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Sarkozy prépare la remise en cause des salaires indexés des fonctionnaires

Selon le candidat UMP, les prix sont 12% plus chers qu’en France, pas 53%

Manuel Marchal / 28 février 2012

En plein débat sur la cherté de la vie, le PCR demande 200 euros pour les plus pauvres, Sarkozy a un autre point de vue. Il annonce des prix 12% plus élevés qu’en France. Après la Cour des comptes qui a remis en cause la défiscalisation, après les multiples rapports parlementaires de Jean Arthuis et Pierre Méhaignerie sur les surrémunérations, Sarkozy annonce que le coup de grâce est proche.

Une semaine après le début des émeutes à La Réunion, Nicolas Sarkozy a donné publiquement son point de vue sur cette question hier à la radio RTL. Invité de la Matinale, le candidat UMP a précisé la date de sa venue dans l’île. Ce sera au mois d’avril. Mais au-delà des hommages de circonstances d’un conservateur aux forces de répression, Sarkozy a précisé quel sera son programme pour l’Outre-mer et notamment La Réunion.
Même en France, personne ne peut nier que les émeutes sont provoquées par des causes profondes, même Sarkozy le reconnaît. Il intègre le chômage comme une des causes, en ressortant son couplet du développement endogène vieux de cinq ans qui a produit les effets que l’on constate aujourd’hui.
L’élément nouveau et essentiel se situe dans son appréciation d’une autre cause de la révolte, celui de la vie chère. Selon le candidat UMP, « les prix sont en moyenne 12% plus chers qu’en métropole ». Autrement dit, il estime que la différence de coût de la vie entre La Réunion et la France se situe à 12%.

Le précédent des retraites

Si le candidat UMP prend la peine de donner son estimation de cherté de la vie à La Réunion, c’est qu’il commence à préparer les esprits à une remise en cause profonde. Actuellement, l’État considère que le niveau des prix à La Réunion justifie une prime de vie chère de 53% pour ses agents. Mais si un président de la République en campagne pour sa réélection affirme que cette différence n’est pas de 53%, mais de 12%, alors il est clair que les revenus des fonctionnaires sont visés.
Car cette déclaration a lieu dans un contexte d’austérité générale en Europe. En Grèce, le gouvernement a baissé les salaires des fonctionnaires pour soi-disant réduire la dette publique. En France, c’est l’offensive générale contre ce que la presse parisienne et les dirigeants des partis appellent là-bas des "niches fiscales". Dans un récent rapport, la Cour des comptes estime que la défiscalisation n’est pas un bon dispositif, alors que c’est là-dessus que repose une grande partie des investissements à La Réunion.
Depuis déjà de nombreuses années, l’UMP lance des éclaireurs à chaque débat parlementaire sur le budget. Jean Arthuis au Sénat et Pierre Méhaignerie à l’Assemblée nationale ont multiplié les rapports appelant à mettre fin à ce qui est jugé comme de coûteuses spécificités ultra-marines.
En 2008, cette offensive a débouché sur une première brèche, avec la fin programmée des pensions surévaluées de 35% pour les fonctionnaires qui perçoivent leur retraite à La Réunion.

Une offensive générale

Cette suppression s’est déroulée bien avant l’aggravation de la crise, et donc des plans de rigueur. Autant dire que pour l’UMP, le moment est venu d’essayer de grappiller les fonds supplémentaires en s’attaquant à la surrémunération. Entre 12% et 53%, il y a une somme considérable que Paris convoite.
Sarkozy prépare la remise en cause des salaires indexés des fonctionnaires, et il ne propose rien pour les plus démunis. C’est donc une offensive générale pour appauvrir encore davantage La Réunion, en visant en premier lieu une catégorie des travailleurs. Car ce qui se passe en Grèce notamment montre qu’après les fonctionnaires, c’est à tous les autres travailleurs qu’une baisse de salaire est imposée.

Manuel Marchal


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