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Silence assourdissant des opposants à l’Assemblée unique

Le président de la République en Martinique et en Guyane confirme l’évolution institutionnelle

Manuel Marchal / 20 février 2010

Lors de ses discours en Martinique et en Guyane, le chef de l’État est venu installer l’Assemblée unique avec un calendrier et des compétences. Comment alors expliquer le silence de Jean-Paul Virapoullé, Didier Robert et leurs amis politiques autrement par le fait qu’ils ne sont que des porte-voix de Paris. En effet, puisque la réforme des collectivités territoriales est présentée par un président de la République de droite, Jean-Paul Virapoullé et Didier Robert ne disent rien, c’est une illustration de leur absence de pensée politique.

En 1982, un gouvernement de gauche en France propose une réforme institutionnelle. Le projet est d’adapter la loi de décentralisation en fusionnant le Conseil général et le Conseil régional. Une seule assemblée regroupe donc les compétences des deux collectivités, et elle siège en fonction des affaires à délibérer, soit en Conseil général, soit en Conseil régional, avec les mêmes élus.
À l’époque, Jean-Paul Virapoullé et les membres de l’opposition parlementaire de droite avaient tout fait pour faire échouer ce projet, prenant la tête de manifestations, et attaquant violemment un gouvernement de gauche. Des socialistes avaient donné une caution de gauche à ce mouvement.
Un autre gouvernement présente un texte analogue à l’Assemblée nationale. En effet, la Loi de réforme des collectivités territoriales actuellement en débat propose la fusion de Départements, de Régions, de transfert d’un Département à une autre Région, ainsi que la création de collectivités nouvelles par la fusion de Région et des Départements qui la composent. Le droit commun permettra donc tous ces chamboulements, sans oublier la disparition des conseillers généraux et régionaux, remplacés par les conseillers territoriaux qui siègeront tantôt en Conseil général, tantôt en Conseil régional, selon les affaires à délibérer. Le 4 février dernier au Sénat, Jean-Paul Virapoullé a voté pour ce texte qui créé l’Assemblée unique.

Des adeptes de l’Assemblée unique ?

Sans attendre le vote final par les députés et la promulgation du texte, la disposition relative à la création de la collectivité nouvelle est déjà expérimentée. Car près de trente ans après 1982, la réalité finit par s’imposer. Lors de sa visite en Martinique en août dernier lors des États généraux, le président de la République avait constaté qu’un taux de chômage de 21% était la description du statu quo. Et quand il revient quelques mois plus tard en Martinique, il déclare que le seul point sur lequel il s’était engagé, c’était de « ne pas garder le statu quo ».
Avant donc même que la loi de réforme des collectivités territoriales ne soit adoptée par le Parlement, le président de la République a décidé de consulter les populations de la Martinique et de la Guyane sur la fusion du Département et de la Région en Assemblée unique. Le vote a été favorable, et quelques semaines plus tard, le président de la République se rend en visite officielle en Martinique et en Guyane, précisément pour valider cette Assemblée unique, qui est qualifiée d’« organisation nouvelle et moderne ».
Or, cette annonce ne suscite aucune opposition de la part de Jean-Paul Virapoullé, Didier Robert et leurs alliés. Voici 30 ans, des responsables politiques de droite s’étaient levés pour dénoncer l’Assemblée unique, mais aujourd’hui, ces mêmes personnes ne disent rien quand un président de la République de droite vient mettre en place l’Assemblée unique. Il est à noter aussi que ceux qui avaient donné une caution de gauche à l’opposition à l’Assemblée unique sont tout aussi silencieux. Sont-ils tous devenus des adeptes de l’Assemblée unique ? Ou alors qu’attendent-ils pour intervenir ?

30 ans de perdus ?

La réponse tient dans l’absence de projet politique pour La Réunion des membres des succursales des partis parisiens. Puisque c’est un gouvernement de droite qui présente le projet, alors Didier Robert et Jean-Paul Virapoullé ne vont pas s’y opposer car ils sont les fidèles relais du gouvernement de droite. C’est d’ailleurs ce qui s’était déjà passé en 2003, quand un gouvernement de droite avait imposé le transfert des TOS refusé par toutes les personnes concernées à La Réunion. Jean-Paul Virapoullé et ses amis avaient soutenu Paris, n’hésitant pas à qualifier l’origine des gigantesques manifestations contre ce transfert de "ladi lafé syndical".
Sept ans plus tard, c’est un autre gouvernement de droite qui propose ce que les ultras de l’époque avait combattu, et cette fois-ci ces derniers ne font pas de vagues. Cela démontre une absence de pensée politique sur les dossiers fondamentaux : c’est Paris qui décide pour eux.
Si cette absence de réaction se traduisait par un accord alors cela signifierait que Jean-Paul Virapoullé et ses amis auront fait perdre 30 ans à La Réunion. Et la ligne politique de ces sectaires lors de ces élections régionales montre qu’ils n’ont pas changé depuis cette époque, ils sont prêts à faire perdre du temps à La Réunion uniquement pour tenter de préserver leurs intérêts personnels.

Manuel Marchal


2012 n’est pas 2025

L’absence de réaction des opposants de 1982 à l’Assemblée unique confirme une différence de fond entre l’Alliance et les autres listes.
Les succursales des partis parisiens, qu’elles soient de droite comme de gauche, ne peuvent pas avoir un projet réunionnais puisqu’elles s’intègrent dans une stratégie qui change tous les cinq ans, en fonction du résultat de l’élection présidentielle. Si c’était un gouvernement qui n’était pas de leur camp politique, Jean-Paul Virapoullé et ses amis aurait adopté la même attitude qu’en 1982. Mais comme en 2002, c’est la droite qui a gagné l’élection présidentielle, alors Jean-Paul Virapoullé se conforme à la stratégie de sa direction parisienne.
Leur objectif, c’est l’élection de 2012, et pour mettre un maximum de chances de leurs côtés, chacun s’emploie à conquérir des positions de pouvoir dans les régions en utilisant ses succursales locales. Par conséquent, un projet réunionnais n’a pas sa place dans cette stratégie.


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