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Route en mer : l’heure de vérité

Comment construire une route sans les matériaux ?

Manuel Marchal / 13 mai 2015

Quand Didier Robert a choisi de stopper le tram-train et de remettre en cause le projet Perben de nouvelle route du littoral, il a totalement changé les données. En effet, il a choisi de construire une route plus large, plus éloignée dans la mer, sans possibilité d’utiliser les matériaux extraits de la falaise par la construction du tram-train. Cinq ans après la décision, la question des matériaux n’a toujours aucune solution crédible. Comment peut-on construire une route sans rien ? C’est l’heure de vérité pour la route en mer.

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Où sont les matériaux pour construire tout cela ? 5 ans après la promesse du chantier, toujours pas de réponse... incroyable mais vrai !

Chaque année, plusieurs milliers de logement sont construits à La Réunion. Tous les concepteurs doivent en priorité répondre à une loi de la physique : les matériaux de construction sont-ils disponibles. Il est en effet difficile d’imaginer un promoteur se lancer dans la construction d’une maison en bois sans s’assurer d’avoir au préalable sous la main le volume nécessaire à la réalisation du projet.

Cette simple mesure de bon sens n’a pas été respectée pour la route en mer. C’est pourquoi le projet de Didier Robert vit aujourd’hui son heure de vérité.

En 2007, Paul Vergès obtient de l’État le soutien financier à deux projets : le tram-train et la nouvelle route du littoral. Cette dernière est de la compétence de l’État, qui a donc choisi de construire une route à 4 voies plus éloignée de la falaise que la route actuelle. Les deux chantiers doivent être menés de front, et terminés au plus tard en 2017 pour la NRL. Cette synchronisation doit permettre au chantier de la NRL d’avoir sous la main une quantité importante de matériaux : ce sont les roches extraites de la falaise pour creuser le tunnel du tram-train. Le complément peut alors être assuré par les carrières existantes.

En 2010, Didier Robert stoppe les deux chantiers. Il détourne tout l’argent obtenu par Paul Vergès vers un seul projet : une route en mer à 6 voies. Par rapport au projet Perben de nouvelle route du littoral, la route en mer est plus éloignée du littoral et surtout elle a une chaussée élargie. Cela demande donc une quantité de matériaux plus importante, avec un handicap supplémentaire. En effet, l’arrêt du chantier du tram-train ne permet pas d’utiliser les roches extraites de la falaise toute proche.

Des “solutions“ toujours plus farfelues

Dès l’annonce du projet de Didier Robert, l’Alliance a mis en avant cette question. Des associations, dont ATR-FNAUT, ont aussi mis en avant cet obstacle. Son importance a été reconnue par les promoteurs, car l’ancien préfet avait modifié le plan départemental des carrières pour tenter de trouver de nouvelles ressources. Devant la pénurie, des palliatifs très étonnants ont été annoncés. La Région a ainsi vanté la solution des andains. Des millions de tonnes de roches pourraient ainsi être prélevés dans les champs de cannes !

Des transporteurs peu scrupuleux ont carrément exploité des carrières illégales à La Possession. Ces braconniers n’ont toujours pas été sanctionnés. Quant à la Région, elle a utilisé ces galets.

Mais avec l’approche des élections régionales, la vérité commence à éclater. Au mois de janvier, un premier chargement est venu de Suède, au motif qu’il n’existe pas à La Réunion une qualité de roche indispensable au projet.

Madagascar est un État souverain

Cette semaine, c’est l’aveu de la volonté d’importer au moins 250.000 tonnes de roches de Madagascar. C’est la confirmation d’une révélation faite fin janvier par Paul Vergès. À peine connue, la nouvelle amène une autre information. Selon « le Quotidien » d’hier, il serait nécessaire de faire venir 3,8 millions de tonnes de matériaux de Madagascar. Notre confrère cite également un conseiller économique du gouvernement de la Grande-Île qui rappelle que Madagascar est un État souverain.

Personne ne peut y extraire le moindre kilo de galet sans l’autorisation du gouvernement, et aucune demande n’a été faite pour le projet de la Région, 2.000 permis d’extraction sont en attente. Ce n’est donc pas demain que des bateaux chargés de galets malgaches largueront leur chargement au large des côtes réunionnaises.

Cinq ans après que Didier Robert a promis la route en mer, la question des matériaux nécessaire pour la construire n’est donc toujours pas réglée. Pendant ce temps, des dégâts irréversibles sont commis chaque jour parce que le chantier a été lancé en dépit du vote unanime du Conseil national pour la protection de la nature.
À moins de six mois de la Conférence de Paris sur le climat, la France va-t-elle continuer à se laisser ridiculiser ?


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