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Route du littoral de Didier Robert : un projet sans fondement

Dossier vide pour une impasse budgétaire

Céline Tabou / 29 avril 2011

Hier à la séance plénière de la Région, les élus de l’Alliance ont exposé les raisons pour lesquelles le projet de la nouvelle route du littoral proposé par l’UMP, sous la houlette de Didier Robert, n’est pas envisageable en l’état. Le dossier est d’ailleurs tellement vide qu’il n’a pas été soumis au vote.

Route du littoral : contrairement à ce qui était indiqué dans le rapport, Didier Robert a refusé de faire voter le rapport qu’il a pourtant lui-même présenté. En effet, le dossier ne tient pas la route à un point tel qu’il n’a pas été jugé suffisamment mûr pour être soumis au vote. Dans le document remis aux élus, il était pourtant stipulé ceci, sous la signature du président de la Région : « après avoir pris connaissance de ces éléments d’information relatifs à l’avancement du projet de nouvelle route du littoral, je vous prie de bien vouloir adopter les termes du présent rapport. Je vous prie de bien vouloir en délibérer ». Voilà en tout cas qui apporte un élément de réponse à un de nos confrères qui titrait hier matin : « La nouvelle route se fera-t-elle ? ».
Après la lecture des motions, l’essentiel des débats a porté sur le projet pharaonique de Didier Robert qui devait logiquement être soumis aux voix.
Répondant à la question de Didier Robert, « voulez-vous, oui ou non, une route du littoral ? », Michel Lagourgue appuyé par les élus de l’Alliance présents ont attesté leur souhait d’une route du littoral, « mais pas le projet proposé qui ne prend pas en compte les contraintes budgétaires, environnementales et les facteurs de risques climatiques ». En l’absence de Programme pluriannuel d’investissement, les élus de l’Alliance n’ont pu avoir une idée précise de l’investissement engagé par la majorité qu’au travers des médias. Cependant, « à un mois et demi du rendu de l’avant-projet, des problèmes persistent, parmi eux l’environnement, les aspects techniques et le coût de la route », a indiqué Michel Lagourgue.

Le risque zéro n’existe pas

En dépit des affirmations des experts ayant travaillé sur l’actuel projet de nouvelle route du littoral, « les actualités et notamment évènements climatiques, nous montre à quel point le risque zéro n’existe pas. Nous craignons la minimisation des changements climatiques de la part des experts à La Réunion ». En effet, en dépit des expertises faites, sans besoin de rappeler les conséquences de Xynthia en France, où des milliers de personnes ont tout perdu suite aux avis favorables des experts pour la construction d’habitations dans des zones, aujourd’hui inhabitables et sujettes à risque en cas de nouvelle catastrophe naturelle.
« Un ouvrage de telle ampleur avec un coût élevé doit prendre en compte les risques climatiques, mais doit aussi porter attention à la barrière de corail qui se trouve à La Possession. Selon ce que nous avons entendu, le viaduc envisagé ne devrait pas abîmer le corail, mais combien cela va-t-il coûter ? Car il faudra tenir compte de l’autorité en charge des problèmes environnementaux, ce qui va bousculer le calendrier et à terme coûter à la collectivité », a précisé Michel Lagourgue.

L’absence de bande d’arrêt d’urgence reste problématique

L’élu a pointé du doigt l’absence de bande d’arrêt d’urgence (BAU) qui retarderont ou rendront impossible le travail des secours ou de la DDE en cas d’accident ou d’encombrement, « les autorités ne pourront pas résoudre rapidement de tels problèmes de circulation, car dans tous les cas, une voie devra être à l’arrêt complet pour résoudre les problèmes ».
De plus, la réalisation de cette voie demandera des matériaux supplémentaires afin de doubler les pylônes, « il faudra également aménager les entrées et sorties des villes, qui restent encore inadaptées à un tel projet. En effet, nous passerons de six voies à deux voies à l’entrée de Saint-Denis, les embouteillages que cela va créer seront pires que ceux que vivent les Réunionnais actuellement ».
Face à ce nouveau projet de route du littoral, trop de questions restent en suspens. En effet, les experts et la majorité se demandent encore s’il faut « deux grands viaducs en mer (d’environ 5 et 3 kilomètres), l’autre un seul grand viaduc d’environ 5 kilomètres côté Saint-Denis–Grande Chaloupe », a indiqué le dossier de présentation de la Région pour les “Changements sur la Nouvelle Route du Littoral”. Alors que la majorité doit rendre un avant-projet d’ici un mois et demi, de nombreuses interrogations techniques et scientifiques persistent. D’autant plus que le projet de site propre envisagé et évoqué par les experts de la Région, devrait servir aux 2.000 bus promis et « peut-être à une voie ferrée ». Les experts affirment que cette voie pourra également servir aux secours et techniciens de la route en cas de problème.

