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Route en mer : Didier Robert manœuvre en reculant

La Région Réunion sous la contrainte de la pression populaire et judiciaire

Manuel Marchal / 17 juin 2015

Le président de la Région a concédé un recul suite à la pression populaire, mais il n’a pas abandonné son objectif. Il manœuvre pour continuer son projet de route en mer. Le rassemblement pour une alternative au projet Robert sort renforcé avec cette victoire.

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Une partie de la foule présente le 7 juin dernier pour s’opposer à l’ouverture d’une carrière à Bois-Blanc.

Quelques semaines après son élection, Didier Robert a annoncé l’arrêt de deux grands projets porteurs de plusieurs milliers d’emplois pour le BTP : le tram-train et la route du littoral. À la place, il a obtenu de Sarkozy le transfert des fonds prévus pour construire le train pour une route en mer. C’est un projet de 12 kilomètres, nécessitant 18 millions de mètres cubes de matériaux.

Ces décisions ont suscité une forte opposition autour de l’Alliance. Le rassemblement s’est élargi dans la société civile avec l’association ATR-FNAUT, ainsi que des associations de protection de l’environnement, comme France Nature Environnement.
Depuis le départ, le projet a bénéficié du soutien du gouvernement. L’alternance en 2012 n’a pas changé l’attitude du pouvoir. Le Conseil national pour la protection de la nature a voté à l’unanimité contre le projet de route en mer, le gouvernement socialiste a donné les dérogations nécessaires à la poursuite du projet. La semaine dernière, le Premier ministre ainsi que Gilbert Annette, chef de file des socialistes aux Régionales, ont encore affirmé que ce projet est un chantier qu’ils soutiennent.

Les opposants ont eu raison

Malgré la puissance de feu des institutions, la mobilisation commence à porter ses fruits. Les résultats donnent raison à ceux qui se battent depuis des années pour l’alternative à la route en mer. Outre de nombreux recours contre le tracé et la déclaration d’utilité publique donnée par l’État, le combat s’est élargi à toute La Réunion car se pose la question des matériaux. Elle n’était pas résolue au moment où des galets ont commencé à être jetés à la mer. C’est pourquoi l’an dernier, l’ancien préfet de La Réunion a pris un arrêté pour l’ouverture de nouvelles carrières. Le Conseil d’État a été saisi, la mobilisation s’est organisée contre l’ouverture de ces mines de galets. Le 7 juin dernier, plus de 4.500 personnes ont manifesté contre le projet de la carrière de Bois-Blanc. Quelques jours plus tôt, le rapporteur public du Conseil d’État avait recommandé la suspension de l’arrêté préfectoral ouvrant de nouvelles carrières. Autrement dit, la mobilisation populaire et la pression de la justice ont fait capoter le passage en force tenté par la Région Réunion.

La résistance doit continuer

Didier Robert a alors tenté de manœuvrer. Il a reçu lundi des opposants à la carrière de Bois-Blanc et il a demandé la suspension du nouveau plan départemental des carrières. Il tente donc de charger l’État qui ne fait que mettre en œuvre des décisions découlant de la volonté de la Région Réunion de pousser le chantier de la route en mer coûte que coûte. Ce recul est une première victoire, mais le combat est loin d’être terminé. En effet, la Région Réunion ne cache pas son intention de poursuivre le projet de la route en mer. C’est ainsi que des tonnes de galets sont prélevés en bordure des champs de canne alors que La Réunion est une île qui peut subir des pluies torrentielles. De plus, la Région compte exploiter de nouvelles carrières pour continuer à jeter des galets dans la mer.

Ce recul ne change donc pas l’objectif essentiel de la majorité régionale : continuer un projet qui est une catastrophe économique et environnementale.
Fort de cette première victoire, le rassemblement pour une alternative à la route en mer va sans doute se renforcer pour faire face aux manœuvres de Didier Robert.


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