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Rigueur ou redressement ? Les mots pour le dire

Crise économique

Geoffroy Géraud-Legros / 26 juin 2012

A l’ombre d’un couple franco-allemand dominé par Berlin, le gouvernement mettra-t-il la justice sociale à l’ordre du jour des orientations budgétaires ?

Rigueur, austérité : de 2008 jusqu’à leur départ du pouvoir, Nicolas Sarkozy et le gouvernement Fillon auront refusé de prononcer ces mots fatidiques, tout en mettant en œuvre une série de mesures évidemment destinées à réduire la dépense sociale. Dans la pratique, ces programmes de coupes qui ne disent pas leur nom ont, comme toutes les mesures de ce type mises en œuvre depuis la fin des années 1970, pesé sur les couches populaires et les couches moyennes. Dans le même temps, les grands établissements de banque et d’assurance, responsables de la crise par leur politique de spéculation et la production de produits financiers dangereux, ont bénéficié de mesures d’aides exceptionnelles accordées par les États, et financées par le recours à l’impôt.

Exigences allemandes

Les citoyens d’Europe et d’Amérique du Nord ont donc financé la reprise d’activité et les bénéfices continus du secteur banque-assurance. La montée du mécontentement généré par ce creusement des inégalités a affecté le paysage politique européen, suscitant des mouvements de contestation dans les pays les plus touchés par la crise. En France, le Parti socialiste, principale force d’alternance, a adopté durant la campagne électorale le mot d’ordre de la « croissance », dénonçant « l’austérité » mise en place par le gouvernement de droite. Mais de quelle croissance s’agit-il, et comment rendre possible la relance par la consommation, dans un contexte où la toute-puissante Allemagne exige, contre tout semblant d’avancée, un redoublement de « discipline » dans les comptes publics. Préférant un accord avec Mme Merkel à une redéfinition complète du système, François Hollande s’est donc mis en situation de devoir satisfaire les exigences posées par Berlin.

L’austérité : rupture annoncée…

Les nouvelles orientations économiques, matérialisées par les choix budgétaires imminents, seront donc dominées par cette obligation. Objectif : atteindre l’équilibre en 2017 et, dans l’immédiat, ramener le déficit à 3% du PIB à l’horizon 2013. Des « économies » estimées à la somme faramineuse de 50 milliards d’euros pour l’ensemble du quinquennat. Question : comment donner corps aux promesses de « justice sociale », dans un rapport de force consenti, dominé par les contraintes néo-libérales imposées par la Commission européenne et par la droite allemande ? Âpre critique de la politique de l’ancien gouvernement, Jean-Marc Ayrault prône aujourd’hui un « effort partagé et juste » de maîtrise de la dépense. Néanmoins, les pistes d’ores et déjà explorées par le gouvernement laissent présager que c’est, une fois encore, le secteur social qui fera les frais des « économies » engagées par le “Collectif budgétaire” qui sera présenté le 4 juillet prochain.

… ou effet d’annonce ?

Fondées sur un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) hérité de l’ère Fillon et sur une enquête de la très contestée Fondation Terra-Nova — une officine intellectuelle qui incarne la tendance « droitière » du Parti socialiste —, les mesures adoptées par l’équipe de Jean-Marc Ayrault risquent, comme à l’accoutumée, de porter sur le déremboursement des médicaments, la réduction des budgets des collectivités locales. Ces dernières, traditionnellement suspectées de tous les maux par les rapports d’expertises quasi identiques parus ces dernières années, encourent des coupes renouvelées dans des budgets pourtant déjà bien mis à mal par des restrictions répétées et la chute de la banque Dexia. Les dépenses dites de personnel de l’État sont elles aussi dans le collimateur. L’exercice sera là encore particulièrement périlleux pour François Hollande, qui devra concilier, d’une part, un engagement de campagne, la création de 65.000 postes dans les forces de l’ordre, l’enseignement et la Justice et, d’autre part, l’annonce d’une stabilité des effectifs de la fonction publique à l’issue de son mandat. En clair, les autres secteurs d’activité paieront dans leurs effectifs la croissance annoncée des postes dans les trois secteurs précités. « Gabegie », « dégraissages », « serrer la ceinture », « mettre au régime » : le langage des débats autour des orientations budgétaires ressemble à s’y méprendre à celui de l’omniprésente « rigueur » des années précédentes. Un terme toujours banni par les porte-parole de l’exécutif qui lui préfèrent celui de « redressement ». La « croissance » est de son côté toujours à l’ordre du jour ; elle est même le thème annoncé du Sommet européen qui se tiendra les 28 et 29 juin prochains. Pourtant, rien n’indique un fléchissement de la position allemande à laquelle le Premier ministre vient de faire une concession de taille, en déclarant qu’un contrôle de la Banque centrale européenne (BCE) n’était pas à l’ordre du jour. La croissance et la justice ne seront-elles qu’une affaire de mots ? Sans préjuger des décisions à venir de l’exécutif, on peut d’ores et déjà s’interroger quant à la portée réelle de la rupture annoncée avec la politique de « rigueur » imposée sans être avouée par le gouvernement sortant…

Geoffroy Géraud Legros

Députés socialistes de La Réunion : quelle attitude ?

Peut-on faire reconnaître les spécificités de La Réunion tout en étant soumis à une Direction nationale centralisée ? Les candidats(es) socialistes à l’élection législative ont régulièrement été interrogés sur cette apparente contradiction. Evasives ou franches, les réponses convergent — on pouvait s’y attendre — en direction d’une vigilance particulière portée aux intérêts de notre pays. La déclaration la plus tranchée est venue de Monique Orphé, candidate de la 6ème circonscription, qui a refusé par avance le rôle de « députée béni oui-oui ». Les annonces répétées de restrictions budgétaires à venir, dont rien ne dit qu’elles épargneront les Outre-mer, interrogent déjà l’attitude qu’adopteront les 5 députés socialistes. Prôneront-ils, le cas échéant, les mesures nécessaires pour que La Réunion, déjà en état de sinistre économique et social, soit épargnée par d’éventuelles mesures d’austérité ? Force est de constater que pour l’heure, aucun élément de précision n’a encore filtré des rangs des socialistes réunionnais, pour l’instant occupés, tel M. Vlody, à visiter les bâtiments de l’Assemblée nationale et à y rechercher leurs marques.


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