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Tous les partis au pied du mur : quels projets de développement ?

Dans 8 mois, application de la loi sur l’égalité réelle

Manuel Marchal / 15 juin 2015

La loi sur l’égalité réelle sera la définition d’un plan de développement sur 20 ans pour chaque territoire d’Outre-mer. Paul Vergès a été le seul élu à en parler au Premier ministre durant sa visite de deux jours à La Réunion. Le calendrier est serré, il reste 45 jours aux parlementaires et aux partis politiques pour dire quelle stratégie ils proposent pour les 20 ans à venir.

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Paul Vergès a rencontré hier les journalistes. Il a rappelé que l’essentiel est en train de se jouer : dans 8 mois, le plan de développement pour les 20 ans à venir sera décidé. Il reste 45 jours aux partis et aux parlementaires pour s’exprimer.

Lors d’une conférence de presse hier, Paul Vergès est tout d’abord revenu sur les réactions qui ont accompagné et suivi la visite du Premier ministre, les 11 et 12 juin à La Réunion.

Manuel Valls est venu avec 3 ministres, il est allé dans toute La Réunion, il a fait de nombreux discours, pour répondre à l’attente de tous les Réunionnais. Paul Vergès a noté que pour le logement, le Premier ministre a annoncé des mesures pour tenter de rattraper le retard. Concernant les emplois aidés, c’est toujours le traitement social du chômage. Le constat, c’est l’ « insuffisance réelle des mesures annoncées ». D’où la « déception dans de nombreux secteurs », notamment chez les enseignants, ou chez ceux qui subissent les conséquences de la baisse des crédits de la formation. Le sénateur relève également qu’ « en dehors du PS local qui se félicite, tous les autres sont sceptiques et critiques ».

Parlementaires et partis politiques sollicités

Paul Vergès a placé l’analyse de cette visite dans la perspective de l’objectif annoncé par le président de la République dans son discours du 10 mai en Guadeloupe : obtenir l’égalité réelle dans tous les territoires de l’Outre-mer dans un délai de 20 ans.
L’ambition de François Hollande est de définir un plan de développement spécifique à chaque collectivité, rappelle le sénateur. Un parlementaire est en charge d’une mission pour traiter des aspects pratiques, c’est Victorin Lurel, ancien ministre des Outre-mer. Paul Vergès l’a rencontré lors de sa dernière mission en France. Victorin Lurel a fixé un calendrier. Il se donne 45 jours pour consulter tous les parlementaires et tous les partis politiques des régions et territoires d’outre-mer. Il attend leur copie qui doit répondre à cette question : « dites-nous quelle est votre perspective et les mesures de développement durable préconisées pour les 20 ans à venir ».

Puis en septembre-octobre, le produit de tous les travaux des parlementaires sera soumis au président de la République et au gouvernement. Il sera établi un projet de loi à déposer devant l’Assemblée nationale et le Sénat. Le vote de la loi est prévu pour 2016, son adoption entraînera une modification de la Constitution. Autrement dit, dans 8 mois, la loi doit être votée et appliquée.

La perspective sur 20 ans

« Apparaît la responsabilité écrasante des parlementaires et des élus », souligne le sénateur, « auront-ils l’envergure d’un Césaire ou un Raymond Vergès ? ». Raymond Vergès et Léon de Lépervanche ont crée le CRADS qui a rassemblé au-delà des opinions de gauche. « Tous acceptaient le mot d’ordre d’intégration de La Réunion dans la République. Aujourd’hui, la situation est totalement différente ». Quel plan de développement proposer alors que le monde n’est plus le même, avec le changement climatique en plus.

L’objectif ouvre une perspective sur 20 ans. Quel est l’objectif pour 2036 ? La situation est beaucoup plus compliquée qu’à l’époque de Césaire et Vergès, rappelle le parlementaire. En 1945, il y avait 250.000 habitants à La Réunion et la volonté d’appliquer les programmes du Front populaire et du Conseil national de la Résistance.

Paul Vergès souligne qu’aujourd’hui, il faut tenir compte du poids de la situation actuelle. Ce sont les 30 % de taux de chômage, 60 % des jeunes sans travail et la moitié de la population sous le seuil de pauvreté.

Crises à venir

Il faut aussi intégrer l’avenir. C’est tout d’abord la canne à sucre où la signature de la Convention canne n’a pas réglé le problème de fond : les subventions nécessaires à la compétitivité du sucre réunionnais en 2017 seront-elles versées tous les ans ?
L’avenir, ce sont les accords de partenariat économique. 26 pays d’Afrique orientale ont signé la semaine dernière un accord pour construire une zone de libre-échange de 625 millions d’habitants. Ce groupe va ensuite conclure un accord avec l’Union européenne. Quel sera l’impact pour l’économie de La Réunion.

Le changement climatique pèsera de tout son poids. L’analyse des observations des satellites de la NASA montre que la fonte des glaciers des Pôles est irréversible. C’est une hausse de 6 mètres du niveau de la mer qui menace d’ici 2100. Paul Vergès appelle donc à appliquer le principe de précaution pour protéger l’essentiel de la population réunionnaise qui vit dans des villes près de la mer. Ce principe de précaution doit aussi s’appliquer pour le projet de nouvelle route du littoral. Quel sera son avenir avec un niveau de la mer qui sera monté de plus de 6 mètres, et des cyclones encore plus violents ?
Toutes ces données devront être prises en compte dans le plan de développement 2016-2036 pour atteindre l’égalité réelle.

Sur-rémunération et égalité réelle ?

Paul Vergès pensait que l’arrivée du Premier ministre allait permettre aux élus de La Réunion de poser ce problème crucial. Il n’en a rien été et le sénateur a donc pris l’initiative d’en discuter directement avec le Premier ministre à l’occasion du dîner républicain organisé pendant sa visite.

En préalable, le parlementaire réunionnais rappelle que sur la crise de la canne, le projet de route en mer et la sur-rémunération, Manuel Valls s’est prononcé. Il a signé la Convention canne, approuvé le projet de NRL et déclaré qu’il était pour le maintien de la sur-rémunération. Sur ce dernier point, le sénateur de La Réunion constate que cela signifie bâtir le concept d’égalité social en maintenant la sur-rémunération, une inégalité décidée par un gouvernement en 1947. Cette décision constitue la base de l’apartheid à La Réunion, a-t-il dit au Premier ministre.

Madagascar et La Réunion

Paul Vergès conclut en insistant sur un enjeu essentiel qu’il a posé au Premier ministre : comment à La Réunion réussir la double intégration d’une part à la France et l’Union européenne qui amène la protection sociale, le SMIC et les fonds européen, et d’autre part (fonds UE, SMIC, protection sociale) et d’autre part aux 625 millions d’Africains en plein développement ? Comment s’intégrer à une zone développée et faire le contraire ?

Dans ces 625 millions d’habitants figurent tous nos voisins, en particulier Madagascar. En 2050, ce sera un pays émergent de 55 millions d’habitants à 800 kilomètres de La Réunion. Paul Vergès rappelle l’importance de l’immigration portugaise dans notre région. 150.000 Portugais sont en Angola, ce sont des jeunes au chômage au Portugal qui ont été attiré par un pays en pleine croissance. Les Portugais émigrent aussi vers le Mozambique pour fuir la crise dans leur pays. Le sort de La Réunion sera-t-il le même ?


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