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Route du littoral : qui paiera le surcoût ?

Basculement des eaux : un surcoût de 62% prévisible pour un chantier aussi risqué

Manuel Marchal / 27 mai 2011

À La Réunion, la région la plus peuplée est aussi celle qui est la plus sèche. C’est également dans cette région que se situe le plus fort potentiel de développement pour l’agriculture. Le problème de l’approvisionnement en eau est donc posé depuis des décennies, et la réponse choisie voici plus de 20 ans commence à aboutir aujourd’hui, mais à un prix bien plus élevé que prévu. C’est la conséquence du choix d’une solution technique très risquée par ceux qui sont aujourd’hui l’UMP. Alors, comment croire qu’il n’y aura aucun dépassement de crédit pour la route du Littoral version UMP ?

C’est l’Ouest qui est la région la moins arrosée de notre île. Par rapport à l’Est du pays, la différence est flagrante. Comment alors faire pour que l’eau qui tombe en abondance dans notre île puisse être le mieux partagée ? Cette idée d’un basculement des eaux de l’Est vers l’Ouest avait été déjà envisagée par le Docteur Raymond Vergès. Il avait proposé de construire des canalisations pour dévier une partie de l’eau de la rivière de l’Est vers l’Ouest.
Mais Paris avait d’autres projets pour ce cours d’eau et décide la construction de la centrale hydroélectrique de Sainte-Rose. L’eau est puisée pour être stockée dans des réservoirs avant d’être précipitée sur une turbine puis jetée à la mer après ce simple usage. Tous les mois, ce sont donc entre 14 et 16 millions de mètres cubes d’eau qui sont perdus. Les périodes de sécheresse dans le Nord et l’Est ont d’ailleurs relancé cette idée d’irrigation par la rivière de l’Est, car, selon les estimations de la Chambre d’agriculture, l’eau prélevée pourrait irriguer 8.000 hectares.

Un chantier bloqué pendant des années

C’est vers un autre choix que se sont tournés ceux qui avaient la responsabilité de décider. Plutôt que d’utiliser la ressource de la rivière de l’Est, c’est le percement de galeries dans la montagne pour faire venir de l’Est l’eau destinée à irriguer l’Ouest. Cette décision est prise par la majorité conservatrice qui dirigeait alors le Conseil général. L’Union européenne donne son accord pour co-financer ce qui est présenté comme le chantier du siècle à La Réunion.
La première phase des travaux vise à dévier une partie de l’eau qui alimente la nappe phréatique de la plaine des Galets pour l’affecter à l’irrigation de l’Ouest. L’eau est prise dans deux cours d’eau situés dans le Cirque de Mafate : la rivière des Galets et le bras de Sainte-Suzanne.
Cette opération est achevée sans trop de retard sur le calendrier prévu et permet la mise en eau des premiers secteurs irrigués. Mais c’est dans le percement des galeries de Salazie que la catastrophe se produit. Une étude du BRGM indiquait que le massif à percer pouvait contenir des nappes perchées. Faisant fi des recommandations, l’équipe alors en place au Conseil général décida de foncer et ce fut l’impasse. 9 octobre 2001, le tunnelier perça une nappe perchée, le chantier est bloqué pendant des années, alors que 4.000 litres d’eau par seconde partaient dans la nature. Il avait fallu attendre 15 mois d’arrêt pour que Jean-Luc Poudroux, président du Conseil général, demande au gouvernement de nommer un expert chargé de préconiser des solutions pour la poursuite des travaux. Michel Mermet, ingénieur général des Ouvrages d’art, est mandaté. 29 mois après l’arrêt du chantier, il rend ses conclusions, et ces dernières sont extrêmement prudentes quant à l’éventuel achèvement du creusement des galeries. Il préconisait de faire des sondages, un aspect apparemment négligé par l’équipe aux manettes au Palais de la Source.

Et la route du Littoral version UMP ?

Une solution finit par être trouvée, et le chantier trouve aujourd’hui son aboutissement avec 10 ans de retard sur la date prévue. À ces délais rallongés s’ajoute un surcoût de 400 millions d’euros, soit 62% du coût prévisionnel des travaux.
C’est le prix d’un impondérable qui est lié au choix de ce type d’infrastructure pour irriguer l’Ouest en prenant les eaux de l’Est.
Quand aujourd’hui l’UMP annonce que le prix de sa route du Littoral ne dépassera pas le coût prévisionnel, le précédent du chantier du Basculement des eaux montre le contraire. Et cela d’autant plus que pour la construction d’une route à six voies au dessus de l’océan, les aléas ne sont pas uniquement liés au choix du tracé. Le prix final dépend en effet du coût des matériaux. C’est la brusque inflation de ce poste qui explique le surcoût de la route des Tamarins. Ce qui laisse à penser que si jamais le chantier de la route du Littoral version UMP est lancé, il cumulera les aléas de celui du Basculement des eaux quant à la solution technique choisie, et de celui de la route des Tamarins quant à celui du prix des matériaux.
Autant d’aléas qui augmenteront la facture, et qui devront être pris en charge intégralement par la Région, c’est-à-dire tous les Réunionnais, même ceux qui n’utiliseront jamais cette route.

Manuel Marchal



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  • Le projet de la nouvelle route du littoral est dèja dans une phase décisive de lancement, cependant on constate que des chantiers sont toujours en stagnation. Chercher en vain la relance économique à travers de nouvelle insfrastructure qui attirera des entreprises étrangères au détriment des petites entreprises reunionnaise, alourdir la balance des paiements du département ainsi que la dette publique, et prouver que l’on est aussi capable que son prédécesseur forme le boulet qui justifie la vitesse de croisière du pont de la rivière sainte-Etienne

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