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Silence des médias réunionnais sur les APE

Alors que de graves dangers pèsent sur l’économie et la société de notre île

Geoffroy Géraud-Legros / 11 septembre 2009

L’entrée en vigueur potentielle d’un traité de libre-échange dans la zone fait courir de graves risques à l’économie réunionnaise. Les conséquences sociales de ce choc économique prévisibles devraient donner lieu à un débat de fond dans toutes les couches de la société réunionnaise. Or, les média de notre pays n’accordent que fort peu d’intérêt à ce problème.

Le PCR a effectué mercredi sa rentrée électorale par une conférence de presse, au cours de laquelle Maurice Gironcel et Élie Hoarau ont évoqué les rendez-vous politiques réunionnais et les grands défis du mandat européen d’Élie Hoarau.
Au cœur de celui-ci, les Accords de partenariat économiques (APE) partiels qui concernent directement La Réunion.
Cette convention internationale, signée le 29 Août 2009 à Grand-Baie entre l’Union européenne et quatre pays de la zone – Maurice, le Zimbabwe, les Seychelles et Madagascar –, va profondément modifier l’économie des échanges de marchandises et de services dans notre région.
En effet, les APE suppriment les restrictions à l’entrée sur le sol européen de biens et de services produits dans des États ou les coûts de production sont largement inférieurs ; en retour, elle permet la délocalisation de la production réunionnaise dans ces même États. Dès lors, les Réunionnais ont toutes les raisons de craindre que de tels accords, s’ils viennent à être définitivement entérinés, ne portent un coup très grave à notre économie, et ne fassent en outre exploser le chômage et la pauvreté, déstabilisant ainsi une société déjà très affectée par des déficits structurels.

Le devoir d’informer

Les Réunionnais n’ont été ni associés, ni consultés au cours de la négociation de ces accords : ce défaut de représentation minimale des intérêts de notre pays dans les processus internationaux qui le concernent devrait donc à tout le moins être compensé par les média locaux – et particulièrement, peut-on penser, par le service public.
Pourtant, ni la télévision ni la radio du service public n’ont jugé pertinent de rendre compte de la conférence d’Élie Hoarau, et de s’acquitter ainsi du devoir d’informer la population réunionnaise de transformations déterminantes pour son avenir.
Il n’est guère imaginable que les dirigeants des médias locaux aient décidé de passer sous silence le compte-rendu d’un élu que le peuple a récemment installé dans une institution aussi importante que le Parlement européen. Faut-il en déduire que ces mêmes médias se désintéressent de la question des APE et de ses conséquences ? Il semble que tel soit le cas : ce nouveau dispositif commercial n’a pas, de manière générale, été abordée par la presse à grand tirage, et encore moins par les radios et les télévisions de La Réunion avant et après la signature des accords qui le matérialisent.
L’information et la transparence constituent les conditions préalables indispensables à une appropriation par les Réunionnais de la question des APE. Comme l’a rappelé le député européen, les APE n’entreront en vigueur qu’après leur ratification par le Parlement européen. Affronter les problèmes immenses que vont poser les Accords ; réfléchir collectivement à des ajustements et à des marges de manœuvre ; trouver d’éventuelles parades : tout ceci nécessite l’ouverture d’un véritable forum civique accessible aux réunionnais dans leur plus grand nombre.

Le droit de comprendre

Dans le cadre de son mandat européen, Élie Hoarau a déjà interpellé la Commissaire européenne responsable du commerce, afin d’exiger la mise en place de structures d’informations à destination des catégories socioprofessionnelles appelées à subir directement le choc de l’ouverture de notre marché.
Le député européen a de plus demandé que la Commission informe elle-même les réunionnais, et envoie à cette fin une délégation dans notre île.
Pour que la population réunionnaise ait les moyens d’évaluer l’impact de la politique mise e œuvre par l’Union européenne, c’est à un véritable débat citoyen que doivent donner lieu l’éventualité de l’entrée en vigueur des APE. Cette mise à disposition de l’information, condition minimale de l’exercice de la citoyenneté dans une démocratie, ne pourra avoir lieu sans la participation voire – au vu du retard qui doit être comblé – de l’engagement des grands médias réunionnais.
Dans le cas contraire, on peut d’ores et déjà prédire ce qui constituera la matière des reportages de demain : les fermetures en cascade d’entreprises réunionnaises ; le grossissement du flot de pauvres et des chômeurs, voire la montée, face aux délocalisations, de la xénophobie, au sein d’une population à laquelle on aura refusé le droit essentiel de comprendre le monde dans lequel elle vit.

Geoffroy Géraud


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