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Silence assourdissant

Retraite à 62 ans

Geoffroy Géraud-Legros / 4 janvier 2011

Alors que l’entrée en vigueur de la réforme des retraites approche, les parlementaires UMP et apparentés de La Réunion demeurent silencieux quant à leur soutien au texte… et à ses conséquences dans notre pays.

Premières victimes : les travailleurs âgés et les jeunes

On sait le tollé et le refus populaire provoqués par cette prétendue réforme. Sous le prétexte « d’adapter » le système de protection des travailleurs âgés hérité des progrès sociaux de l’après-guerre, à la nouvelle donne démographique, les lois Woerth-Sarkozy organisent l’appauvrissement des salariés âgés, la dégradation de leurs conditions de vie et de santé. Elles aggravent aussi la condition d’une jeunesse qui subit de plus en plus la précarité et le chômage. Des maux sociaux qui frappent d’ailleurs plus encore la jeunesse des classes populaires que les enfants issus de la classe moyenne : un rapport élaboré par l’ONZUS (Observatoire national des Zones urbaines sensibles) a ainsi récemment fait apparaître que le chômage touchait un peu plus de 43% des jeunes des banlieues les plus pauvres de l’Hexagone. Pour ces derniers, mais aussi, de manière croissante, pour la jeunesse ayant eu accès à la formation, la probabilité de parvenir à un nombre suffisant d’annuités pour toucher une retraite à peu près correcte est plus qu’incertaine.

A La Réunion : une bombe sociale

Appliquées à la situation réunionnaise, marquée par d’immenses décalages sociaux et économiques, les mesures du gouvernement sont appelées à produire des effets désastreux. Car à La Réunion, ce ne sont pas seulement les zones sensibles, mais l’ensemble de la population qui subit un chômage d’environ 40%. Les personnes âgées, héritières d’une période coloniale sans protection sociale, sont bien plus vulnérables que leurs homologues de l’Hexagone : 30% des séniors sont réduits au minimum vieillesse à La Réunion, contre seulement 5% en France.
De plus, à la différence de la France continentale, La Réunion a connu une forte croissance démographique au cours des dernières décennies : en 1956, date à partir de laquelle la loi accroît l’obligation de travailler, La Réunion comptait environ 250.000 habitants. Les Réunionnais sont aujourd’hui près de 800.000. Selon des estimations concordantes, ils devraient être 1 million en 2025.
Conséquence de cette évolution : le nombre de jeunes va continuer de croître... mais aussi le nombre de personnes âgées. La conjonction de ces deux dynamiques démographiques, le fort taux de chômage, encore aggravé par l’interruption volontaire des grands travaux, ainsi que l’installation durable de la précarité font de La Réunion la Région de la République où l’application de la "réforme" des retraites créera les pires inégalités… mais aussi les plus forts risques d’explosion sociale, car le spectacle de la société de consommation effrénée réservée au premier monde continue de s’étaler devant les victimes de la crise.

Le silence demeure

Face à cette situation objective, on aurait au moins pu attendre que les parlementaires de La Réunion affiliés ou liés à l’UMP, qui ont apporté leur suffrage aux dispositions Woerth-Sarkozy, disent aux Réunionnais les raisons de leur vote. Ou tout au moins, qu’ils fournissent les raisons pour lesquelles ils n’ont pas même plaidé pour des tempéraments et des ajustements que rend évidemment nécessaires la situation de La Réunion. Si prompts d’ordinaire à communiquer, ils n’ont toujours rien à dire sur ce chapitre. Mais le silence ne pourra éternellement dissimuler les responsabilités de ceux qui, par volonté de plaire ou par dogmatisme, ont condamné les jeunes et les travailleurs de leur pays.

Geoffroy Géraud-Legros


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