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Rien n’est réglé

Aujourd’hui la rentrée

Manuel Marchal / 20 août 2012

À partir d’aujourd’hui, toutes les écoles sont ouvertes. La rentrée a lieu, mais rien n’est réglé. C’est en effet une "rentrée au rabais" qui est imposée aux Réunionnais, avec une dégradation du service public. Il est donc important que se créent les conditions du dialogue pour régler les problèmes qui continuent à se poser.

La rentrée scolaire a fait ressurgir plusieurs problèmes. Elle a tout d’abord rappelé que le service public d’éducation repose d’abord sur des emplois précaires. Sans ces travailleurs à temps partiel payés au SMIC, les écoles ne peuvent pas fonctionner dans des conditions d’hygiène et de sécurité minimales. Sachant que ces travailleurs remplissent des missions permanentes, se pose alors la question de la permanence de leur emploi. Car dans le cadre actuel, c’est l’État qui décide des crédits qui seront alloués à ces emplois.

L’ancien gouvernement avait voté une somme globale pour l’année 2012. C’est ensuite qu’intervient la répartition au travers de deux dotations, une par semestre. Au cours des six premiers mois de l’année, l’ancien gouvernement avait voulu favoriser l’usage massif des emplois aidés quitte à dépasser 50% de l’enveloppe financière prévue pour l’année. C’était la campagne électorale, et les chiffres du chômage sont regardés avec encore plus d’attention. À La Réunion, cette directive a un impact encore plus fort. Tout d’abord parce que les contrats aidés sont pour beaucoup la seule possibilité d’interrompre des périodes de chômage de longue durée. Ensuite, parce que des services publics ne fonctionnent que grâce à des emplois aidés.

À trois jours de la rentrée, il manquait 2.000 emplois

La vague électorale passée, le second semestre est arrivé. Une circulaire adressée aux préfets le 28 juin donne le ton. Le gouvernement a beau avoir changé, la priorité est le respect de l’enveloppe financière. À ce moment, le budget rectificatif n’a pas encore été voté, ce qui implique donc de fonctionner avec les crédits prévus par l’ancien gouvernement.

Le 11 juillet 2012, le ministre des Outre-mer est entendu par la délégation sénatoriale à l’Outre-mer. Il annonce que le gouvernement a décidé d’allouer 50% de contrats supplémentaires en volume, soit 80.000 répartis dans toute la République. Répondant à Michel Vergoz, Victorin Lurel précise ce qui concerne La Réunion. Avec les contrats supplémentaires, les critères retenus par le gouvernement « ont permis d’attribuer 10.020 emplois aidés à La Réunion, en diminution conformément au taux de consommation observé » .

Quand, un mois plus tard les maires ont appris les effectifs qui leur sont attribués par l’État, il était évident que la rentrée ne pourrait pas se faire. Même en redéployant au maximum des agents d’autres services, il manquait plus de 2.000 emplois pour que les écoles puissent ouvrir dans des conditions minimales d’hygiène et de sécurité. Telle était la situation trois jours avant la rentrée.

Un nouveau cadre de discussion

Deux réunions ont eu lieu à la préfecture entre l’Association des maires et le représentant de l’État. Mais Paris n’entendait pas céder. À trois jours de la rentrée, le gouvernement débloquait les crédits supplémentaires pour 900 contrats. Même avec le soutien du Conseil général qui apporte 300 emplois, il en manque encore au moins 700.

L’urgence, c’était de faire la rentrée. Alors malgré toutes ces difficultés, toutes les écoles vont ouvrir aujourd’hui. Mais elles ne pourront pas fonctionner comme habituellement. Le service public sera dégradé, c’est une "rentrée au rabais" qui est imposée aux Réunionnais. Et les problèmes ne sont pas réglés.

Les maires n’ont pas été écoutés alors qu’il y eut deux réunions entre les représentants du peuple et l’État. Autre fait marquant : les tentatives de division du front des maires qui sont tous confrontés à la même crise. Par exemple, dès le début, la commune qui s’illustrait par ses drapeaux noirs sur les écoles pour protester contre les baisses d’effectif sous l’ancien gouvernement n’a pas critiqué Paris, un indicateur du changement ?

Il est urgent que se mette en place un nouveau cadre de discussion pour régler les problèmes. Car dans les semaines qui viennent, des rendez-vous importants vont concerner les relations de La Réunion avec la France : conférence sur l’environnement et la biodiversité, État généraux de la démocratie locale et un peu plus tard, la conférence économique et sociale sur les Outre-mer. La réussite de ces rendez-vous suppose donc un dialogue réussi entre les Réunionnais et le pouvoir.

M.M.


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