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Solidarité de classe contre le plan de relance de l’économie réunionnaise

Une coalition qui n’est pas de circonstance

Manuel Marchal / 4 juillet 2012

L’annonce du retard dans l’utilisation des fonds européens révèle une logique d’une solidarité de classe contre le développement du pays. Cette solidarité de classe a fait des dégâts bien plus graves que ces 650 millions d’euros que nous risquons de perdre à jamais. Une coalition d’intérêts opposée au changement a cassé un plan de relance de plus de 4 milliards d’euros. Comment pourrons-nous récupérer tout cet argent ?

En 2007, les négociations entre la Région Réunion, l’État et l’Europe avaient permis d’aboutir à des moyens conséquents pour le financement des investissements dans notre pays. C’était plus de 4 milliards d’euros. Tout était signé, et donc l’État et l’Europe étaient obligés d’assumer leur part du contrat si la Région Réunion était à la hauteur de la sienne.
En 2008, c’est l’aggravation de la crise financière en crise économique. L’Europe entre dans une période très difficile dont elle est encore loin d’être sortie. Devant le problème, deux logiques s’affrontent. Dans les pays européens, c’est le choix de la politique d’austérité. Toutes les dépenses sont réduites afin de faire face à la stagnation des recettes entretenue par la quasi-récession économique. Dans les pays émergents, ce sont des plans de relance pour maintenir la croissance économique à un rythme élevé afin de continuer à créer suffisamment d’emplois pour faire face aux contraintes démographiques.

Politiques d’austérité en Europe

Dans cette période de crise, La Réunion bénéficiait alors d’un atout considérable : les engagements contractuels signés par la Région, l’État et l’Europe pour un montant supérieur à 4 milliards d’euros. Cela donnait les moyens de financer un plan de relance important à l’échelle de l’île. Les outils étaient donc là pour maintenir les emplois voire en créer de nouveaux au moment où partout en Europe, c’était la crise.
Nous sommes aujourd’hui en 2012. Partout sur le Vieux continent, les gouvernements ont lancé des plans d’austérité, quelle que soit la couleur politique des dirigeants des pays. Avant hier, les premières conclusions de l’audit des finances publiques pratiqué par la Cour des comptes n’incitent pas à l’optimisme. Le gouvernement du changement doit faire face à la situation très difficile provoquée par les décisions de son prédécesseur. Cela obligerait le gouvernement à rechercher 30 milliards d’euros supplémentaires pour boucler son budget l’année prochaine, s’il voulait tenir un engagement du président de la République sur la réduction du déficit public à 3% du PIB.

La démolition du plan de relance à La Réunion

L’aggravation de la situation permet d’apprécier toute l’importance du vote du 13 février 2007 au Conseil régional. À cette époque, il s’est trouvé 13 élus qui ont refusé de voter pour ces 5 milliards soit parce qu’ils étaient contre, soit par refus de prendre part au vote, soit par leur absence au moment de voter : Thierry Sam-Chit Chong, Alain Bénard, Rolande Chane Kaye Bone, Christiane Ramassamy, Margie Sudre et Didier Robert pour l’UMP, Monique Orphé, Michel Vergoz, Aline Tamon, Michel Tamaya, Paul Fotsé et Blanche-Reine Javel pour le PS, et Guy Jarnac de Free-dom.
Dans ce refus se dessine une coalition de fait entre la totalité des élus socialistes et une part importante de l’UMP emmenée par Didier Robert.
Trois ans après ce vote, c’est cette coalition d’intérêts convergents au service de la classe refusant le changement, qui s’est mise en œuvre pour placer l’UMP Didier Robert à la tête de la Région en sachant pertinemment que son programme se résumait à la démolition des projets.
Ce dernier ne surprit personne en annonçant dès son premier discours de président de Région la suppression des recherches dans la géothermie, et l’arrêt de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise. Il a même été salué par un discours de Vergoz, chef du groupe PS, adressant ses félicitations au nouveau président de l’assemblée. Trois mois plus tard, c’est le tram-train qui était stoppé, tandis que le projet de nouvelle route du littoral était remplacé par un chantier irréaliste.

Occasion en or ratée

A côté de cette casse fut mise en place une politique de distribution d’argent via des bons d’achat de 500 euros et des réductions sur les billets d’avion payées par la Région à la place de l’État.
Il était clair que les conséquences allaient être lourdes. Outre l’aggravation du chômage, c’est la perte de crédibilité à la suite de l’annonce du retard dans la consommation de 650 millions d’euros de fonds européens.
C’est bien une étape essentielle dans la dilapidation d’une enveloppe de plus de 4 milliards d’euros destinée à financer un plan de relance à La Réunion.
La situation en Europe montre bien que cet argent est perdu, une occasion en or a été ratée.
Mais personne n’oublie que dans la situation de crise que nous connaissons depuis déjà de nombreuses années, des élus ont refusé d’appuyer une politique d’investissements indispensable pour notre avenir.

M.M. 

Solidarité de classe : ni de gauche et ni de droite

Et cette coalition regroupe des élus liés d’abord par une solidarité de classe que par l’appartenance à un parti politique. Ce qui amène à s’interroger sur la pertinence de l’importation dans notre pays d’un clivage gauche-droite, puisqu’en 2007 la totalité des conseillers régionaux PS avait rejoint une grande partie des élus UMP pour refuser de voter pour les 4 milliards.

Cette solidarité de classe n’est ni de gauche, ni de droite. Elle rend caduque l’analyse de la situation politique réunionnaise selon des critères importés de France. Car dans notre île, la divergence se situe ailleurs : c’est pour ou contre le développement du pays. Et manifestement, ceux qui n’ont pas intérêt au changement se situent dans le 2e camp même si parmi eux certains disent qu’ils sont à gauche parce qu’ils ont appelé à voter Hollande ou parce qu’ils ont adhéré au Parti socialiste français.


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