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Un nouveau front de la guerre s’est ouvert en France

Les effets de plusieurs années de politique étrangère

Céline Tabou / 10 janvier 2015

L’attentat terroriste à Charlie Hebdo, le 7 janvier, et les prises d’otages d’hier à Paris et dans sa banlieue mettent en évidence la vulnérabilité de la France sur son territoire face à un terrorisme qui a pris une nouvelle forme. Depuis plusieurs années, la France mène plusieurs conflits en Afrique et en Orient, poussant de plus en plus de jeunes à aller faire le djihâd.

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Depuis 2001, la France est engagée dans des actions militaires en Afghanistan, puis au Sahel et maintenant en Syrie.

La politique étrangère offensive de la France dans certains territoires, comme au Mali, en Afghanistan, en Libye, en Syrie, mais aussi au sein de la coalition américaine contre l’Etat islamique, a fait du pays une cible principale des terroristes islamistes.
L’attentat n’est pas une surprise pour de nombreux experts, car la présence française à l’étranger et son implication dans des opérations américaines l’ont mise en tête de liste des pays ennemis de certains groupes terroristes.

Une politique atlantiste

Dans une interview accordée au journal algérien El Watan, Jean-Luc Marret, chercheur spécialiste du terrorisme, a expliqué que l’attentat perpétré à Paris peut être le résultat de la politique extérieure de la France menée depuis quelques années. Prenant l’exemple des Français partis faire le djihad en Syrie, pour lui, ils « ne le faisaient pas contre la France. Il y avait même une coïncidence de vue anti-Assad ».
Mais plus tard, « la situation a changé, notamment depuis notre guerre en Libye et son résultat désastreux ». Pour certains experts, la « politique étrangère peut être le motif d’action de ces terroristes » a expliqué le chercheur. En outre, la politique étrangère de la France est devenue atlantiste, depuis le mandat de Nicolas Sarkozy.
Cela signifie que la « politique étrangère atlantiste est empreinte d’une forme de manichéisme, résumant toute action militaire à la nécessaire guerre du bien contre le mal, et rappelant l’idéologie de la conquête civilisatrice des pays colonisateurs au XIXe siècle », a expliqué dans le quotidien Le Figaro, Frédéric Saint Clair, mathématicien et économiste.
De fait, la France s’est érigée aux côtés des Américains pour mener des luttes qu’elle n’aurait certainement pas engagées si sa politique étrangère était restée forte et indépendante comme auparavant. Il n’est pas besoin de rappeler en détails le discours de Dominique de Villepin, aux Nations Unies, refusant d’impliquer la France en Irak.
Le Ministre des Affaires Etrangères avait rappelé la nécessité de la diplomatie et non de la guerre, afin de ne pas « aggraver les fractures entre les sociétés, entre les cultures, entre les peuples, fractures dont se nourrit le terrorisme ». Un vœu pieux, car désormais un amalgame s’est instauré envers les musulmans et les terroristes djihadistes.

La France engagée sur plusieurs fronts

Arrivé à l’Elysée, François Hollande a perpétré la politique étrangère de son prédécesseur. Il a dû lancer une opération militaire contre des djihadistes sur la route de Bamako, au Mali, puis il s’est engagé en Centrafrique pour éviter les massacres entre anti-Balaka et Seleka. Par la suite, la France est intervenue dans le sud de la Libye contre les combattants d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), d’Al-Mourabitoun et du Mujao malien. L’opération “Barkhane” a d’ailleurs mobilisé près de 4.000 militaires, de la Mauritanie jusqu’au Tchad.
En deux ans, la France est sur plusieurs fronts que ce soit en Syrie, en Libye, au Mali, en Centrafrique… Désormais, la France s’assujettit aux Etats-Unis, pour effectuer des bombardements aériens en Irak, puis en Syrie. Ainsi, le chef de l’Etat français souhaite lutter contre le terrorisme sous ses différentes formes, que ce soit celui d’Al Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), au Mali, celui du groupe Etat islamique en Irak et en Syrie.
Cette présence française a plusieurs conséquences, parmi lesquelles, le départ de nombreux jeunes pour aller faire le djihad. Près de 1.130 ressortissants français étaient impliqués à des degrés divers dans les filières djihadistes, début novembre 2014, selon le ministère de l’Intérieur.
Un nouveau type de jeunes djihadistes, appelés « loups solitaires » en France, a d’ailleurs émergé. Wassim Nasr, journaliste spécialiste des questions djihadistes à France 24, a expliqué que les jeunes gens « se font convaincre que le djihad est la voie la plus courte pour se racheter. » Or, à en croire Jean-Charles Brisard, consultant international spécialiste du terrorisme, « la plupart d’entre eux ne connaissent rien à la religion, qui n’est qu’un prétexte ».
La solution, d’après Jean-Charles Brisard, est « d’interpeller ces personnes dès qu’elles émettent le souhait de partir », car « au retour en France, il est déjà trop tard. Ces personnes sont déjà formées au maniement des armes et des explosifs. »


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