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Tram-train et continuité territoriale : une question d’égalité

L’Alliance appelle au débat public sur le respect d’un principe

Manuel Marchal / 15 juillet 2010

Mardi matin, dans le huis-clos de la Commission permanente, la direction de la Région a décidé d’arrêter le tram-train et de financer la continuité territoriale à la place de l’État. Dans les deux cas, ce sont les mêmes arguments que ceux des opposants de l’égalité sociale qui ont été utilisés pour justifier cette décision. L’Alliance lance la mobilisation pour le débat public sur ces questions. Car les Réunionnais doivent être informés de tous les enjeux de ces choix politiques, dont la somme qu’ils devront payer. C’est le début d’une campagne de la même ampleur que celle de l’égalité sociale. Le respect du droit des Réunionnais à l’égalité collective sera donc au centre de toutes les batailles.

Mardi, la nouvelle direction de la Région à laquelle se sont joints les élus PS ont décidé de voter pour la suppression du tram-train. Cette décision ouvre une nouvelle étape dans la lutte pour le respect du principe de l’égalité, a souligné l’Alliance dans une conférence de presse tenue quelques heures après. Seule à voter contre cette mesure, l’Alliance appelle au débat public, car une telle décision ne peut se contenter d’être prise dans le huis-clos d’une Commission permanente. Tous les Réunionnais doivent avoir en main toutes les informations nécessaires sur les conséquences de cette décision, et en particulier sur le coût financier qu’ils devront supporter.
Paul Vergès rappelle que la suppression du chemin de fer a amené la mise en circulation de 350.000 voitures sur une île comme La Réunion. Ce qui est à l’origine d’un immense gaspillage de temps et d’argent dans les embouteillages, sans compter les sommes considérables dépensées dans l’achat et l’entretien de ces automobiles.
La Région s’était mise au travail pour proposer une alternative crédible au tout-automobile. « Les plus grandes sociétés françaises sont venues, tout était réglé », rappelle Paul Vergès qui ajoute qu’il ne restait que la question de la dotation ferroviaire afin de financer la redevance versée aux entreprises qui construisent et gèrent le tram-train. Or, cette dernière est versée par l’État à toutes les Régions de France qui gèrent un réseau de voies ferrées construit par l’État.
C’est une double peine infligée aux Réunionnais, car non seulement l’État ne veut pas assumer 100% du coût de la construction comme il l’a fait en France, mais en plus, il ne veut pas verser de dotation.
Paul Vergès a également indiqué que le contrat de PPP signé en décembre dernier prévoyait deux prolongements de trois mois, soit la possibilité de négocier jusqu’en novembre avec l’État. Dans le cadre du Grenelle de l’Environnement, l’État crée un nouvel instrument qui permet de créer une Autorité unique des transports à l’échelon régional en Martinique, en Guadeloupe et à La Réunion. Voici qui répond exactement au défi du tram-train, mais au lieu de pousser le gouvernement à rechercher avec la Région une solution de dotation qui pourrait entrer dans ce cadre, le nouveau président de la Région préfère rejeter le dossier et créer les conditions d’un contentieux. Il fait donc courir le risque aux Réunionnais de payer au moins 250 millions d’euros de dommages et intérêts au groupement Tram’tiss.
Avec déjà 350.000 voitures à La Réunion, et 800.000 habitants, les conséquences de la décision de la Région seront plus graves que celles de la suppression du chemin de fer. « Nous demandons un débat public, que tous les Réunionnais soient informés », affirme Paul Vergès. Et pour que le débat soit, la bataille sera permanente, ajoute le président de l’Alliance. Car le versement par l’État de cette dotation est une question de principe, c’est le respect de l’égalité.

Manuel Marchal


Continuité territoriale : retour en arrière

La manière dont la Région traite la continuité territoriale illustre le retour à une époque, celle où des élus voulaient empêcher l’égalité des Réunionnais avec les autres citoyens de la République. Et pour atteindre leur objectif, ils brandissaient le coût de l’application de l’égalité.
L’égalité sociale a été obtenue, mais l’égalité collective doit encore fait l’objet de combats pour être réalité.
Car pour 800.000 Réunionnais, l’État donne 8 millions d’euros.
Pour 350.000 Corses, l’État donne 192 millions d’euros.
Pourquoi cette discrimination ?
L’Alliance fait part de son atterrement devant l’attitude des élus de la nouvelle direction de la Région. Car au lieu de demander au gouvernement le respect du principe de l’égalité, ils engagent la collectivité à payer à la place de l’État.


Où est la Commission "solidarité" ?

Aline Murin-Hoarau a noté que la mesure de la nouvelle direction de la Région en matière d’aide au voyage est un recul, eu égard à la situation de notre île, 52% en dessous du seuil de pauvreté, mais aussi en référence à l’ancien dispositif. Au titre de la continuité territoriale, l’État attribuait une somme qui était gérée par la collectivité qui fixait elle-même les critères. Cela a permis à des dizaines de milliers de Réunionnais de voyager toute l’année, avec des réductions pouvant aller de 50 à 100% du prix du billet d’avion.
C’est bien plus que 40.000 billets utilisables en période creuse sur lesquels les passagers pourront avoir une aide de 360 euros, sur la base de critères définis par l’État.
Un tel dossier aurait dû être traité en Commission "solidarité". Mais plus de quatre mois après les élections, cette Commission ne s’est toujours pas réunie, a constaté Aline Murin-Hoarau.


Le prix d’une erreur pas réparée

Pierre Vergès a expliqué que l’État avait la possibilité de réparer son erreur de supprimer le chemin de fer. Il aurait pu construire une route du littoral totalement sécurisée et financer la Route des Tamarins avant de transférer la gestion des routes nationales à la Région.
Mais durant ces 50 dernières années, l’État n’a pas réglé la sécurisation de la route du littoral, et il n’a pas donné un centime pour la construction de la Route des Tamarins. Cette dernière a en effet été payée à 87% par la Région, soit 997 millions d’euros, et à 13% par l’Europe.
Pierre Vergès a rappelé que si l’État avait assumé son erreur en construisant la Route des Tamarins, alors la Région aurait pu investir davantage dans le tram-train, ce qui aurait fait diminuer la redevance à payer au groupement d’entreprises.
De plus, si le gouvernement avait transféré à la Région les sommes nécessaires à la gestion des routes nationales, comme le prévoit la Constitution, alors la Région n’aurait eu à payer que 22 millions d’euros de redevance moyenne, au lieu des 105 milliards prévus par le PPP.


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