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« Rendre aux Réunionnaises et aux Réunionnais leur dignité »

Propositions du Parti communiste réunionnais aux États généraux —7—

Témoignages.re / 27 juillet 2009

Dans l’atelier 7 des États généraux de l’Outre-mer — "Egalité des chances, promotion de la diversité et insertion professionnelle" — le Parti communiste réunionnais fait part de plusieurs propositions pour que le système éducatif soit plus en adéquation avec la réalité réunionnaise, car « l’école est la base de toute égalité des chances ».

Le modèle actuel a montré ses limites et a abouti à un système très inégalitaire, La Réunion connait le taux de chômage le plus élevé de France et d’Europe. Chez les jeunes, la situation est d’autant plus alarmante qu’un jeune sur deux se retrouvent sans emploi et voient leur situation se dégrader au fil du temps. Aucun signe ne laisse pressentir à une amélioration de la situation avec un taux d’illettrisme très important, des filières non adaptées et cela à tous les niveaux, universitaire comme professionnel, cherté de la vie, l’assistanat et la pauvreté sont le quotidien de plus de 50% de la population...
Nous sommes aujourd’hui au cœur des contradictions. Nous sommes dans l’impasse dans tous les secteurs. Quel chemin prendre aujourd’hui ? Il faut que tous les Réunionnais se concertent. L’intégration avec ou sans assimilation a aggravé tous les paramètres. La sortie ne peut aujourd’hui se faire que par le biais du développement durable.
Il n’y aura pas d’égalité des chances sans valorisation et reconnaissance de l’être réunionnais. La priorité des priorités est de rendre aux Réunionnaises et aux Réunionnais leur dignité. L’école est la base de toute égalité des chances, et le créole représente encore aujourd’hui un frein à l’épanouissement du Réunionnais.


I- De nombreux jeunes diplômés au chômage
À la Réunion, de nombreux jeunes diplômés se retrouvent au chômage. Une centaine de docteurs et des milliers de jeunes diplômés à bac+5 (niveau Master) sont aujourd’hui à la recherche d’emploi et n’ont aucun revenu. À la Réunion, 60% d’étudiants échouent en première année dans l’enseignement supérieur et 2 jeunes sur 4 quittent l’université sans aucun diplôme. Le nombre de demandeurs d’emploi à La Réunion s’élève à plus de 114.000 individus et les offres d’emploi enregistrées ont diminué de 43.2% à La Réunion en un an.
Il est aujourd’hui urgent d’agir pour créer des emplois à La Réunion et en particulier pour les jeunes d’autant plus que les 18-25ans n’ont pas droit aux minimas sociaux et à des dispositifs d’insertion spécifique.
Le monde de l’enseignement supérieur doit accentuer ses relations avec le monde socio-économique de notre île afin d’adapter la formation aux besoins réels en emplois qualifiant à la Réunion. Il existe encore aujourd’hui trop de formation « placards » qui n’ont pas évolué et qui n’offrent aucun débouché.

« Celui qui étudie a le droit de savoir pourquoi il étudie »

Notre île a une population jeune, en forte croissance, nous ouvrons tous les ans de nouveaux établissements scolaires et très peu de réunionnais accèdent aux métiers de l’enseignement. Chaque année des milliers de jeunes passent le concours de professeur des écoles mais seulement une centaine de postes est ouverte aux concours à la Réunion. À côté de cela plusieurs centaines de métropolitains viennent tous les ans occupés des postes d’enseignant dans notre île. Pourquoi ne serait ce pas l’inverse ? Pourquoi laissons-nous des milliers de jeunes diplômés sur le « bord du chemin » chaque année ?
Sur le même principe, nous avons à la Réunion une école de kiné qui ne profite qu’à 7 Réunionnais. Les concours kiné ont lieu à différentes dates selon les régions de France. Seulement 7 concours sont délocalisés à La Réunion, ce qui freine l’égalité des chances de réussir des jeunes qui n’ont pas les moyens de pourvoir aller en métropole pour passer les autres concours. Dans un souci de rétablir l’égalité des chances entre tous les jeunes réunionnais passant le concours il serait souhaitable que le concours kiné ait lieu simultanément partout en France.
Au-delà de cela, on constate qu’à La Réunion l’égalité des chances n’est pas la même pour tous les étudiants. En effet, on voit une disparité de l’accessibilité à l’enseignement supérieur selon les régions de l’île. Certaines régions n’offrent que très peu de formations ou des formations incomplètes. Beaucoup de jeunes réunionnais renoncent ainsi à leurs études faute de moyens financiers suffisants pour s’installer dans le nord, région qui offre le plus de formations.
On constate également que l’égalité des chances n’est pas la même selon la situation sociale des familles. Les enfants issus de milieux favorisés ont plus de moyens pour réussir. Il devient urgent de reconnaitre le statut social de l’étudiant afin que chaque étudiant quelque soit la situation sociale de ses parents puisse avoir une aide suffisante pour la réussite de ses études.

