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Relancer « le combat pour l’égalité »

Le PCR tire les enseignements du discours de politique générale et du vote de confiance

Céline Tabou / 19 septembre 2014

Lors d’une conférence de presse, Paul Vergès, sénateur de La Réunion, Elie Hoarau conseiller régional et Yvan Dejean, secrétaire général du PCR ont tenu à « tirer les leçons des récents évènements politiques » et « voir les conséquences pour La Réunion ».

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Le PCR appelle à la mobilisation pour lutter contre l’apartheid social à La Réunion qui oblige les pauvres à vivre dans la misère. (photo Toniox)

Sur le plan de la politique générale, Yvan Dejean a relevé les deux discours de politique générale prononcés par le Premier ministre, Manuel Valls, les 8 avril et 16 septembre. A ces deux occasions, le vote de confiance a été un défi pour le gouvernement.

Un gouvernement « affaibli, fragilisé »

« C’est la première fois qu’on observe que dans la majorité, 32 députés socialistes ne se sont pas abstenus, mais ont refusé la confiance à ce gouvernement. Ils étaient 32, le 16 septembre et 11, le 8 avril », a indiqué Yvan Dejean. Ce dernier a assuré que « la leçon à tirer est l’affaiblissement du pouvoir, d’autant plus que le gouvernement a perdu bon nombre de soutien, dont les Verts ». A La Réunion, « cinq députés ont voté la confiance, bien qu’on aurait pensé que face à la gravité de la situation l’un d’entre eux aurait donné un signal pour dire qu’il faut infléchir cette politique mais malheureusement il n’y en a été rien », a expliqué le secrétaire général du PCR.

Ce dernier a évoqué le vote du groupe du Front de Gauche, avec le PCF, qui a voté à l’unanimité contre la politique du gouvernement, le 8 avril. Pour ce vote de confiance, le 16 septembre, « l’ensemble du groupe a voté contre, à l’exception prés d’une députée réunionnaise qui s’est abstenue ». Si le nom n’a pas été cité, précisons que la députée qui aura fait exception est Huguette Bello. « Le parti communiste réunionnais pense qu’on approche de futurs scrutins, ce n’est pas étranger aux prochaines élections qui vont avoir lieu en 2015 », a indiqué Yvan Dejean.

Ce gouvernement « affaibli, fragilisé, devra affronter des échéances importantes », comme les prochains projets de loi, tels que la sécurité sociale. Une chose est certaine, face aux données économiques et sociales « la situation va s’aggraver ». D’autant plus que les objectifs fixés par le gouvernement, élu en mai 2012, n’ont pas été tenus, notamment en matière de déficit public, qui dépasse les 3%, de chômage et d’endettement.

La situation politique et économique actuelle laisse présager des élections dont les résultats pourraient être similaires à ceux des municipales et des européennes, qui ont vu l’arrivée du Front National à la tête de certaines municipalités et l’augmentation de son nombre de députés européens. « Il n’y a pas de cohésion idéologique à Gauche, et la division continue à droite, quelles sont alors les répercussions à La Réunion, qui va s’enfoncer encore plus » dans des taux de chômage (29%), pauvreté (42%), ou encore le nombre de personnes aux minimas sociaux (333.000), etc.

Lancer « la bataille de l’égalité »

Pour Paul Vergès, sénateur de La Réunion, « les dégâts des orientations de François Hollande dès son élection avec Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls, entraînent des difficultés ». D’ailleurs, « il n’y a pas d’alternative à gauche, même si il y a une attitude encourageante », avec l’abstention et les votes contre la politique du gouvernement, ainsi que « l’attitude des Verts » et la présence des frondeurs à la Fête de L’Humanité, a indiqué Paul Vergès. Pour lui, « la bataille va continuer », mais « il faut garder les pieds sur terre, il n’y a pas de possibilité de renversement de la politique actuelle ».

