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Un bilan « totalement négatif » pour François Hollande

Trois ans de mandat sur cinq

Témoignages.re / 7 mai 2015

François Hollande célébrait hier ses trois ans à l’Elysée, l’occasion de faire le bilan de ces trois années de mandature, qui reste pour beaucoup “négatif”. À tel point qu’il est devenu le président le plus impopulaire de la Ve République.

Après avoir concentré tous les espoirs de changement lors de la campagne présidentielle, le chef de l’Etat collectionne les couacs, les défaites politiques et les polémiques. Celui qui voulait être un président normal s’est empêtré dans des promesses non tenues mais surtout des scandales, comme l’affaire Chaussa ou encore le livre choc de son ex-compagne Valérie Trierweiler. Cependant, ce qui concentre le mécontentement général est son assurance constante que sa politique permettra le tournant de la courbe du chômage.

Beaucoup de dispositifs pour pas grand-chose

En dépit de sa volonté et de ses promesses, la courbe du chômage ne s’est pas inversée chez les jeunes, bien qu’il y a de légère baisse épisodique. Face à l’aggravation de la situation, François Hollande avait indiqué qu’il ne se représenterait pas en 2017, si jamais la courbe de chômage ne s’inversait pas d’ici là.

Pourtant, malgré les nombreux dispositifs tels que la Garantie jeunes, les Emplois d’avenir, les Contrats de génération, le service civique et les contrats Starter, lancé en 2015, il s’agit d’un contrat aidé destiné aux entreprises privées, le bilan est mitigé.
A la fin mars 2015, le chômage concernait près d’un jeune actif de moins de 25 ans sur quatre, un chiffre en hausse de 1,5 % sur un an. Sans compte les NEET (ni en emploi, ni à l’école, ni en formation), qui serait entre 1,6 et 1,9 millions de jeunes en France. Par ailleurs, un jeune sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins de 987 euros par mois.

À La Réunion, le taux de chômage des jeunes fluctue en fonction des contrats aidés mit à dispositions des collectivités pour réduire le taux de chômage chez les jeunes de moins de 25 ans qui a atteint près de 60 % en 2014. Une situation qui dure malgré l’octroi de contrats aidés supplémentaires à la veille des élections municipales, auxquels s’ajoute la Garantie jeunes, les emplois d’avenir, et les dispositifs spécifiques renouvelés comme le RSMAR.

Grogne fiscale, projets contestés dans la majorité

Alors qu’il souhaitait une « révolution fiscale », la réforme s’est avérée être un échec. Taxation des très hauts revenus, fusion de la CSG et de l’impôt sur le revenu, l’écotaxe abandonnée devant la colère des « bonnets rouges » et les portiques bientôt démontés. La « pause fiscale » annoncée quotidiennement est à chaque fois reportée. A tel point que le chef de l’Etat a annoncé que la baisse des impôts des Français pourrait se faire en 2017.

Les trois années de mandature ont mis en exergue une fracture au sein de la Gauche, qui a soutenu François Hollande, et au sein même du Parti Socialiste, parti au pouvoir. Le point d’orgue pour les Frondeurs (dissidents du PS) restera le tournant « social-libéral » prit par François Hollande, en nommant Manuel Valls comme Premier ministre. Dès lors, le gouvernement a instauré le crédit impôt compétitivité emploi en 2013, qui représente un allégement de cotisations de 20 milliards d’euros pour les entreprises, le pacte de responsabilité en janvier 2014, permettant des baisses de charges de 30 milliards et la loi Macron au premier trimestre de 2015 visant à remettre en cause certains corps de métier. Toutes ces mesures ont été vivement critiquées par les partenaires sociaux, mais également les parlementaires socialistes, qui appellent à un changement de cap, afin de ne pas renier les valeurs de la Gauche d’après les frondeurs.

Le chef de l’Etat aura eu à faire avec la vindicte populaire, avec des projets de loi importants pour la société comme la loi instaurant le mariage « pour tous ». Mais également parlementaire avec la réforme territoriale faisant passer de 22 à 13 régions, les projets de loi pour la croissance et l’activité et sur le renseignement qui suscitent une forte opposition, sans oublier la loi Macron.

Un bilan dur à défendre

Pour l’ancien ministre UMP, Laurent Wauquiez, « le principal échec, c’est la feuille d’impôt », a-t-il déclaré sur BFM-TV et RMC. De son côté, Nicolas Sarkozy a raillé le bilan de son successeur à l’Élysée, assurant que « de mémoire de citoyens, jamais la France n’avait été si profondément trompée ». Selon lui, « l’échec le plus flagrant est celui du chômage ». « Le “Moi président, je réduirai le chômage” est devenu ’moi président, j’ai assisté impuissant au record du nombre de chômeurs’ », a affirmé l’ancien chef de l’État.

A contrario, les ministres tentent de défendre ces trois années de mandature, le ministre français des Affaires étrangères et numéro deux du gouvernement, Laurent Fabius, a mis en avant les réformes du quinquennat de François Hollande « qui resteront ». Ce dernier a évoqué « les nouvelles compétences des régions, ça restera. Ce qui a été décidé, alors qu’il y a eu beaucoup de controverses, sur le mariage pour tous, ça restera. Ce qui a été décidé sur le tiers payant », c’est « contesté, mais ça restera ». « Ce que nous essayons de faire en matière de diplomatie économique, ça restera ».

Pour la gauche de la gauche, ce 6 mai 2015 représente l’échec de la politique menée par le Parti socialiste. « Ces trois années marquent un échec social avec l’augmentation massive du chômage, un échec financier, parce que l’austérité coûte cher au pays et mine l’investissement public et un échec politique avec trois défaites électorales majeures depuis l’élection de 2012 », a déclaré à l’AFP le secrétaire national du PCF Pierre Laurent.

Jean-Luc Mélenchon n’a, quant à lui, pas été tendre en affirmant que le bilan de François Hollande est « totalement négatif », d’autant qu’il a fait « 9 millions de pauvres ». Chez les frondeurs, le ton est modéré. « Evidemment qu’il y a eu des choses positives de faites. Je ne suis pas dans le déni des réalisations », a indiqué le député socialiste Christian Paul, sur RFI.

D’autant que « nous n’avons pas été à la hauteur de nos engagements », a assuré un proche de Martine Aubry, qui conteste le “virage” économique incarné par Manuel Valls et le pacte de responsabilité. Pour l’heure, l’aile gauche du PS doit a présenté mercredi son « agenda des réformes » pour réussir les deux dernières années du quinquennat, pas certain qu’il sera entendu, à l’instar des nombreuses motions déposées par les dissidents socialistes, les appels à un changement de cap et les menaces de voter contre les projets de loi.

SaiLin


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