C’est pour cela qu’il est urgent :
• D’accentuer les relations entre le monde universitaire et le monde socio-économique.
• De développer les filières créatrices d’emplois et adapter les formations.
• D’adapter le nombre de postes aux concours en fonction des besoins réels de notre l’île.
• D’uniformiser la date des concours qualifiants afin que tous les Français aient les mêmes chances de réussite.
• D’attribuer une allocation d’autonomie à tous les jeunes en formation


II– L’école, base de toute insertion professionnelle
Le plus souvent à niveau de qualification égale le métropolitain arrive toujours devant le réunionnais. On remarque que ce qui fait la différence ce sont l’audace et l’aisance. Le Réunionnais est par son histoire beaucoup plus timide et discret que les jeunes métropolitains et se heurte à la barrière du créole.
Au-delà du fait que bon nombre d’enseignants ignore la culture réunionnaise, le peu de jeunes réunionnais qui osent prendre la parole et s’exprimer le font dans leur langue maternelle (le créole) et sont de suite réprimandées ou marginalisées à cause du créole.
Or, on l’a vu avec l’enseignement du français en milieu créolophone EFMC et plus encore avec l’enseignement de la langue et de la culture régionale LCR dans des classes pilotes un meilleur apprentissage et une meilleure maîtrise de la langue française.
L’enfant réunionnais a pour langue maternelle, celle de son environnement familiale, le créole. Le créole est la langue qu’il acquiert en premier et reste celle qu’il utilise lors de relation et d’interaction verbales.
Mais il est vrai que dès son plus jeune âge, l’enfant est en contact avec la langue nationale par le biais de la télévision et les médias. Il en résulte bien souvent une interférence entre les deux langues lorsque l’enfant s’exprime aussi bien à l’oral qu’à l’écrit.
Par exemple : « Il eseya de tire le vélo » -faux ami tirer créole diffère de tirer français.
Les exemples sont hélas trop nombreux. La présence de ces erreurs légitime la prise en compte du créole dans l’enseignement du français.
Cette situation de diglossie, où la langue créole est trop souvent méprisée au sein de la classe, entraîne une incompréhension mutuelle entre l’enseignant et l’enfant qui s’exprime.
Par exemple : « À des enfants qui déclarent, lors d’une activité de biologie : - « l’oiseau l’a boire », une enseignante apporte la correction suivante : - « Non ! l’oiseau pépie ! ». Elle a, à son tour, effectué un rapprochement phonologique du créole au français. L’énoncé « l’oiseau l’a boire » est perçu « l’oiseau aboie » puis corrigé « l’oiseau pépie » ».
Extrait d’un rapport "LE CRÉOLE À L’ECOLE" par Marie-Josée Hubert Delisle, inspectrice de l’éducation nationale, membre du conseil académique en ligne sur le site internet de l’académie de La Réunion.
« Si lorsque l’enfant s’exprime en créole, l’enseignant ne fait pas preuve à ce moment-là d’indulgence, de bienveillance et de ménagement, mais de suspicion, d’une trop grande exigence voire de mépris. Par conséquence la communication sera rompue. L’enfant n’osera plus s’exprimer alors que l’on sait que l’enseignement et les apprentissages de toutes les matières s’appuient essentiellement sur l’interaction et la relation verbales. Faut-il commencer par le mutisme à l’école ?
La langue créole a été reconnue officiellement comme langue régionale et à ce titre, elle peut être enseignée à l’école. Il ne s’agit pas d’abandonner la langue française mais de s’appuyer sur la langue créole pour une meilleure compréhension lors des échanges au sein de la classe et pour un meilleur apprentissage et une meilleure maîtrise de la langue française.
Il s’agit de mettre l’enfant réunionnais au cœur du système éducatif. Prendre en compte l’enfant, c’est aussi prendre en compte sa culture maternelle et valoriser celle-ci. La culture d’un être humain fait partie intégrante de sa personnalité et de sa dignité. Enseigner sa culture et l’histoire de son île, c’est rendre à l’enfant réunionnais sa dignité et lui permettre de s’ouvrir sur le monde donc à la tolérance.
Pour conclure, il est primordial, pour assurer l’égalité des chances et cela dès le premier âge, d’adapter le système éducatif (les programmes) à la réalité réunionnaise et donc de systématiser l’enseignement de la langue et de la culture réunionnaise à l’école.
D’autre part, l’égalité des chances ne sera pas assurée à l’école, tant que la concentration et la motivation de l’élève réunionnais seront parasitées par les problèmes liés à la situation économique et sociale de sa famille (parents au chômage, revenus en dessous du seuil de pauvreté, conflit familial...). Ces problèmes ne pourront être résolus que par la mise en place d’une véritable politique de développement durable, d’une revalorisation des minimas sociaux et une véritable interaction entre l’« École » et les services sociaux ».

Nous proposons de :
• Donner une part plus importante à l’identité réunionnaise (histoire, culture, langue...) dans les programmes scolaires, pour que les enfants grandissent en étant fier de ce qu’ils sont et non qu’ils en portent les complexes.
• Développer les structures d’accueil social.
• Développer et pérenniser le tissu associatif par la création d’une chambre consulaire des associations.


III– Promotion de la diversité, en s’ouvrant dans notre zone géographique

Véritable fierté de notre île, notre diversité est souvent utilisée comme exemple. Mais notre île ne s’ouvre pas suffisamment à la zone océan Indien. Notre île regorge de jeunes diplômés, nous accueillons la seule université française de la zone océan indien et c’est en ce sens que nous devons améliorer le co-développement avec les pays environnants. Nous devons favoriser la mobilité des jeunes Réunionnais volontaires du progrès dans la zone océan Indien, ce qui leurs permettraient de pouvoir rentrer au pays beaucoup plus souvent qu’a 11.000 km ou plus. La solidarité doit être le fer de lance du développement et de l’épanouissement de la zone océan Indien.

Nous demandons :
• D’améliorer les dispositifs de mobilité par une mobilité choisie avec des perspectives de retour.
• D’ouvrir et développer la mobilité vers la zone océan Indien tout en développant la coopération régionale.
• De faciliter les démarches administratives d’obtention des visas dans la zone océan Indien.


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