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Rembourser 73.000 euros avec une retraite de 290 euros par mois

Témoignages.re / 24 août 2013


Monsieur Maillot a 70 ans, il est à la retraite. Le montant de sa retraite ? 290 euros ! Et encore, parce qu’il a une majoration de 25 euros « pour enfants ». Sinon, il n’aurait que 255 euros environ.

Lorsque l’Assurance Retraite Réunion lui propose de « toucher un peu plus », forcément, il accepte. Au vu de sa très faible retraite, il bénéficie alors de l’Allocation de Solidarité pour les Personnes Agées, l’ASPA, pour un montant de 700 euros. Additionné à sa retraite de base, Monsieur Maillot percevait 990 euros de revenus par mois. Ce n’était pas le grand luxe, mais Monsieur Maillot vivait convenablement.

Au décès de sa mère, il y a deux ans, Monsieur a la surprise de se voir réclamer le remboursement des allocations perçues par sa défunte mère ; au prétexte que cette dernière possédait une maison sur un petit terrain. Le montant de ce remboursement exigé s’élève à 53.000 euros (cinquante-trois mille euros) ! Une somme inimaginable pour un homme qui a travaillé toute sa vie sans jamais être endetté.

C’est à ce moment que Monsieur Maillot s’interroge : qu’en est-il de mes propres allocations ? À ma mort, ma descendance aura-t-elle à rembourser ?

Après informations prises auprès de l’Assurance Retraite Réunion, la crainte est confirmée.

Monsieur Maillot décide alors de cesser immédiatement de percevoir cet ASPA de malheur. Il préfère vivre malheureusement avec 290 euros, au lieu de faire porter sur sa descendance la charge de sa vie actuelle.

Mais il est déjà trop tard, il a perçu 2 années d’allocations, soit 20.000 euros (vingt mille euros), que l’Assurance Retraite Réunion lui commande déjà de rembourser !

Vous avez bien lu : Monsieur Maillot, qui touche aujourd’hui 290 euros de retraite par mois, vit dans une modeste maison de Saint-Paul, ne bénéficie pas encore de la petite maison de sa mère pour des raisons de conflit successoral, doit rembourser à l’Assurance Retraite Réunion 53.000 euros et 20.000 euros, soit un total de 73.000 euros (soixante-treize mille euros) !

Dans l’hypothèse où Monsieur Maillot consacrait la totalité de sa retraite à ce remboursement (il ne boit plus, ne mange plus, ne se soigne plus, ne se déplace plus…), il lui faudra 21 ans pour tout rembourser. Il aura alors 91 ans.

L’ASPA maintient les pauvres dans la pauvreté

Lorsque l’Appel de l’Ermitage prétend que les origines de la pauvreté à La Réunion sont principalement d’ordre politique, et non pas comme en France d’ordre économique, nous avons là un autre exemple : l’Allocation de Solidarité aux Personnes Agées.

Un travailleur réussit à force de courage et d’économie, à acquérir un petit lopin de terre sur lequel il construit une modeste maison. Il aura la fierté de transmettre le fruit de son labeur à ses enfants.

Si sa retraite est trop faible pour dignement subvenir à ses modestes besoins (il n’a déjà pas de loyer à payer), la solidarité nationale lui octroi une allocation : l’ASPA.

Erreur. Comme le souligne Raïssa Noël, porte-parole du Comité de l’Appel de l’Ermitage pour l’abolition de l’extrême pauvreté avant 2015 : «  ceci n’est pas une solidarité, c’est une avance sur succession ! ».

Concrètement, les héritiers devront vendre le bien de leur parent pour rembourser l’ASPA. Alors qu’il pensait avoir inscrit sa famille dans un cycle vertueux d’accumulation du capital devant permettre à sa descendance, d’avoir un meilleur niveau de vie que lui, le travailleur s’aperçoit que l’État l’empêche de sortir de la pauvreté.

Le pauvre doit rester pauvre tandis que d’autres s’enrichissent encore et toujours.

C’est ainsi depuis 1848, quand les propriétaires d’esclaves, qui possédaient déjà toutes les terres et les usines, ont reçu de l’État 750 francs par esclave libéré ; pendant que les esclaves ne recevaient rien que le droit de travailler toujours pour le même gros propriétaire.

C’était encore le cas en 1946, lorsque la France, avec la complicité de certains à La Réunion (devinez qui !) a refusé d’appliquer au 1er janvier 1947 la loi votée en mars 1946, et qui aurait permis à des milliers de Réunionnais pauvres de bénéficier des aides de la Sécurité Sociale.

Aujourd’hui encore, l’État maintient les pauvres dans la pauvreté. Avec la complicité des élus qui s’enrichissent. Que fait la doyenne des députés depuis 16 ans ?


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