Il relève les principaux défis de La Réunion, en matière de lutte contre le chômage, qui touche 29% de la population, dont 58,4% des moins de 25 ans, ainsi que les 42% des Réunionnais vivant sous le seuil de pauvreté, et les menaces sur l’avenir de la filière canne à La Réunion. Le contexte économique réunionnais ne donne aucune perspectives positives d’avenir pour le développement de La Réunion, d’autant plus que les principales négociations faites sur le plan international, comme les APE (accords de partenariat économiques), l’octroi de mer, se font sans la concertation des Réunionnais, a déploré Paul Vergès.

Ce dernier a de nouveau dénoncé les inégalités créées par le gouvernement, avec l’application incomplète de la loi du 19 mars 1946, qui a « organisé l’inégalité à La Réunion », en octroyant une sur-rémunération dans l’ensemble des secteurs de la fonction publique d’Etat. Une inégalité qui va durer avec la hausse démographique qui doit peser sur les décisions à venir pour La Réunion, a expliqué le sénateur communiste. Raisons pour lesquelles, « il faut prendre Manuel Valls au mot quand il dit qu’il faut renouer avec les valeurs de la République, c’est reprendre le combat pour l’égalité ».

En effet, le Premier ministre a assuré dans son discours de politique générale que « nos Outre-mer qui font face à une situation difficile marquée par la vie chère, le chômage et les problèmes de logement. Ils peuvent compter sur mon Gouvernement pour leur développement économique et social. La République a toujours été le patrimoine de ceux qui n’ont rien. De ceux à qui la vie n’a rien donné, ou qui ont tout perdu. Et la mission de mon gouvernement sera de remettre pleinement la République au service de tous, pour casser les inégalités ».

« Briser les inégalités »

Ces déclarations ont été entendues par le Parti Communiste Réunionnais qui « pense qu’il faut mettre au centre de la bataille à venir, la lutte contre l’apartheid social ». Raison pour cela, ces derniers s’adresseront à François Hollande et Manuel Valls afin de demander « que soit appliquée l’égalité et qu’on brise les inégalités que vous avez vous-mêmes créées ». Parmi ces inégalités, la sur-rémunération qui doit être « évaluée par une concertation sur le coût de la vie à La Réunion », afin de définir le niveau des prix et ainsi « appliquer le coût de la vie à l’ensemble des revenus » dans toute la fonction publique.

Paul Vergès a ainsi proposé le maintien des avantages acquis pour « neutraliser les conséquences » négatives de la sur-rémunération sur l’économie réunionnaise : épargner le flux financier créé par la sur-rémunération, et pour « les nouveaux fonctionnaires définir un coût de la vie » et ainsi les rémunérer en fonction. Paul Vergès veut la titularisation de l’ensemble des fonctionnaires d’Etat, territorial, de santé … Pour ce dernier « il faut en finir avec ce scandale » et « rétablir l’unité de la fonction publique ».

« On doit mettre comme mot d’ordre l’égalité » et « sortir de l’intégration mécanique » des lois prises à Paris et appliquées à La Réunion, sans prise en compte des spécificités réunionnaises, a expliqué le sénateur. Ce dernier a déploré « l’inconscience de la classe politique intégrée de La Réunion et du gouvernement à Paris », cantonné dans des décisions découlant du modèle colonial. Paul Vergès a fustigé l’absence de connaissance des gouvernements successifs de l’Histoire de La Réunion, mais aussi de son environnement géopolitique, car « la politique menée fait perdre à la France son influence culturelle et politique » dans un bassin francophone.

Un bassin qui permettrait de créer une coopération gagnante-gagnante dans les secteurs économiques, financiers et commerciaux, permettant à La Réunion de sortir du modèle actuel qui a atteint ses limites. « Il s’agit d’en finir avec l’apartheid social, c’est la grande bataille que nous allons organiser. Est-ce que l’on va appliquer la Constitution à La Réunion alors qu’on parle de liberté, d’égalité et de fraternité ? ».

« Si l’on veut éviter l’explosion sociale qui s’annonce, il faudra répondre au mot d’ordre d’égalité entre les Réunionnais » a assuré Paul Vergès, pour qui ni la gauche, ni la droite ne pourront refuser de s’aligner sur cette bataille.


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