des communistes

Réappropriation de notre Histoire

Geoffroy Géraud-Legros / 23 novembre 2009

Le 14 Juillet 1945, soit quelques jours après la défaite des idéologies racistes sur le champ de bataille mondial, le Dr Raymond Vergès rendait un hommage solennel à Sarda Garriga. Par ce geste, il rompait un silence officiel de près d’un siècle sur le passé de nos ancêtres esclaves, et installait au cœur du projet réunionnais le respect de leur mémoire et la réparation du crime esclavagiste.
Près de 65 ans ont passé. Malgré des combats victorieux pour la restitution et le respect de l’identité des Réunionnais de toutes origines, qui pourrait affirmer que la mémoire de l’esclavage a conquis aujourd’hui la place qui lui est due ? Qui pourrait nier les souffrances sociales que continuent d’endurer les descendants d’esclaves dans la société réunionnaise contemporaine ?
L’inauguration, le 31 Octobre dernier, d’une stèle à la mémoire de nos ancêtres esclaves entame une phase nouvelle dans la lutte pour la reconquête de la mémoire dérobée et contre la discrimination envers les Réunionnais descendants d’esclaves.

Une histoire encore méconnue

Sur le plan des politiques publiques, La Réunion continue de souffrir d’un manque de moyens au service de la connaissance de la période esclavagiste. Ce déficit apparaît en particulier dans le domaine de l’archéologie, essentiel pour la connaissance d’un temps de violence dont les dominés n’ont pu rendre compte par écrit.
Alors que tous les départements de la France hexagonale et de l’Outremer disposent de moyens publics pour mettre en oeuvre une véritable politique archéologique, aucune structure d’archéologie préventive n’existe à La Réunion. Notre peuple continue ainsi d’être considéé comme un peuple sans histoire, alors même que 300.000 esclaves ont vécu et sont morts dans notre pays, sans qu’il ait été possible de retrouver leur trace.
En écho au grand silence qui pèse sur la disparition de ces centaine de milliers d’êtres humains, l’histoire de l’esclavage demeure très mal connue par les Réunionnais ; l’enseignement, les politiques culturelles portent encore trop peu la mémoire de ces temps implacables . Ainsi, la tâche de restituer au peuple réunionnais cette part d’histoire dérobée demeure.

Inaugurer une tradition contre la violence héritée

Pour qui se situe dans l’optique de l’émancipation et de la justice sociale, il ne s’agit pas là de faire de l’histoire pour l’histoire ou de l’art pour l’art. Il s’agit, si l’on reprend les termes employés par le Président de la Région lors de l’inauguration d’une stèle à la mémoire des esclaves demeurés sans sépulture le 31 Octobre dernier, « d’inaugurer une tradition ».
Dans le contexte contemporain, marqué par une grande fragilisation sociale et un renouvellement des questionnements identitaires, ce geste prend une signification qui va bien au-delà de l’acte de commémoration proprement dit. La reconnaissance exprimée envers nos ancêtres esclaves au cours de la cérémonie célébrée au cimetière du Père Lafosse ne fait pas seulement sens pour le passé ; ellle s’adresse au présent et à l’avenir de La Réunion, où un système de discrimination social persiste envers les Réunionnais descendants d’esclaves
Qui niera que se sont ceux-là qui continuent d’être aujourd’hui les premières victimes de l’injustice ? Il suffit de regarder qui est en prison ; qui n’a pas d’emploi ; qui est victime du cumul des maux sociaux.
Exclus parmi les exclus, pauvres parmi les pauvres, les descendants des esclaves d’hier sont les plus défavorisés des Réunionnais d’aujourd’hui.
Notre Réunion si métissée, si plurielle, n’échappe donc pas à la reproduction de la violence héritée de l’esclavage : reproduction sociale, qui maintient au plus bas de l’échelle nombre de femmes et d’hommes noirs.
La lutte sociale contre la pauvreté, le chômage et l’exploitation de l’homme par l’homme doit se donner pour tâche de réparer l’injustice envers ces Réunionnais à qui l’esclavage avait arraché leur langue, leur nom, leur religion, et même le droit d’enterrer leurs morts : plus que jamais, les communistes doivent y consacrer leurs efforts.

Geoffroy Géraud


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