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Reconstruisons une parole réunionnaise pour sortir ensemble de la crise

Crises dans le logement, la fonction publique, les entreprises et le prix de l’énergie

Manuel Marchal / 5 septembre 2012

Après la révélation des difficultés à produire 1.200 logements déjà financés, mais pas encore garantis, la journée d’hier a de nouveau révélé toute la difficulté du monde économique et des institutions à parler d’une seule voix. Les dissensions se font même à l’intérieur de chaque catégorie. Comment sortir de la crise avec des telles divisions ?

Avant hier, La Réunion apprenait que la construction de 1.200 logements sociaux a pris du retard. D’un côté, les syndicats et le patronat estiment que le Conseil général tarde à accorder sa garantie aux prêts contractés par les promoteurs de ces chantiers. De l’autre, le Conseil général rappelle que le montant des prêts garantis a plus que doublé en 6 ans pour dépasser 400 millions d’euros. La collectivité demande une mutualisation.
Il est à noter que la dégradation des capacités financières des collectivités est liée à des restrictions imposées par l’État. Mais à aucun moment, la responsabilité de ce dernier n’est pointée du doigt.

La fonction publique

Hier, le "JIR" et "le Quotidien" ont illustré l’accélération de la crise du système des rémunérations dans la fonction publique. "Le journal de l’île de La Réunion" donne la parole à un policier réunionnais qui affirme que la surémunération est un obstacle au retour au pays de milliers de policiers réunionnais mutés en France, ce qui est à l’origine de drames sociaux. Des syndicats sont montrés du doigt, car leur silence sur le nouveau système de mutation ne sert pas la cause des Réunionnais qui veulent rentrer au pays.
De son côté, "Le Quotidien" dresse le tableau d’une fonction publique territoriale très inégalitaire à La Réunion, avec à peine 25% de titulaires, moins qu’à Mayotte et bien loin des autres départements d’Outre-mer. Coïncidence ? C’est à La Réunion que le sursalaire est le plus élevé : 53% contre 40% aux Antilles et en Guyane.
Devant cela, les réponses des collectivités ne sont pas unitaires, et des syndicats attaquent les maires.
Pourtant, à l’origine de cette inégalité de traitement, il y a la décision, voici plus de 60 ans, d’un gouvernement de verser à tous les fonctionnaires ce qui s’appelait alors les primes coloniales. Là aussi, l’État reste silencieux.

Les entreprises en difficulté

Hier, le collectif Sauvons les entreprises a lancé une nouvelle opération coup de poing pour demander un moratoire sur les dettes fiscales et sociales des sociétés en difficultés. Mais cette initiative est en désaccord avec la position des syndicats ouvriers, et de celle des plus importantes organisations patronales. Les uns rappelant que les cotisations financent la protection sociale des salariés, tandis que les autres ne veulent pas voir apparaître une distorsion de concurrence entre les entreprises qui paient les cotisations et celles qui ne le font pas. Or chacun sait que les décisions du gouvernement précédent sont à l’origine de ce marasme économique : soutien à la casse des grands chantiers, désengagement dans la politique du logement, coup d’arrêt au développement du photovoltaïque…

Le prix des carburants

Hier, une réunion avait lieu à la préfecture. L’autorité chargée de fixer les prix des carburants avait réuni les pétroliers et les gérants. Sollicités pour baisser leur marge, les pétroliers veulent faire payer les gérants. Quant à ces derniers, ils demandent des comptes à la Région, le collecteur des taxes. Sous le gouvernement précédent, la Région avait sans hésiter donné 16 millions aux pétroliers pour subventionner le gel des prix. N’oublions pas que Didier Robert était le représentant de Sarkozy à La Réunion. Le gouvernement a changé, la direction de la Région Réunion prend l’attitude de l’opposant et ne veut plus donner. À la sortie des négociations, le représentant de l’État n’avait rien à dire.

Sommes-nous à la hauteur de nos aînés ?

Tous ces éléments se combinent pour illustrer la gravité de la crise dans notre pays. Car chacun montre deux choses. Tout d’abord, c’est l’impasse dans laquelle s’enfonce ce système. Ensuite, c’est l’absence de position commune réunionnaise. Des initiatives sectorielles tentent de corriger à la marge, mais elles arrivent à peine à se faire entendre, et encore moins à obtenir une solution durable.
Ce n’est pas étonnant, car la situation est tellement grave que la mobilisation ne peut qu’être d’une autre nature. La Réunion vit en effet un tournant, c’est l’effondrement d’un modèle. Ce n’est pas la première fois que notre pays vit cela. Avant 1946, il y avait le régime colonial.

Les Réunionnais, les plus conscients et progressistes, s’étaient réunis dans le CRADS et ont accéléré sa chute par l’appel à l’Etat de Droit et un régime politique fondé sur l’égalité. Ce grand parti réunionnais avait réussi à rassembler tous ceux qui voulaient sortir leur pays de la crise du modèle colonial. Leur grand projet a réussi, parce qu’ils ont fédéré toutes les bonnes volontés au moment de l’arrivée d’une majorité progrès à Paris. 66 ans après, la dureté de la crise nous montre le chemin à suivre : l’esprit de responsabilité de nos aînés.

 Manuel Marchal 


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