Actualités

Supprimer le RSTA, c’est accentuer la tension sociale

Dans trois jours, la fin d’une prime de 100 euros pour les bas salaires

Manuel Marchal / 28 mai 2013

Si les 7 députés ne font pas front face au gouvernement pour qu’il revienne sur la décision de supprimer le RSTA vendredi, alors c’est le risque d’une accentuation de la tension sociale. En effet, non seulement le coût de la vie a augmenté depuis la création du RSTA, mais en plus, l’obstination des patrons de la SERMAT est à l’origine de surcoûts dans le transport des marchandises, ce qui contribuera à la hausse des prix.

JPEG - 95.6 ko
Selon l’INSEE, entre avril 2009 et avril 2012, l’indice des prix a augmenté de 6,5%, dont 10% dans l’alimentation. En cas de suppression du RSTA, que restera-t-il du panier Lurel ?

Voici plus de quatre ans, en novembre 2008, un mouvement social avait démarré à La Réunion. La revendication était une baisse des prix des carburants de 20 centimes pour tous. Des transporteurs sont alors entrés en jeu. Ils bloquèrent la Région avec la compréhension du préfet de l’époque. Si la baisse fut de 10 centimes pour tout le monde, ces transporteurs ont obtenu une subvention de 2,5 millions d’euros de la Région, somme quasiment accaparée par quelques entreprises. La manœuvre n’avait pas réussi à contenir le mouvement sur les prix des carburants, puisqu’il a essaimé aux Antilles et en Guyane, et l’État dut passer seul à la caisse.

JPEG - 79.5 ko
Le retard pris dans la livraison de marchandises va entrainer des surcouts. Si les prix ne sont pas bloqués, alors ils vont augmenter.

Mais là bas, la revendication s’est élargie à tous les secteurs : l’emploi, le logement, l’éducation notamment. C’était la création du LKP et les 45 jours de grève générale en Guadeloupe, puis le retour de ce mouvement vers La Réunion avec le COSPAR. Les manifestations ont permis d’arracher des avancées pour combattre la vie chère en utilisant deux leviers : la baisse des prix et la hausse des revenus. Entre mars et mai 2009 à La Réunion, les négociations ont abouti à des accords régionaux. Des mesures sont alors appliquées, voici les plus connues : la liste COSPAR, le RSTA et le bonus COSPAR.

50.000 demandeurs d’emploi en plus

Quatre ans plus tard, la situation ne s’est pas améliorée. C’est ce que démontrent les chiffres de l’emploi et des prix.

En avril 2009, La Réunion comptait 114.000 demandeurs d’emploi, 163.460 en mars dernier. C’est quasiment 50.000 de plus en quatre ans.

Selon l’INSEE, entre avril 2009 et avril 2012, l’indice des prix a augmenté de 6,5%, dont 10% dans l’alimentation, et cela malgré la liste de prix.

Le RSTA, 100 euros, et le bonus COSPAR, 50 euros, n’ont pas connu la même progression. Le RSTA est une prime plafonnée à 100 euros versée par l’État. Son objectif est de faire face à la vie chère. À la différence de la prime de vie chère payée aux fonctionnaires, le RSTA n’augmente pas en fonction de la hausse du salaire. La logique aurait donc voulu que, conformément à sa politique salariale vis à vis de ses agents, le gouvernement revalorise le RSTA pour maintenir le pouvoir d’achat de cette prime. Mais il n’en est rien. Sa décision, c’est la suppression du RSTA pour vendredi.

Pour des dizaines de milliers de Réunionnais, la paie du mois de juin sera donc inférieure de 100 euros à celle de mai. Cette perte intervient sans doute au moment le plus difficile.

Le dernier indice des prix de l’INSEE a annoncé une augmentation annuelle des prix de 2,1%, c’était déjà beaucoup mais c’était avant la grève au port. L’obstination du patronat dans ce conflit a fait empêcher le fonctionnement normal de l’économie réunionnaise pendant 19 jours. Des containers ont été déchargés dans d’autres ports, en attendant la fin de la grève. De nouveaux transbordements seront nécessaires, ce qui entrainera un surcoût. Des médias ont rapidement estimé l’impact : plusieurs dizaines de millions d’euros.

L’État augmentera sa part dans le financement du chômage partiel. Les commerçants et la grande distribution vont vouloir garder leurs marges. Ils vont donc augmenter leur prix. Il faut donc s’attendre à une envolée, juste quand le RSTA est supprimé.

Trois jours pour agir

Ces quelques données sont connues, elles justifient à elles seules le maintien du RSTA. Et pourtant, le gouvernement maintient sa suppression pour vendredi. Il reste donc trois jours pour agir. Le silence des députés est inquiétant. Ils ont pourtant la capacité de s’organiser pour peser sur la décision du gouvernement.

Par exemple, il est facile d’imaginer l’impact que pourrait avoir la menace d’une démission collective des 7 députés de La Réunion en cas de suppression du RSTA. Toute l’opinion en France serait alertée, avec un effet sur le gouvernement.

Dans 72 heures, les Réunionnais seront fixés. Ils sauront si les travailleurs le moins bien payés perdront ou pas 100 euros sur leur salaire. En pleine hausse des prix, une telle baisse de revenu ne sera pas sans conséquence sur la tension sociale. Pourquoi le gouvernement décide-t-il d’aggraver la situation de la population en pleine crise ?

M.M.

La baisse et le blocage des prix, c’est possible

En Nouvelle Calédonie, pour traiter un problème de vie chère, des décisions ont été prises. C’est tout d’abord une baisse de prix immédiate de 10% sur 500 produits. C’est également un gel des prix jusqu’au 31 décembre 2014.

Pourquoi de telles décisions ne sont-elles pas appliquées à La Réunion ?
Que restera-t-il du panier Lurel ?

Depuis le lancement du bouclier qualité-prix, une campagne de communication a eu lieu pour vanter le gain de pouvoir d’achat auprès de la grande distribution. Il est d’environ 45 euros.

Mais ces 45 euros vont être balayés vendredi par la suppression du RSTA. Ce sont en effet 100 euros qui seront enlevés de la paie des travailleurs. Cela s’ajoutera aux conséquences l’intransigeance patronale à la SERMAT. Que restera-t-il alors du panier Lurel ?


Kanalreunion.com