Une impasse budgétaire

« On nous avait indiqué un budget global de 1,6 milliard d’euros, mais avec les surcoûts, l’inflation, les retards de réalisation, et les aménagements des entrées et sorties des villes, ce budget va vite être dépassé ». Le protocole de Matignon, appelé Matignon I, prévoyait une prise en charge à 60% par l’État en cas de surcoût quelque soit le montant de ce dépassement budgétaire, ce n’est plus le cas dans le nouveau projet qui désengage l’État dans ce domaine. Selon les élus de l’opposition, le coût réel de la nouvelle route du littoral devrait être de 2,2 milliards d’euros, « on est loin des 1 milliard 690 millions d’euros » évoqués par Didier Robert.

Céline Tabou


Michel Vergoz à l’UMP : « si les idées du PS seront portées par vous, je m’en réjouis »

Face à ces débats, Michel Vergoz, élu du Parti socialiste a indiqué « je parle au nom du Parti socialiste et m’associe » aux projets de Didier Robert, tout en lui demandant d’agir « action, action, action, si les idées du PS seront portées par vous, je m’en réjouis ». À cette nouvelle route du littoral, l’élu PS s’est dit favorable à l’ouvrage, et n’a pas tenu à contester l’absence de PPI, de ligne budgétaire et de contraintes environnementales et techniques, préférant « travailler pour les Réunionnais, nous voulons que les projets avancent ».


Didier Robert félicite le PS

Dans sa conclusion, le président UMP de la Région a répondu au chef de file des élus PS. Didier Robert a tenu à saluer le « positionnement consensuel et très favorable donné à la route du littoral par le Parti socialiste et la majorité. Je me félicite de l’équilibre trouvé entre la capacité financière et les contraintes écologiques ».
Quand on se souvient que Michel Vergoz a mené les manifestations contre la route des Tamarins et l’opposition au tram-train et lorsque l’on constate le soutien apporté par Michel Vergoz au projet de route du littoral, on ne peut que constater la connivence entre le représentant des élus PS et la majorité UMP.


Un PPI inexistant

Les élus de l’Alliance ont interpellé à de nombreuses reprises le président de la Région sur les promesses non tenues de fournir à l’opposition le Plan pluriannuel d’investissent (PPI). Philippe Jean-Pierre a à de nombreuses reprises demandé à recevoir ce PPI, car « essentiel à la relance économique de La Réunion, depuis l’arrêt des grands chantiers ».
André Thien Ah Koon a pointé le premier du doigt l’opacité de la majorité à ne pas fournir les procès-verbaux des commissions et des différents documents administratifs permettant le travail de chacun. Ce dernier a également mis en avant l’entrave au bon fonctionnement de l’institution par Didier Robert, « est-ce légal que les conseillers régionaux n’aient pas accès aux procès-verbaux et au PPI ? ».
Dans sa suite, Camille Sudre a demandé à plusieurs reprises au président, le Programme pluriannuel d’investissement afin de statuer et de travailler pour les Réunionnais. Face à ces demandes, Didier Robert n’a pas tenu à dire s’il fournira ou non le PPI et a balayé d’un revers de main les interpellations des différents élus de l’Alliance.


Plusieurs millions déjà détournés de l’investissement

Le Conseil économique, social et environnemental régional (CESER) a pointé du doigt « le virement de crédit de la section d’investissement vers la section de fonctionnement, bien que minime (3.447.000 euros), constitue un signal négatif. Il souhaite que la part de la section d’investissement du budget primitif 2011 soit au minimum maintenue dans tous les documents budgétaires ».
Face à cette notation, Camille Sudre a rappelé qu’« administrativement, il s’agit d’une dérive de gestion » de la part de la majorité régionale. La seconde inquiétude du CESER porte sur « l’ouverture d’une capacité d’engagement de 2.500.000 d’euros pour des dépenses imprévues », l’organisme a qualifié ce recours à « un élément de souplesse pour le budget de la Région » quant à l’élu de l’Alliance, il a parlé de « caisse noire ».


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