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Six mois après le CIOM, quelles mesures d’urgence pour rattraper le retard ?

Visite de Marie-Luce Penchard

Manuel Marchal / 20 mai 2010

Le 6 novembre dernier, le premier Conseil interministériel sur l’Outre-mer s’est conclu par une déclaration du président de la République et une série de mesures. Six mois après, la ministre de l’Outre-mer vient présider l’installation d’un Comité de suivi de ces mesures. Quelles mesures urgentes la ministre va-t-elle annoncer pour rattraper le retard pris dans la mise en œuvre des mesures prévues par le CIOM, et aussi pour corriger dans l’opinion l’effet désastreux du manque de cohérence dans la communication du gouvernement ?

C’est la troisième fois que Marie-Luce Penchard vient à La Réunion depuis la tenue du Conseil interministériel sur l’Outre-mer, et la seconde fois qu’elle conduira la délégation venue de Paris. Nommée secrétaire d’État à l’Outre-mer au lendemain de la victoire électorale de l’UMP dans la circonscription "Outre-mer" des élections européennes, mais surtout après le mouvement social qui a révélé l’impact de la crise d’un modèle Outre-mer. Son entrée au gouvernement a été expliquée par Nicolas Sarkozy lors de sa visite aux Antilles l’an dernier. Elle illustre une volonté de promouvoir la place des ultramarins dans les postes d’encadrement, et le chef de l’État a fait de cette nomination une question de principe : « à choisir un ministre, dois-je donc aller choisir quelqu’un qui ne n’est pas de l’outre-mer ? Alors quelle est ma crédibilité si je fais le contraire de ce que je demande aux autres ? C’est la raison pour laquelle je suis très heureux d’avoir une Guadeloupéenne à la tête du Secrétariat d’État à l’Outre-mer ».
Marie-Luce Penchard a été élevée au rang de ministre le 7 novembre dernier, le lendemain de la tenue du Conseil interministériel sur l’Outre-mer.
Depuis lors, elle peut donc participer à tous les Conseils des ministres. Malgré son échec électoral aux régionales en Guadeloupe, elle a été maintenue à son poste.

Une première visite plombée

Six mois après ce premier CIOM, elle est donc en visite trois jours dans notre île. Six mois donc après la conclusion des États-généraux de l’Outre-mer, une concertation qualifiée de sans précédent, et qui visait à placer le débat au-dessus des partis et des institutions. Le gouvernement s’est félicité du résultat de ces États-généraux, puis le Conseil interministériel sur l’Outre-mer a pris des décisions. La ministre de l’Outre-mer a donc la responsabilité de mettre en œuvre les mesures arrêtées. Mais à La Réunion, cela n’a guère avancé, puisque c’est seulement six mois après le CIOM qu’est installé le Comité de suivi. Ce retard a des explications.
Les 23 et 24 novembre dernier, soit deux semaines après le CIOM, c’est la première visite de Marie-Luce Penchard en tant que ministre de l’Outre-mer à La Réunion. Le but est d’expliquer ce qui a été décidé deux semaines auparavant par une instance présidée par le chef de l’État. Mais cette visite a été précédée par une série de manœuvres visant à torpiller le projet de tram-train dans lequel est impliqué l’État. 10 jours avant l’arrivée de Marie-Luce Penchard, Objectif Réunion lançait sa campagne des régionales non pas en expliquant les conclusions du CIOM, mais en attaquant tous les projets de la Région.
La ministre s’est donc retrouvée piégée dans un débat vicié qui a totalement plombé sa visite. À partir de là, plus personne n’a parlé de la promotion des Ultramarins, du développement endogène ou de la géothermie. Depuis lors, la mise en œuvre des mesures du CIOM a pris du retard, et la situation s’est aggravée.

Une situation aggravée

L’accord commercial sur la banane suscite la crainte de tous les Réunionnais qui vivent de la canne à sucre. La vente du capital industriel et scientifique de la filière par les usiniers réunionnais à une coopérative de betterave est loin de rassurer. À cela s’ajoute les interrogations sur les conséquences de l’évolution de la situation en Europe sur l’économie de La Réunion. Quel sera l’avenir de l’octroi de mer ? Comment seront financés les projets indispensables au développement du pays ?
Or, six mois après une visite plombée, le séjour de Marie-Luce Penchard se déroule dans un contexte d’attaque contre le tram-train. Personne ne comprend pourquoi Didier Robert, membre du bureau politique de l’UMP persiste à s’en prendre à un projet de l’État, qui a reçu de la part du ministre de la Relance le Prix du Défi relevé. Tout comme personne n’a compris pourquoi ce même membre du bureau politique de l’UMP a fait voter une délibération transférant les fonds économisés pour investir dans la construction de la MCUR dans des dépenses de fonctionnement.
L’image du gouvernement a été totalement brouillée quand l’un de ses membres est venu faire campagne à La Réunion sur le thème du "non" au tram-train.
L’essentiel de la visite ministériel sera pourtant de savoir si la ministre de l’Outre-mer annonce des mesures d’urgences pour rattraper le retard pris dans l’application des décisions du premier Conseil interministériel sur l’Outre-mer, et pour corriger dans l’opinion l’effet désastreux du manque de cohérence de l’action du gouvernement sur les grands projets.

Manuel Marchal


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