Actualités

Sarkozy-Robert : qu’ont-ils à cacher ?

Geoffroy Géraud-Legros / 26 août 2010

Comme le président de la République, Didier Robert était, il y a peu encore, avide de se faire voir, affectionnant particulièrement les déplacements d’officiels. Comme Nicolas Sarkozy, il est aujourd’hui bien plus discret… pour des raisons à peu près identiques.

La communication et son usage sont l’un des points communs les plus frappants entre Didier Robert, chef de l’UMP-Réunion, et Nicolas Sarkozy, chef de l’UMP-nationale. L’utilisation coûte que coûte des médias, l’omniprésence dans la presse écrite, à la télévision et sur les ondes furent autant de clefs de la réussite électorale du candidat Sarkozy qui, à défaut d’avoir un programme, savait se montrer. Les médias étant empressés à dérouler le tapis rouge à ceux qui savent se montrer « bons clients », nombre d’entre eux firent avec complaisance le jeu du candidat UMP, passé expert dans l’art d’attirer les caméras par la provocation et l’outrance.

La com’ avant le projet : Didier Robert à l’école sarkoziste

À son niveau, Didier Robert a usé d’une stratégie à peu près identique. Sans perspectives (il ne savait pas, quelques jours avant le scrutin, quel mandat abandonner en cas de victoire), dénuée de programme, la tête de liste de “La Réunion en confiance” devait s’agiter devant les caméras pour exister. Une entreprise réalisée avec l’aide des médias publics, courroie de transmission classique des gouvernements français dans l’Outremer.
Comme dans l’Hexagone, le candidat sut faire venir à lui les journalistes. D’abord, en multipliant les promesses faramineuses : ce sont ainsi rien moins que 4 milliards d’investissements pour La Réunion — disparus depuis — qui furent annoncés lors du lancement de la liste Robert le 19 décembre 2009. Dans cette enveloppe, déjà, les fameux 2.000 bus futuristes destinés à sillonner chaque ville, village et écart sur des sites propres flambants neufs.

La démagogie en campagne

Des emplois à gogo, des aéroports en veux-tu en voilà, une route du Littoral tout de suite, et en prime, une voie rapide Saint-Benoît-Saint-Pierre par les Hauts : de quoi en mettre plein la vue aux médias, à la manière des déclarations sur la sécurité retrouvée, le pouvoir d’achat, le “travailler plus pour gagner plus”, qui avaient fait leurs preuves dans la com’ hexagonale.
Surtout, Didier Robert s’est employé à se faire voir en toutes occasions, et à « serrer » de près les visites dans notre île de membres du gouvernement. Nicolas Sarkozy fut particulièrement « collé » lors de la séquence d’inauguration de palmiers au Tampon, devenu exercice d’autopromotion de Didier Robert.

Sarkozy face à son bilan

Enfin, à bonne école sarkoziste, la tête de liste UMP locale ne s’est pas privée de déclarations à l’emporte-pièce pour faire parler de lui… la dernière en date consistant à menacer son prédécesseur Paul Vergès de « poursuites judiciaires ».
En France hexagonale, l’idylle entre Nicolas Sarkozy et les médias semble bien compromise : le président de la République, qui recherchait en permanence la présence de tout ce qui ressemblait de près ou de loin à un journaliste, donne maintenant plutôt des signes d’embarras ou d’agacement en leur présence. La gène ne vient pas seulement des affaires à répétition et des dérives fascisantes de sa politique. Elle est surtout due à un bilan désastreux et à une impopularité qui deviennent de plus en plus difficiles à dissimuler. Et si le chef de l’État trouve toujours des journalistes prêts à lui servir la soupe, les attaques contre Edwy Plenel et “Médiapart”, les limogeages d’humoristes et les pressions sur les faiseurs d’opinion n’en ont pas moins mis fin à la lune de miel. Un comportement au sommet qui rejaillit sur celui des membres du gouvernement en déplacement dans notre île : longtemps férus des clichés folkloristes de visites tropicales que certains médias s’empressaient de leur fournir, les dignitaires souhaitent aujourd’hui plus de discrétion. Ainsi, Georges Tron n’aura concédé que quelques instants à la presse… sans doute parce qu’à l’instar de Luc Chatel, de passage trois jours avant, son séjour avait surtout pour but de coacher l’UMP réunionnaise et d’y faire la police. Des affaires dans lesquelles les gouvernants n’aiment guère voir les journalistes fourrer leur nez.

Didier Robert s’esquive

Et que dire de l’attitude de Didier Robert ! Hier, il sautait dans la voiture d’Yves Jégo, s’asseyait au premier rang face à l’estrade de Nicolas Sarkozy lors du Conseil interministériel de l’outre-mer (CIOM), et tenait presque la main aux ministres et au chef de l’État devant les photographes. Sur le terrain réunionnais, il recherchait les médias en toute occasion. Depuis quelque temps, silence radio : le président de la Région semble avoir bel et bien disparu. Sa tendance affirmée à partir « batt’ carré » tous les quatre matins ne pouvant tout expliquer, nombreux sont ceux qui se demandent où a bien pu passer Didier Robert, qui ne se montre plus qu’en coup de vent, même pendant les visites officielles dont il était autrefois si friand. Yves Mont-Rouge, du “JIR”, rapportait d’ailleurs que l’occupant de la pyramide inversée a dû s’excuser auprès de Luc Chatel pour cette absence persistante, la justifiant par le « travail ». Y aurait-il de l’eau dans le gaz à l’UMP Réunion ? Ou Didier Robert craint-il d’assumer publiquement un bilan qui, après presque 6 mois de pouvoir, ne compte que des démolitions ?

Geoffroy Géraud Legros


Kanalreunion.com