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Route en mer : l’Alliance demande à la Région de dire la vérité

Importation de matériaux de Madagascar ?

Témoignages.re / 13 mai 2015

L’Alliance demande à la Région Réunion de ne rien cacher sur l’importation de matériaux indispensables au lancement du chantier de la route en mer. Entre autres questions, l’Alliance demande si 3,8 millions de tonnes de roches devront-elles être extraites de Madagascar. « La Région et les services de l’Etat doivent faire toute la transparence sur ce dossier », écrit l’Alliance dans un communiqué diffusé hier à la presse :

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Travaux de préparation d’un chantier de route en mer dans une île sur la trajectoire des cyclones.

Lors d’une conférence de presse tenue le 23 septembre dernier, Paul Vergès avait révélé que des contacts avaient été établis par des entreprises à Madagascar afin d’importer es matériaux pour le chantier de la route en mer dite « NRL ».

Tout en reconnaissant l’existence de ces contacts, le vice-président du Conseil régional, Dominique Fournel, avait tenu à préciser que la Région avait dit aux entreprises qu’elle ne « souhaitait pas l’importation de matériaux ».

Interrogé ce jour en commission permanente, M. Fournel a confirmé cette position, soulignant notamment l’apport des andains dans l’attente de l’ouverture des carrières, tout en reconnaissant que les entreprises attributaires du marché de la digue prospectent actuellement à Madagascar pour des besoins précis.

Il est en effet question de l’importation de 250 000 tonnes en provenance de Madagascar par les entreprises. M Fournel avait apporté dans la presse certaines précisions sur ce point en expliquant que « l’ouverture des carrières est difficile sur le plan administratif « , et que « la solution la plus intéressante actuellement est de faire venir les matériaux manquants dont les dimensions sont très particulières de Madagascar. ».

Si c’est selon M. Fournel, la « solution plus intéressante actuellement », pourquoi cela ne sera pas le cas demain si les problèmes liés à l’ouverture des carrières persistent ?

Il est bien évident que l’importation de ces 250 000 tonnes est en contradiction avec ce qu’a toujours affirmé la Région et ouvre désormais plus largement la voie au recours à l’importation.

Et pour couronner le tout, une société composée d’un transporteur bien connu, M. Mongin, et du DGS de la commune de l’Etang-Salé, M. Deurveiller, a publiquement annoncé son intérêt pour ce marché de 250 000 tonnes. On ne peut être que surpris de l’attelage d’une société créée par un transporteur routier et le DGS d’une commune pour réaliser une telle opération.

Un marché qui, selon d’autres informations parues ce jour dans la presse, serait de 3,8 millions de tonnes.

Dès lors, des questions se posent :

  • à quel coût se fera l’importation des 250 000 tonnes ? quelles sont les conditions réglementaires et financières imposées par la Région aux entreprises attributaires des chantiers de la NRL concernant l’approvisionnement en matériaux ? La possibilité d’importer est-elle ouverte sans limite aux entreprises attributaires des marchés de la NRL ?
  • Les prospections à Madagascar sont-elles limitées à ces 250 000 tonnes ? Existe-t-il un marché pour l’importation de 3,8 millions de tonnes ?
  • le schéma départemental des carrières qui a été récemment modifié est-il adapté aux réels besoins de la NRL ?
  • qu’a prévu la Région si le schéma départemental des carrières est mis en cause suite aux recours qui ont été introduits devant les juridictions ?
  • quel est l’impact des importations sur le plan de l’environnement ?
  • quel est l’avis de l’Etat et de l’autorité environnementale sur le recours aux importations de matériaux de Madagascar ?

Sur ce plan, il convient de rappeler que dans son avis rendu le 24 juin 2013, le Conseil National de Protection de la Nature avait noté que « le dossier ne fait pas état de la possibilité d’importation de matériaux pour la réalisation des ouvrages en substitution de matériaux non disponibles dans les délais sur l’île. ». Le CNPN ajoutait que « cette option aurait été dans tous les cas à prohiber, en particulier pour le risque majeur d’introduction massive d’espèces exotiques envahissantes ».

La Région et les services de l’Etat doivent faire toute la transparence sur ce dossier.

Nous avons là une nouvelle illustration du caractère atypique, sinon aberrant, du chantier de la route en mer : comment un chantier peut-il être lancé alors même que l’accès à la matière première du chantier, c’est-à-dire aux ressources en matériaux, n’a pas été préalablement pas assuré ?

De deux choses l’une :

  • soit le groupement des entreprises attributaires du marché de la digue agit sans en référer à la Région, ce qui démontre de graves insuffisances au niveau de la maitrise du chantier ;
  • soit la Région sait pertinemment que les entreprises vont devoir recourir à l’importation, et elle a le devoir d’apporter toutes les informations et précisions sur ce point.

En tout état de cause, la Région ne peut pas jouer à « Ponce Pilate » sur le déroulement d’un chantier dont elle est maitre d’ouvrage.

Plus que jamais, la vigilance et l’exigence de transparence s’imposent concernant ce chantier – décidément bien atypique – de la route en mer.


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