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Sortons de l’immobilisme

Plus de 170.000 Réunionnais inscrits à Pôle Emploi, près de la moitié sous le seuil de pauvreté

Manuel Marchal / 7 octobre 2014

À La Réunion, les derniers chiffres du chômage rappellent le principal problème du pays. C’est une crise structurelle qui ira en s’empirant tant que les structures actuelles persisteront.

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Le 21 août, lors de sa visite à La Réunion, le président de la République a fait une annonce tonitruante : 40.000 emplois d’avenir. En répétant devant les élus et à la télévision cette promesse, le chef de l’État a voulu renvoyer sur les collectivités la responsabilité de l’échec du traitement social du chômage. Il a en effet accompagné cette annonce d’une nouvelle règle de financement des emplois d’avenir : 90 % du salaire net à la charge de l’État, ce qui sous-entend que les 10 % restant, toutes les cotisations et la création du poste définitif sont du ressort de l’employeur public
Il va de soi que c’est le premier chiffre qui a été retenu. Cette promesse de 90 % du salaire a tourné en boucle.

Quelques semaines plus tard, ne voyant rien venir, les jeunes manifestent pour demander les emplois promis. Pendant ce temps, des représentants de Hollande à La Réunion tentent de remettre en cause la parole du président de la République. Au lieu des 40.000 emplois d’avenir, ils minimisent. Même si, selon leurs propos, la nature du contrat change, il n’en reste pas moins que c’est l’aveu d’impuissance : il n’y a plus aucune solution en dehors de l’aide publique. Rapportés à la population de la France, les 40.000 emplois subventionnés annoncés à dans notre île correspondraient là bas à 4 millions. Si en France un gouvernement annonçait la création de 4 millions d’emplois aidés pour lutter contre le chômage, alors il démontrerait l’incapacité de l’économie réelle à faire face.

Les mêmes institutions depuis 30 ans

Cela touche le cœur du problème : la crise est structurelle. Plus de 170.000 Réunionnais sont inscrits à Pôle emploi. Chaque année, 10.000 jeunes obtiennent leur bac. Au bout du mandat de François Hollande, 50.000 Réunionnais auront été lauréats de cet examen. À eux s’additionnent les jeunes reçus à un CAP ou à un BEP et qui ne peuvent aller plus loin, ainsi que les milliers de Réunionnais exclus du système scolaire sans diplôme. 40.000 emplois d’avenir ne suffiraient même pas à absorber cette croissance.

C’est bien la preuve que la solution ne peut être que structurelle. Pendant que cette crise s’est accentuée, les outils n’ont pas changé. Sur le plan institutionnel, rien n’a bougé depuis le premier gouvernement socialiste de la 5e République, cela fait plus de 30 ans. A cette époque, moins de 50.000 Réunionnais étaient au chômage, aujourd’hui ils sont trois fois plus nombreux alors que la population a grandi dans une proportion inférieure. En 2014, les Réunionnais n’ont même pas la possibilité de pouvoir s’exprimer lors de la conférence de la COI, et La Réunion ne figure pas dans la déclaration finale du sommet regroupant tous les pays voisins. C’est une nouvelle preuve de l’immobilisme qui fait tant de dégâts dans notre pays. Il persistera tant que sera préservée la structure actuelle.

Le monde a changé

Tout près de chez nous, des responsables politiques ont décidé de placer l’évolution institutionnelle au cœur de leur programme. A Maurice, le MMM et le Parti travailliste sont tombés d’accord sur une plate-forme. Avec la dynamique de leur alliance, ils ont de fortes chances de gagner les prochaines élections législatives qui se tiendront dans un délai de 2 mois. Ceci étant fait, ils vont modifier profondément les institutions, refondant leur République sur la base d’un large consensus. Car l’objectif n’est pas de gagner les élections à 51 % contre 49, mais de viser un rassemblement bien plus étendu pour que cette évolution puisse avoir une base populaire très solide.
Nos voisins savent que le monde bouge, et qu’il est nécessaire de s’adapter ne serait-ce que pour résister. À La Réunion, le niveau du débat politique est très éloigné de tout cela. Faut-il alors s’étonner que les jeunes et les pauvres utilisent d’autres moyens que le vote pour s’exprimer ?


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