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Un gouvernement en convergence avec le MEDEF

Le Premier ministre et le ministre des Finances à l’université d’été de l’organisation patronale

Céline Tabou / 30 août 2014

Accusé à plusieurs reprises par les partenaires sociaux de répondre aux exigences du MEDEF, le gouvernement de Manuel Valls aura confirmé ces accusations en annonçant une série de mesures lors de l’Université du MEDEF et en nommant Emmanuel Macron, ministre de l’Economie.

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Michel Sapin, ministre des Finances, a promis la suppression de la rétroactivité fiscale aux entreprises.

Mercredi, au lendemain de la nomination du nouveau gouvernement, le Premier ministre, Manuel Valls, a réalisé, selon les médias, une réelle « déclaration d’amour à l’entreprise », à l’ouverture de l’université du MEDEF, le 27 août. « La France a besoin de ses entreprises, de toutes ses entreprises (...), car ce sont les entreprises qui, en innovant, en risquant les capitaux de leurs actionnaires, en mobilisant leurs salariés, en répondant aux attentes de leurs clients, créent de la valeur, génèrent de la richesse qui doit profiter à tous. Et moi, j’aime l’entreprise ! », a assuré le Premier ministre.

Manuel Valls ovationné par le MEDEF

Pour sa part, le patron du MEDEF, Pierre Gattaz, a souhaité « la réussite » du pacte de responsabilité, qui réduit le coût du travail et la fiscalité pour les entreprises. Le discours du Premier ministre était attendu, car les patrons attendaient « l’affirmation franche, claire et nette que ce sont bien les entreprises qui créent les emplois et la richesse et qu’à ce titre absolument tout doit être fait pour les favoriser », a expliqué l’un d’eux à Libération. Une affirmation confirmée par l’intéressé qui a eu droit à une ovation de la part de la salle.

Manuel Valls a tenu à expliquer qu’aujourd’hui, on vit « dans un monde globalisé », ajoutant qu’il était absurde de « parler de cadeaux aux patrons ». Pourtant ce dernier a évoqué une possible réforme des seuils sociaux, qu’il a qualifié de « légitime ». Depuis plusieurs années, le patronat veut retirer ces seuils sociaux, tels que la création du comité d’entreprise, le taux de cotisation à la formation professionnelle, le plan de sauvegarde de l’emploi en cas de licenciements, considéré comme des freins à la croissance et à l’embauche.
Le Premier ministre a également souhaité une « simplification active dans tous les domaines », y compris « le code du travail ». Manuel Valls a aussi laissé entendre que les règles « relatives au travail du dimanche » vont être allégées. Mesure demandée par l’UMP depuis plusieurs années, désormais envisagée par le gouvernement socialiste.
Toutes ces possibilités évoquées par le Premier ministre s’ajouteront à l’Accord National Interprofessionnel (ANI), vivement contesté par les partenaires sociaux. Cet accord vise à baisser le coût du travail, à accroître la flexibilité et à faciliter les licenciements.

Une ligne politique assumée

Dans la suite de l’allocution de son Premier ministre, Michel Sapin, ministre des Finances, a promis de supprimer la rétroactivité fiscale, devant le MEDEF, assurant qu’une circulaire sera écrite et « qui comportera des engagements profonds des uns et des autres ». Ce dernier a assuré qu’en « matière fiscale, nous mettrons en œuvre le principe de non-rétroactivité fiscale » qui « comportera des engagements profonds des uns et des autres ».

Invité pour la clôture des Universités d’été du MEDEF, à Jouy-en-Josas (Yvelines), le ministre a expliqué qu’"il ne doit plus y avoir de suppléments d’impôt applicables à des exercices déjà clos, pas de majorations après la fin de l’année d’imposition mais de la visibilité et la garantie que les règles du jeu sont connues suffisamment à l’avance ».
Désireux de sécuriser les patrons, Michel Sapin a évoqué l’objectif du gouvernement : la « constance », afin que « ceux qui prennent un risque puissent le faire en confiance et en connaissance de cause sans qu’en cours de route une nouvelle norme fiscale vienne tout changer ». Le ministre a marqué la ligne du gouvernement visant à maintenir le cap de la politique économique de soutien aux entreprises, évoquant les 40 milliards d’aires de l’Etat aux entreprises.

Cette aide sous forme de baisse du coût du travail devrait redonner selon Michel Sapin « très exactement aux entreprises, j’allais dire même comptablement, l’équivalent des marges perdues avec la crise ». Un cadeau dénoncé par Thierry Lepaon, secrétaire général de la CGT, qui a pointé du doigt « l’argent qui va directement dans la poche des actionnaires ». Certes le gouvernement « a demandé des contreparties mais il n’en na pas exigé », a déploré ce dernier sur France Info.


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