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Un grand rassemblement des Réunionnais, qui a ouvert la voie à une étape importante de notre histoire

70ème anniversaire du CRADS

Eugène Rousse / 11 mars 2015

« Une organisation politique réunionnaise, qui a rassemblé des militants d’opinions très diverses autour d’un projet commun »

Ce mercredi 11 mars 2015, nous vivons le 70ème anniversaire d’un événement politique très important dans l’histoire du peuple réunionnais : il s’agit de la fondation du Comité Républicain d’Action Démocratique et Sociale (CRADS) le dimanche 11 mars 1945. Une organisation politique réunionnaise, qui a rassemblé des militants d’opinions très diverses autour d’un projet commun, réalisé douze mois après, avec le vote de la loi du 19 mars 1946, abolissant officiellement le statut de colonie de La Réunion.

Afin de commémorer cet événement, je voudrais rappeler à ce sujet quelques passages du premier volume de la série d’ouvrages que j’ai publiés dans les années 90 sous le titre : ‘’Combat des Réunionnais pour la liberté’’. Et notamment dans le premier chapitre de ce livre, qui rappelle ce qui s’est passé à La Réunion à la veille et pendant la seconde guerre mondiale.

« Souder toutes les énergies »

Début mars 1945, le communiste Léon de Lépervanche déclare : « tous les démocrates doivent dresser un programme minimum d’entente susceptible de souder toutes les énergies ». Le dimanche 11 mars, sous la présidence du docteur Raymond Vergès, le CRADS voit le jour.

Ce Comité « demande à tous les vrais républicains de faire bloc avec la classe ouvrière, jusqu’ici systématiquement écartée des assemblées élues, pour que le Travail occupe demain la place à laquelle il a droit ». S’adressant précisément au monde du travail, le CRADS lui lance, dès sa constitution, un appel qui se termine ainsi : « Travailleurs, tous unis pour votre libération ! ».

« L’œuvre des syndicats cégétistes »

Le CRADS rassemble rapidement sous sa bannière des hommes de la Gauche traditionnelle comme Léon de Lépervanche, Raymond Vergès, Évenor Lucas, et des hommes de la droite libérale comme Roger Payet (qui sera pendant 17 ans président du Conseil général), Fernand Collardeau (futur Conseiller de la République et futur maire de Saint-Pierre), le docteur Roger Serveaux (futur conseiller général de Saint-Paul). Afin de couvrir les frais de la campagne des municipales du 27 mai 1945, le CRADS décide, le 22 mars, de demander à chaque membre de l’Union des Syndicats CGT de lui verser une journée de salaire.

Dans la soirée du 27 mai, le verdict des urnes tombe : le CRADS enlève 12 des 23 communes de l’île, dont Saint-Denis et Saint-Pierre. Les communes administrées par le CRADS et la droite regroupent respectivement 165.000 et 75.000 habitants. De l’avis — probablement unanime — des politologues, cette victoire du CRADS est avant tout « l’œuvre des syndicats cégétistes », bien implantés sur tout le territoire de la colonie.

Une explosion de joie

Cinq mois après les municipales, les Réunionnais sont appelés à élire leurs nouveaux représentants au Conseil Général. Le 7 octobre 1945, sur les 36 sièges du Palais Rontaunay (le local du Conseil Général à l’époque), 31 sont occupés par les membres du CRADS [1]. Pour la première fois, deux femmes – appartenant toutes deux aux CRADS – Marie Vergès (une sœur du père de Raymond Vergès) du canton de Saint-Denis et Vivienne Hoarau (épouse de Mario Hoarau) du canton de Saint-Leu font leur entrée au Conseil Général.

L’installation d’équipes nouvelles dans les mairies après les victoires du CRADS aux municipales du 27 mai 1945 donne lieu à d’importantes manifestations populaires.
Ainsi, à Saint-Denis, 6.000 personnes assistent au bal organisé le samedi 9 juin à l’hôtel de ville.

Après les municipales du 27 mai 1945 et les cantonales du 7 octobre (brillamment remportées les unes et les autres par les candidats du CRADS), les Réunionnais sont encore convoqués aux urnes le 21 octobre 1945. Cette fois, il s’agit d’un référendum couplé avec des législatives. Deux circonscriptions sont prévues pour La Réunion. La proclamation des résultats pour les deux circonscriptions se fait à l’hôtel de ville de Saint-Denis. La place est noire de monde lorsqu’après 21 heures, la rumeur de l’élection de Vergès et de Lépervanche se répand, provoquant une explosion de joie.

Les espoirs de tout un peuple

Le lundi 19 octobre, les deux députés réunionnais s’envolent de l’aérodrome du Port, en emportant les espoirs de tout un peuple. Espoirs qui ne seront pas déçus puisque exactement 4 mois plus tard, une vieille revendication des démocrates réunionnais est satisfaite par le vote de la loi du 19 mars 1946 : La Réunion accède au statut de département afin que soit réalisé le principe de l’égalité pour lequel s’est battu le CRADS.

Malgré des avancées importantes obtenues par les Réunionnais grâce à cette loi à portée historique et grâce aux luttes menées ensuite pour l’égalité sociale entre La Réunion et la France pendant une cinquantaine d’années, le combat de notre peuple avec le CRADS il y a 70 ans pour une société libre et harmonieuse continue aujourd’hui. D’où les 25 propositions du PCR rendues publiques le 22 février dernier à Sainte-Suzanne en faveur de « l’union des Réunionnais pour la justice sociale et le développement solidaire de La Réunion ».

Eugène Rousse

[1Yvan Combeau, La vie politique à La Réunion 1942-1963, CRESOI-CEDES paru en 2001, page 35.


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