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Rien ne peut gommer la responsabilité réunionnaise

Les tentatives de réécrire l’Histoire se heurtent à la réalité

Manuel Marchal / 24 juin 2010

L’ouverture de la route des Tamarins est inscrite dans la mémoire collective des Réunionnais. Ce 23 juin 2009, la vie de notre pays a changé, et personne ne peut plus désormais effacer l’Histoire de notre pays. La route des Tamarins existe parce que Pierre Lagourgue a accepté de remettre en cause son point de vue et d’adhérer au projet de Paul Vergès sur la base d’une analyse à long terme. C’est ainsi qu’a pu être mis sur les rails un projet fondateur de la responsabilité réunionnaise, car financé à 85% par la Région et à 15% par le partenaire qu’est l’Union européenne.

Cela ne fait que peu de temps qu’émerge dans l’Histoire de notre pays l’idée de la responsabilité réunionnaise. Durant la majorité de notre Histoire, c’est tout d’abord l’idée que tous les Réunionnais sont des êtres humains qu’il a fallu faire triompher. C’est ensuite que s’est poursuivie la bataille pour l’égalité. Le 19 mars 1946, les Réunionnais ont en effet arraché le droit de bénéficier d’une des législations sociales les plus avancées du monde à partir de 1947, mais il a fallu batailler durant 50 ans pour qu’enfin s’applique l’égalité sociale.
Très rapidement, il est apparu que cette égalité devait s’accompagner de la prise en compte de l’existence du peuple réunionnais, et donc de l’exercice d’une responsabilité réunionnaise qui doit être respectée. C’est en 1959 que cette aspiration à la responsabilité réunionnaise s’est exprimée sous la forme de la création d’une organisation politique : le Parti communiste réunionnais.
Depuis 1959, un nombre croissant de Réunionnais constate que la réalité impose la prise en compte du contexte réunionnais et des propositions réunionnaises pour gagner la bataille du développement. Et avec l’arrivée à la direction de la Région de Paul Vergès, cette responsabilité réunionnaise a vu sa concrétisation s’accélérer.

Adhésion à un projet réunionnais

Quand en 1999 Paul Vergès fixe l’objectif de l’autonomie énergétique en 2025, il agit en Réunionnais qui prend ses responsabilités et qui n’attend pas que l’inspiration arrive de Paris. Depuis lors, notre île a créé des moyens et des outils pour concrétiser cette volonté politique. Cela a donné lieu à de nombreuses récompenses et reconnaissances au plus haut niveau. Car un des résultats concrets, c’est que La Réunion a plus de 20 ans d’avance sur l’Europe en matière d’atténuation du changement climatique grâce à l’utilisation des énergies renouvelables.
La route des Tamarins est un autre exemple de cette responsabilité réunionnaise. Alors que l’administration parisienne prévoyait une autoroute de l’Ouest par les bas, des Réunionnais se sont levés pour défendre une proposition réunionnaise visant à répondre aux intérêts spécifiques de notre pays. Il s’agissait d’anticiper les effets de l’augmentation de la population, et de préserver les atouts du littoral Ouest, et non pas se contenter de faire une route qui relie un point à un autre. Après s’être opposé à ce tracé par les bas, Paul Vergès a pu faire inscrire ce projet au débat grâce à l’attitude de Pierre Lagourgue. Bien que souhaitant la construction de la route proposée par les services de l’État, l’ancien président de la Région a accepté de débattre et de remettre en cause son point de vue. Il en a résulté son adhésion à un projet porté par la responsabilité réunionnaise.

La « route en balcon »  ?

Quand est venu le moment de la réalisation, l’État n’a pas voulu accompagner financièrement la construction de la route des Tamarins. Mais cela n’a pas empêché que ce chantier aboutisse. La Région a réussi à financer 85% de cet ouvrage, et un partenariat avec l’Europe a permis de compléter les 15% restant par les fonds européens. La qualité de ce projet réunionnais et la prise de responsabilité des Réunionnais dans son financement ont été telles que l’Europe a accepté que son plus gros investissement routier se situe à La Réunion.
La réussite de la route des Tamarins a d’ailleurs déclenché la dynamique aboutissant au Protocole de Matignon. Et contrairement à la route des Tamarins, l’État a cette fois-ci accepté d’être un partenaire financier de deux investissements représentants plus de 2 milliards d’euros : le tram-train et la nouvelle route du littoral. Cela, c’est le travail de la responsabilité réunionnaise.
Mais même au 21ème siècle, cette responsabilité réunionnaise est toujours combattue. Cela se remarque dans la sémantique employée hier à l’occasion de la « commémoration » de l’ouverture de la route. Ainsi chacun a pu constater la volonté de gommer cette responsabilité réunionnaise en mettant en avant « la route balcon » plutôt que la route des Tamarins, en parlant de « l’inauguration de la route en présence du Premier ministre » plutôt que de l’ouverture de la route des Tamarins par Paul Vergès, ou bien en occultant totalement le fait que la route des Tamarins ait été financée à 85% par la Région, uniquement sur la base d’un fonds routier où le taux des taxes n’a jamais augmenté depuis plus de 10 ans.
Mais inscrite durablement dans le paysage, la route des Tamarins est l’illustration de cette responsabilité réunionnaise, que rien ne peut plus désormais effacer.

Manuel Marchal


« Financée en partie, en grande partie par les fonds européens »

Hier à la Ravine Tabac, le sous-préfet de Saint-Paul a rappelé combien il était concerné par les embouteillages quotidiens dans l’Ouest à l’époque d’avant la route des Tamarins. Cette ancienneté dans notre île ne lui a pas permis d’éviter un oubli dans son discours. Soutenant que l’État a été le premier maître d’ouvrage de la route des Tamarins, avant de déléguer progressivement cette compétence à la Région, le représentant de l’État a affirmé que la route des Tamarins a été « financée en partie, en grande partie par les fonds européens », tout en passant sous silence le fait que la Région a payé 85% de la route des Tamarins. Gageons que lors de la "commémoration du premier anniversaire de l’inauguration de la route des Tamarins en présence du Premier ministre", pareil oubli sera réparé.


Route du littoral : Didier Robert annonce un premier retard de deux mois

Lors de sa visite dans notre île, la ministre de l’Outre-mer avait annoncé le 20 mai la signature d’un avenant au Protocole de Matignon afin d’acter la réorientation des crédits d’État destinés au tram-train sur les projets présentés par Didier Robert, à condition que ces derniers s’inscrivent dans le Grenelle de l’Environnement.
Marie-Luce Penchard avait annoncé cette signature avant l’été. En France, l’été commence le 21 juin. Hier, nous étions le 23 juin, et rien n’a encore été signé. Cela a été confirmé par Didier Robert, qui a annoncé la signature de cet avenant d’ici fin août. Cela fait donc un retard de plus de deux mois pour la nouvelle route du littoral à six voies et tous les autres projets que le nouveau président de Région comptait financer avec les engagements obtenus par son prédécesseur.


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