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Scandale politique du siècle

Ordre du jour de la séance plénière du Conseil général décidé à l’Élysée

Manuel Marchal / 10 juin 2010

La Constitution indique que le régime politique est une République décentralisée. Or, le "Journal de l’île" d’hier confirme la recentralisation du pouvoir. C’est l’Élysée qui fixe l’élection d’une nouvelle Commission permanente dans l’ordre du jour de la prochaine séance plénière du Conseil général, décision prise en présence du président du Conseil régional, par ailleurs membre du bureau politique de l’UMP. Cela fait revenir La Réunion au siècle passé, au temps de la répression où régnait le régime de la candidature officielle soutenue par Paris.

Dans son édition d’hier, le "Journal de l’île" publie une interview de la présidente du Conseil général. Il y est écrit que voici deux semaines, Nassimah Dindar a participé à une réunion à l’Élysée en présence de Didier Robert, président de la Région et membre du bureau politique de l’UMP. « Paris m’a effectivement parlé du renouvellement de la Commission permanente », indique la présidente du Département.
Mais là où se situe le scandale du siècle, c’est quand le lecteur apprend que lors de cette réunion, l’Élysée a fixé l’ordre du jour de la séance plénière du 16 juin. Voici en effet les propos de Nassimah Dindar sur cette question reproduits par le "JIR" : « j’ai accepté, comme l’UMP me l’a demandée, d’inscrire à l’ordre du jour de la prochaine séance plénière, qui se déroulera le 16 juin, la question du renouvellement de la Commission permanente ».
Autrement dit, c’est l’Élysée qui a fixé l’ordre du jour de la prochaine séance plénière d’une institution décentralisée de la République élue par les Réunionnais, en présence de Didier Robert, président d’une autre institution décentralisée.

Le retour des candidats officiels

Cette situation est le scandale politique du siècle, car il faut remonter au siècle dernier pour retrouver de tels épisodes. C’était par exemple le cas lors d’une séance du Conseil général en 1958 où Paris a imposé l’inscription à l’ordre du jour la suppression du chemin de fer et la construction de la route du littoral.
Ce type d’ingérence était également monnaie courante au siècle dernier à l’époque du règne des candidats officiels nommés par Paris, et qui devaient leur siège à des fraudes massives couvertes par le pouvoir central.
La lutte menée par les démocrates rassemblés notamment au sein de l’ADÉNOÉ (Association pour le déroulement normal des opérations électorales) avait permis de faire reculer la fraude jusqu’à donner le droit aux Réunionnais d’élire leurs représentants au suffrage universel.
Puis à partir de 1982, les lois de décentralisation allaient faire sortir les assemblées locales de la tutelle du pouvoir central. Depuis lors, ces institutions de la République s’administrent librement, et choisissent donc elles-mêmes leur ordre du jour, tout comme elles prennent librement les décisions qui découlent de leur champ de compétences.
C’est dire si l’ingérence du pouvoir central dans les affaires du Conseil général ramène La Réunion bien loin en arrière. C’est un manque de respect envers les lois de décentralisation, et c’est aussi un manque de respect envers les Réunionnais qui ont élu leurs conseillers généraux au suffrage universel.

Imposer aux Réunionnais le plan de rigueur

Loin d’être un élément isolé, cette intrusion du pouvoir central dans les affaires propres à une collectivité territoriale s’inscrit dans une stratégie d’affrontement institutionnel. L’objectif clairement affiché étant de faire changer la majorité que les Réunionnais se sont choisis. C’est le sens des questions du journaliste du "JIR", et cela est confirmé par cette information donnée par la présidente du Conseil général : « Si Paris et Objectif Réunion ont demandé l’inscription du renouvellement de la Commission permanente à l’ordre du jour de la prochaine session, sans doute se sentent-ils capables de renverser l’actuelle majorité. Eux maîtrisent peut être le vote des conseillers généraux ».
À moins de deux ans d’une élection présidentielle, le pouvoir central tente d’imposer un plan d’austérité. Nul doute qu’avec les deux assemblées sous son contrôle direct, il pourra faire mieux passer ce plan dans notre pays tout en ayant des appuis institutionnels locaux pour améliorer le score désastreux de l’UMP à la présidentielle de 2007. Si ce résultat était obtenu, il signifierait la remise en cause de l’expression du peuple souverain sortie des urnes, et donc un très grave recul de la démocratie dans notre pays.

Manuel Marchal


La tentation du pouvoir absolu

Hier sur Radio-Réunion, Didier Robert s’est attaqué à Nassimah Dindar. Pourquoi ?
Que c’est-il donc passé pour expliquer cette attitude ?
Difficile en tout cas de comprendre, car en 2008, Didier Robert et ses amis ont utilisé à fond les possibilités de création d’emplois du Conseil général pour tenter de garder le pouvoir. Par exemple, trois mois avant les élections, Le Tampon avait obtenu 35% des contrats CUI de l’ensemble de La Réunion [1]. Durant la campagne des municipales, Nassimah Dindar avait fait part de son soutien à de nombreux maires de la famille politique de Didier Robert.
Mais quand elle est réélue à la tête du Conseil général, ce dernier organise la fronde afin de faire tomber la majorité plurielle.
Malgré cela, Nassimah Dindar a soutenu Didier Robert aux régionales de manière publique. Elle s’est en effet engagée à soutenir le candidat de la majorité présidentielle.
Mais moins de trois mois après son élection soutenue par Nassimah Dindar, le président de la Région s’en prend à la présidente du Département.
Cela n’est pas sans rappeler quelques épisodes du parcours politique de Didier Robert. Fait maire par André Thien Ah Koon, il trahit son père politique. Voyant échouer sa stratégie de prise de contrôle du Conseil général en 2008, il appelle à déchirer les cartes UMP avant d’intégrer quelques mois plus tard le Conseil national de cette organisation politique.
Et aujourd’hui, il complote avec ceux qu’il accusait de tous les maux pour renverser la présidence du Conseil général. Derrière les beaux sourires se cache la tentation du pouvoir absolu, c’est l’explication des attaques contre la présidente du Conseil général.

[1("Témoignages" du 25 août 2008)


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